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Ouagadougou : « Plus de 200 personnes perdues retrouvées grâce à moi », dixit Achille Korogo, crieur public

Accueil > Actualités > Portraits • Lefaso.net • mardi 30 novembre 2021 à 10h20min
Ouagadougou : « Plus de 200 personnes perdues retrouvées grâce à moi », dixit Achille Korogo, crieur public

Aucun jour ne passe sans qu’on entende ou voit des avis de recherches de personnes disparues. Des adultes, des enfants sortent et ne rentrent plus à la maison. Les ondes des radios, les réseaux sociaux, la presse écrite et les médias sont mis à contribution pour les recherches. Depuis un certain temps, les crieurs publics sont dans la danse. Souvent, ils sont même plus efficaces. Ils font des résultats probants. Parmi ceux qui excellent, il y a Achille Korogo. Son palmarès est éloquent. Aucune recherche infructueuse. Plus de 200 personnes retrouvées en cinq ans. Focus sur un homme qui, par la force et l’amour du travail, est devenu un sauveur pour les autres.

Achille Korogo, c’est un jeune homme de plus de 30 ans. Il est né à Ouagadougou, dans le quartier Kamboinsin. C’est dans l’arrondissement 12. Du haut de ses 1,75 m, l’homme a débuté par l’animation. C’est un travail qu’il a hérité de son géniteur. « Mon père faisait déjà des animations », précise-t-il. Il y avait des pertes d’enfants. Les parents venaient donc solliciter ses services. C’est ainsi qu’il commença le métier de crieur public. Ce n’était pas une chose facile. « Sans matériel, je tournais avec mon vélo. Je passais les informations avec ma bouche », se remémore-t-il.

Un crieur public sans matériel

Il se débrouillait ainsi. Nous sommes au milieu des années 1990-2000. Un jour, il eut une lueur d’espoir. Un de ses parents lui offrit un mégaphone. Seulement, il ne fera pas long feu. Son outil de travail tombera en panne. Il le réparera en vain. Il se rappelle : « j’étais malheureux. Je l’aimais bien. La même nuit, je n’ai pas dormi ». Entre temps, le Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Kamboinsin lui fait appel pour des animations de sensibilisation. Une fois la mission terminée, il profitait du matériel de sonorisation du centre pour faire son business à l’insu des infirmiers.

Entre temps, le pot aux roses fut découvert. Il raconte : « Les infirmiers ont su que je profitais de leur bien pour mes activités. Un jour, il y a eu une activité de campagne politique. C’était au temps de l’ODP/MT (ancien parti au pouvoir, Ndlr). Je devais faire une animation pour le parti. Malheureusement, le responsable du comité de gestion du CSPS et le politicien qui m’a invité ne s’entendaient pas. Il a voulu retirer le mégaphone de force. J’ai refusé. Il m’a convoqué à la gendarmerie de Pabré. Ce sont des parents qui sont allés régler le problème ».

Une déshonorante scène qui fut un déclic

Cette scène déshonorante fut pour lui un déclic. Des personnes de bonne volonté se sont organisées pour le soutenir. Au final, ce sont 7 mégaphones qu’il a obtenus comme don. Cependant, à un moment, il se rend compte qu’il y avait des moments de chômage technique. Quand il n’y a pas de perte d’enfants, il ne peut exercer. C’est ainsi qu’il commença à diversifier son travail. L’animation qu’il faisait de façon occasionnelle devient quotidienne. Il explique : « je partais vers le marché de Kamboinsin. Je mettais la musique à l’aide de mon portable relié à un ampli à côté des maquis. Souvent il n’y a personne. Mon animation amenait des clients. Le propriétaire faisait alors de bonnes recettes. En retour, il me gratifiait de billets de banque ».

Il faut débourser 10 000 F pour obtenir ses services

Achille Korogo, c’est aussi un bon investisseur. Avec ses économies, il a pu s’acheter un taxi-moto sur lequel il monte des haut-parleurs. Tout cela, pour mieux faire son travail. Malheureusement, son métier n’est pas sans problèmes. Des parents d’enfants perdus sont souvent ingrats. Pour bénéficier de ses services, il faut débourser 10 000 FCFA.

Quand certains retrouvent leurs enfants après quelques minutes de communiqué, ils trouvent que le prix payé constitue une perte. Certains parfois souhaitent se faire rembourser. « Il y a une femme qui est venue à Kamboinsin me dire à 19h que ça fait 72 heures que son enfant a disparu. Elle a communiqué sur toutes les radios sans résultats. La même nuit, je suis sorti avec mon taxi-moto, après un tour, on a retrouvé l’enfant. Quand je l’ai appelé elle m’a dit de rembourser 50% » conte il l’air déçu. Il poursuit : « cette dernière a estimé que je n’ai pas souffert, que ça n’a pas pris du temps. Pourtant, elle a fait trois jours sans trouver son enfant. Elle m’a insulté ainsi que ma mère. Elle m’a maudit. D’autres disent que je fais du bruit. Certains que c’est un faux travail. Au début je m’énervais mais après je me suis rendu compte que je devais faire avec ». D’autres personnes retrouvent les membres perdus de la famille sans lui revenir.

Crieur public, un métier passionnant

Son métier de crieur public est passionnant. Son bilan est très positif. Il se confie fièrement : « On ne m’a jamais demandé un travail que je n’ai pas réussi. A mon actif, de 2016 à aujourd’hui, j’ai plus de 200 personnes perdues retrouvées grâce à moi ». D’autres quartiers de Ouagadougou comme Tampouy, Pissy, Tanghin connaissent Achille Korogo.

Sa renommée dépasse les frontières de son quartier.
Cette prouesse, il la met sur le compte de la chance. Cette activité bien importante ne fait pas de lui un riche. Néanmoins, il nourrit bien sa famille grâce à son activité. « Quand je commençais, je n’ai pas mis l’argent devant. J’ai eu beaucoup de relations. Je n’ai pas appris un autre métier. J’aime bien cette activité. Chaque jour je m’épanouis ».

Achille Korogo, un homme prudent

Ses performances font douter certaines personnes. Il répond : « Quand je fais les recherches, tout le monde sait que je n’ai aucun intérêt à voir disparaître un enfant. Quand on me donne le travail, les gens me voient en action. Il y a certains qui s’assurent que je fais le travail. Il y a d’autres qui voient des enfants qui m’interpellent. Chez moi, des enfants ont pu faire un mois et demi ».

Achille Korogo est également prudent et minutieux. « A chaque fois, je fais des déclarations à la gendarmerie et au commissariat. Eux-mêmes, ils retrouvent des enfants qu’ils me remettent pour que je fasse la recherche des parents. Quand ils récupèrent leurs enfants, nous repartons chez les gendarmes et les policiers pour leur dire que la personne est venue chercher son enfant. Je prends les copies des cartes d’identité », souligne-t-il avec force. Ce métier, il ne compte pas l’abandonner de sitôt.

Dimitri OUEDRAOGO
Auguste Paré (Photo et vidéo)
Lefaso.net

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