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Résistance populaire au terrorisme : « Nous n’allons pas armer les populations, nous n’allons pas agir contre les lois de ce pays », Ali Nana, coordonnateur

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Attaques terroristes • LEFASO.NET | Par Cryspin Masneang Laoundiki • dimanche 13 octobre 2019 à 16h00min
Résistance populaire au terrorisme : « Nous n’allons pas armer les populations, nous n’allons pas agir contre les lois de ce pays », Ali Nana, coordonnateur

Des ressortissants sommairement abattus, des populations sommées de quitter leurs villages. Le Burkina Faso vit une situation d’insécurité sans précédent. Face à l’hydre terroriste, une partie de la population du Centre-Nord a décidé de s’organiser pour contrer l’ennemi. Le 5 octobre 2019, le Mouvement de la résistance populaire est lancé officiellement à Kongoussi, dans la province du Bam. Ali Nana, le coordonnateur de ce mouvement, donne, dans cet entretien, un éclairage sur cette initiative.

Lefaso.net : Quel est le but de ce mouvement ?

Ali Nana : C’est un mouvement patriotique populaire comme son nom l’indique, qui est lancé dans le cadre de la mobilisation de la population locale en vue de soutenir nos Forces de défense et de sécurité (FDS) sur le terrain, au regard des défis sécuritaires qui se présentent à notre pays depuis bientôt quatre ans. C’est dans ce sens que nous nous sommes dit que malgré les stratégies mises en place ou déployées par nos FDS depuis quatre ans, le bilan est plus ou moins positif. Mais le constat est clair.

Malgré ces efforts, les bandits armés continuent de mettre en cause notre souveraineté nationale. Raison pour laquelle, nous, patriotes du Burkina, nous nous sommes dit qu’il faut un sursaut d’orgueil, un sursaut patriotique dans le sens de renverser cette situation pour retrouver notre vie commune comme il y a de cela six ans au Burkina.

Comment va s’effectuer cette mobilisation au sein de ce mouvement ?

Ce mouvement est un mouvement national dont l’objectif principal est d’organiser les populations locales. Il s’agira pour nous, dans chaque localité du Burkina Faso, à savoir les villages, les secteurs, les provinces, les régions et dans toutes les contrées du Burkina Faso, de mettre en place des comités de surveillance et de défense villageois, provinciaux, régionaux, etc., qui vont se mobiliser autour des personnes ressources, notamment les chefs coutumiers, les responsables religieux, les Koglweogo, les CDR (Comités de défense de la révolution), les Dozos, tout ce qui peut être qualifié de force dans chaque localité pour que nous pussions renforcer le renseignement et entreprendre toute autre action dans le sens de renforcer la capacité opérationnelle de notre armée nationale.

Doit-on s’attendre à une collaboration avec les FDS ?

C’est une réalité ! Ce mouvement n’est pas créé pour mener des opérations ponctuelles ou séparées de celles des FDS. Il s’agit d’un mouvement qui est créé pour venir en appui aux actions de nos FDS parce qu’il ne faut pas se leurrer. Aujourd’hui, c’est le renseignement qui peut permettre à notre armée de remporter de grandes victoires, et ce renseignement, c’est la population. Et une population qui est désorganisée ne peut pas effectivement jouer ce rôle.

Au regard de ces facteurs, nous avons décidé d’impliquer fortement les populations locales parce qu’il n’y a que les populations qui peuvent apporter les vraies informations, les vraies indications à notre armée. Il faut se le dire, ces bandits qui nous attaquent ne viennent pas du Mali, du Niger, de la Mauritanie ; ils viennent du Burkina Faso, ce sont nos frères qui vivent avec nous et qui sont connus par nos populations locales. Et si nos populations locales sont organisées, c’est sûr que nous allons, en collaboration avec nos FDS et toutes les forces patriotiques du Burkina Faso, venir à bout de ces bandits armés.

De quels moyens disposent votre mouvement pour arriver à bout de ces terroristes ?

C’est la question principale que je reçois régulièrement. Il s’agit d’un mouvement patriotique qui a le plus beau moyen que sont les ressources humaines, parce qu’il sera question d’installer, dans chaque village, en fonction de sa taille, 40 à 100 personnes qui seront mobilisées autour de leurs chefs coutumiers, des Koglweogo, des militaires à la retraite, des Dozos et de toute autre personne ressource.

Nous avons les moyens parce que l’histoire récente de ce pays nous a montré qu’au-delà des armes conventionnelles, modernes dont on fait cas, le Burkina Faso, à travers sa population, a pu déjouer beaucoup de situations. Parlant des éléments de l’histoire du Burkina Faso, nous pouvons dire que si les Burkinabè se mobilisent encore, nous allons pouvoir mettre fin à ces agissements des bandits armés.

Pour revenir à votre question, les moyens, ce sont les hommes. Et en matière de stratégie militaire, comme notre mouvement sera placé sous la tutelle du ministère de la Défense, tout sera suivi et contrôlé par les spécialistes de l’armée ; donc il n’y aura pas de violence. Ce sont les bandits qui seront traqués. Nous ne pouvons pas dévoiler ce qu’on a comme moyens mais sachez qu’en matière de stratégie de guerre, ils seront appuyés par nos FDS.

Nous n’allons pas armer les populations, nous n’allons pas agir contre les lois de ce pays. Nous allons agir conformément aux prescriptions légales de ce pays, aux principes des droits humains, en tenant compte de la communauté internationale et de la communauté nationale.

Qui peut être membre de votre mouvement ?

Pour que ce mouvement soit original, nous avons inventé une stratégie démocratique, une stratégie originale. Dans chaque village où le besoin sera manifesté, nous allons mettre en place cette structure. Ce sera en assemblée villageoise, ça veut que tout le monde va sortir et ceux qui veulent faire partie du comité vont se prononcer individuellement.

Si X veut être membre, il se lève devant l’assemblée villageoise, il se présente et les gens vont apprécier s’il n’est pas de moralité douteuse, etc. C’est au regard de tout cela que l’assemblée va juger si la personne est apte à être membre du comité de surveillance et de défense. Donc c’est une méthode originale, contrairement à d’autres structures où chacun se lève pour faire partie sans critère défini.

Lorsque les membres seront installés, une liste sera établie avec l’identité entière de ces personnes, sur la base de leur Carte nationale d’identité burkinabè (CNIB). Cette liste sera transmise à l’état-major, aux spécialistes de la sécurité du pays. Il n’y aura aucune infiltration possible dans ces mouvements et personne ne posera un acte qui n’est pas réglementaire. Il s’agit d’évoluer sous l’impulsion de nos FDS en respectant les dispositions légales de ce pays.

Ali Nana, coordonnateur du Mouvement de la résistance populaire du Bam

Combien de membres compte votre mouvement actuellement ?

Aujourd’hui, le mouvement compte 16 millions de membres parce qu’on se dit qu’un Burkinabè réel, patriote, sait qu’on ne peut pas s’asseoir et ne compter que sur l’armée. Dans tout le monde, il est démontré que tous les pays qui ont traversé cette crise, les solutions sont venues des populations locales. Vous voyez qu’on ne parle plus beaucoup de Boko Haram. Qu’est-ce qui se passe au Nigeria ? On a organisé les populations locales.

Depuis que nous avons lancé ce mouvement, tous les Burkinabè sont unanimes qu’il n’y a que ça comme solution. Maintenant, c’est le mode opératoire qui peut faire l’objet de débats, de critiques ; sinon en réalité, aujourd’hui, tout le monde est convaincu que l’armée burkinabè seule ne peut pas vaincre ces bandits armés. La preuve est là.

Depuis quatre ans, les bandits ne font qu’avancer, ils sont à 100 kilomètres de Ouagadougou. Mais depuis que nous avons lancé l’appel, on a vu que les déplacés de Kongoussi sont en train de repartir pour s’organiser. Aujourd’hui, nous sommes à une organisation provinciale à plus de 80% du territoire de la province de Bam.

Le Loroum nous fait appel, le Sanmatenga, le Nord, le Centre-Nord ; partout, on nous fait appel pour venir installer ce mouvement. Si malgré cela, un Burkinabè sort pour dire de ne pas s’organiser, je crois que lui-même doit être traité de terroriste.

Tantôt vous parlez d’une assemblée villageoise qui valide la candidature d’un membre du mouvement, tantôt ce sont tous les Burkinabè qui sont membres. Finalement, toute personne qui frappe à votre porte est membre du mouvement ?

Toute personne qui approuve ou qui apprécie le mouvement peut être considérée comme sympathisante. Pour pratiquement prendre part au service de renseignement, c’est le comité de surveillance qui est démocratiquement choisi devant l’assemblée de la localité. Si je parle de 16 millions, c’est pour dire que personne n’est contre, et si on n’est pas contre, c’est qu’on est pour.

Quel est le champ d’action de votre mouvement ?

Le mouvement est national et chaque province va procéder à l’installation d’un mouvement provincial qui, à son tour, sera obligé d’installer les mouvements départementaux, communaux, des secteurs, des villages. C’est tout simplement le lancement qui a été fait au Bam parce que cela est né des dignes fils du Bam.

Est-ce qu’il y a une main politique derrière ce mouvement ?

Le Burkina Faso, à l’heure actuelle, a dépassé les considérations partisanes. Toute personne qui est capable d’apporter quelque chose pour que le Burkina Faso retrouve sa souveraineté est la bienvenue. Aujourd’hui, nous ne prenons pas la mesure des partis politiques ou de la société civile. Nous recevons tout patriote engagé, capable de contribuer à la restauration de l’autorité de ce pays.
L’heure est grave, on ne peut pas parler d’apolitique ou de politique.

Avez-vous un dernier mot ?

Aujourd’hui, nous n’allons pas être la honte de nos ancêtres. Nous refusons d’assumer cette lâcheté qu’on nous colle actuellement alors que le Burkinabè est reconnu comme un travailleur, courageux, intègre. Nous appelons les fils et les filles de ce pays pour restaurer la souveraineté de notre pays sinon l’histoire va nous interroger sur notre existence.

Qu’allons-nous laisser à nos enfants si nous passons notre temps à fuir ? Nous avons fui depuis Djibo, Bourzanga jusqu’à Kongoussi. Aujourd’hui, nous sommes à 100 kilomètres de Ouagadougou. Si nous fuyons encore, c’est pour préparer ceux de Ouagadougou à traverser la frontière.

Interview réalisée par
Cryspin Masneang Laoundiki
Lefaso.net

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