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Crise sécuritaire au Burkina : Sidi Barry décortique les déterminants, défis et perspectives dans la province du Soum

Publié le mercredi 26 avril 2023 à 22h33min

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Crise sécuritaire au Burkina : Sidi Barry décortique les déterminants, défis et perspectives dans la province du Soum

Dans le cadre de l’obtention de son doctorat en sociologie, Sidi Barry a mené ses recherches sur le thème : « Crise sécuritaire au Burkina Faso : analyse des déterminants, défis et perspectives dans la province du Soum ». Il a défendu les résultats de ses recherches devant un jury ce mercredi 26 avril 2023 à l’université Joseph Ki-Zerbo.

Il ressort de ce travail que la crise sécuritaire dans le Soum est alimentée par plusieurs facteurs. Le premier facteur, selon Sidi Barry, porte sur le fait qu’on assiste à une société qui est fortement hiérarchisée et cela crée une exacerbation des rapports sociaux difficiles entre les Peulhs qualifiés de nobles et les Peulhs qualifiés de captifs. « Cela a créé beaucoup de mécontents sociaux que les groupes armés terroristes ont pu approcher pour adhérer à leur agenda », a-t-il indiqué.

Deuxièmement, il ressort que le Soum était traversé par une lutte d’hégémonie entre plusieurs courants religieux. « L’un modéré et l’autre radical porté par le prêcheur Malam Dicko. Le grand prêcheur de Djibo, Souaibou Cissé, était en conflit ouvert avec Malam Dicko qui contestait son autorité religieuse dans la zone », a fait remarquer l’impétrant.

« Cette crise est née parce que la société elle-même était divisée, confrontée à des crises multiples et multiformes », dixit Sidi Barry

Sidi Barry s’est entretenu avec une centaine de personnes de plusieurs couches. Ses travaux démontrent que la crise dans le Soum est née d’un sentiment de frustration de la population qui estimait qu’elle était un peu oubliée par le développement, d’autant plus que l’Etat n’a pas suffisamment investi dans la zone en réalisant notamment des grands travaux en matière d’infrastructures routières, éducatives, sanitaires etc. « Il y a aussi le chômage endémique des jeunes confrontés aux dures réalités de la pauvreté et tout cela a permis aux groupes terroristes de les approcher pour pouvoir les mobiliser », a-t-il expliqué.

Le dialogue et la négociation

A en croire Sidi Barry, la résolution de cette crise nécessite une approche beaucoup plus globale et holistique en intégrant, en termes de solutions, des facteurs religieux et politiques.

Il a souhaité qu’il faut partir au-delà de la solution militaire qui, selon lui, jusque-là a montré ses limites. « Il faut intégrer d’autres formes de solutions telles que le dialogue, la négociation, la prise en compte des besoins de la population », a-t-il recommandé. Aussi, il a suggéré de renforcer davantage la confiance entre les militaires et la population. « Parce que le manque de discernement parfois dans les opérations militaires a pu créer des situations de violation de droits humains et cela a davantage exacerbé les relations entre populations et FDS ou entre Etat et populations », a-t-il argumenté.

Dr Sidi Barry entouré de sa famille et du jury après la délibération

Aller à la racine pour rechercher les raisons profondes

Depuis 2018, Sidi Barry a décidé d’orienter ses travaux sur la province du Soum, dans la région du Sahel. Il a justifié ce choix parce que le Soum est considéré comme l’épicentre de la crise sécuritaire au Burkina Faso. « Tout est parti de là-bas. La preuve en est que le premier groupe armé terroriste né au Burina Faso est du Soum. Malam Dicko est un fils du terroir, qui a créé Ansaroul Islam », a-t-il précisé. C’est à partir du Soum que l’insécurité a embrasé l’ensemble du Burkina Faso.

Le choix de ce thème a été apprécié par les chercheurs de la sociologie. Le président du jury, Ali Sangaré, directeur de recherche en sociologie, a reconnu et salué l’intérêt social, national et international du thème qui a été traité. « Aujourd’hui, on parle parfois de tout militaire ou sécuritaire, mais lui, il a démontré que le citoyen lambda aussi a son mot à dire. C’est ce qu’il nous a rapporté sur le point de vue scientifique », a-t-il confié.

Pour le Pr Alkassoum Maïga, l’impétrant a connu quelques difficultés mais il a su dompter le terrain

Quant au Pr Alkassoum Maïga, l’un des directeurs de la thèse, il s’est réjoui d’avoir été associé à cette thématique qui est d’actualité. « Il est allé à la racine pour rechercher les raisons profondes qui expliquent cet état de fait, même si aujourd’hui, on est tous d’avis que le problème n’est plus de celui du Soum mais qu’il a atteint tout le pays », a-t-il affirmé.

Le Pr Maïga a estimé que les pistes de solutions dégagées par Sidi Barry sont des pistes qui peuvent permettre aux preneurs de décision d’avoir au moins des points de départ pour pouvoir analyser davantage et savoir quelles sont les solutions à envisager pour en finir avec ce phénomène.

Après plus de trois heures d’échanges sur les résultats de la recherche, les travaux de Sidi Barry ont été acceptés par le jury, qui l’a jugé par la suite digne de porter le grade de docteur en sociologie avec la mention Très Honorable.

Cryspin Laoundiki
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 26 avril 2023 à 18:40, par Obliviator ! En réponse à : Crise sécuritaire au Burkina : Sidi Barry décortique les déterminants, défis et perspectives dans la province du Soum

    C’est bien tout ça avec ces titres creux dans des disciplines exotiques sans valeur ajoutée au développement, mais nous devons passer désormais à l’industrialisation à grande échelle adaptée aux réalités africaines, par les ingénieurs et scientifiques africains, pour les africains, merci.
    Tout de même toutes les félicitations à ce sociologue intrépide.

  • Le 26 avril 2023 à 20:16, par Aimso En réponse à : Crise sécuritaire au Burkina : Sidi Barry décortique les déterminants, défis et perspectives dans la province du Soum

    "la crise dans le Soum est née d’un sentiment de frustration de la population qui estimait qu’elle était un peu oubliée par le développement, d’autant plus que l’Etat n’a pas suffisamment investi dans la zone en réalisant notamment des grands travaux en matière d’infrastructures routières, éducatives, sanitaires etc."
    Je ne partage pas ici cette thèse car si on repart en arrière notamment des indépendance à nos jour
    , nous nous rendrons compte que la majeur partie des projets de développement étaient basées dans le Sahel. Regardé de nos jours dans les Ministères et ONG les personnes désignées comme représentants des ces communautés se promènent d’atelier en atelier pour des perdième et c’est pas évident qu’ils rendent compte à la base de l’effort de l’état en faveur du développement pour eux. Donc moi je ne partage pas ce point de vu. Bon vent à l’impétrant

  • Le 26 avril 2023 à 21:50, par Adama En réponse à : Crise sécuritaire au Burkina : Sidi Barry décortique les déterminants, défis et perspectives dans la province du Soum

    Félicitation Dr BARRY.
    Vous avez pour la première fois depuis le début de la crise mis le doigt sur le fondement de la crise :"Le premier facteur, porte sur le fait qu’on assiste à une société qui est fortement hiérarchisée et cela crée une exacerbation des rapports sociaux difficiles entre les Peulhs qualifiés de nobles et les Peulhs qualifiés de captifs". « Cela a créé beaucoup de mécontents sociaux que les groupes armés terroristes ont pu approcher pour adhérer à leur agenda »
    En réalité, les vecteurs et promoteurs du terrorisme au Burkina sont ces soit disant peulhs nobles qui ont de tout temps confondu le reste de la population à peau noire à leurs fameux captifs qui ont été effectivement capturés et esclavagisés par les ancêtres des premiers. Alors les descendants essaient de rééditer les exploits des ancêtres tout simplement. Autrement, la crise n’aurait jamais débordé du Soum et des autres contrées peulhes. Mais non, comme jadis, des villages très lointains ont été mis à feu et à sang, des femmes violées, du bétail emporté et certainement des captifs avec pour la garde.
    Quelle négociation préconisez vous alors avec de tels esclavagistes prêts à toutes sortes d’alliances avec d’autres esclavagistes cette fois occidentaux pour piller de pauvres populations et pays ?
    Toutes les autres causes explicatives ne résistent pas à l’analyse car partout au Burkina, la misère, le chômage, la pauvreté, les tensions sociales et religieuses ont pignon sur rue. Pour autant, aucun groupe social ou ethnique ne s’est jamais allié à des mercenaires sanguinaires pour exterminer ou esclavagiser les autres.
    La solution militaire est donc la seule qui vaille face à ces esclavagistes et leurs parrains et autres complices.

  • Le 27 avril 2023 à 19:59, par DICKO Hamadoum En réponse à : Crise sécuritaire au Burkina : Sidi Barry décortique les déterminants, défis et perspectives dans la province du Soum

    Merci Docteur, d’avoir concilier compétences et actualités .
    Vivement que vos pistes de solutions soient, une boussole pour nos décideurs politiques, afin qu’une résolution définitive de la crise sécuritaire au SOUM en particulier et sur toute l’étendue du territoire burkinaaɓe, naquisse !
    Félicitations à vous, Docteur Barry🙏

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