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Crise à La Poste : « Il faut que le gouvernement soit responsable jusqu’au bout ! » déclare Gilbert Goh (SG du SYNTRAPOST)

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET | Par Cryspin Masneang Laoundiki • jeudi 23 mai 2019 à 23h05min
Crise à La Poste : « Il faut que le gouvernement soit responsable jusqu’au bout ! » déclare Gilbert Goh (SG du SYNTRAPOST)

La grève des employés de la Poste est à son seizième jour, ce jeudi 23 mai 2019. Le départ pur et simple du directeur général, Nabi Issa Coulibaly, semble être non négociable. Dans cette interview, le secrétaire général du Syndicat des travailleurs de la poste (SYNTRAPOST), Gilbert Goh, fait le point de la crise.

LeFaso.net : Quel bilan peut-on tirer du service minimum offert à la clientèle le samedi dernier ?

Gilbert Goh : Effectivement, le syndicat a décidé d’offrir un service minimum à sa clientèle le samedi dernier. Je vous avoue que cela a été bien accueilli par la clientèle parce que nous avons constaté qu’il y avait beaucoup d’engouement. Naturellement, en voyant ce monde, on avait un peu peur, mais à notre grande surprise, 98 à 99% des clients étaient satisfaits. On avait décidé d’ouvrir de 8h à 15h, mais à partir de 13h déjà, nos guichets étaient vides. Pour dire que nous avons géré avec professionnalisme cette clientèle.

Pour beaucoup de clients, dès que cette crise prendra fin, ils iront vider leurs comptes. Cette conséquence ne vous fait-elle pas peur ?

Naturellement, c’est normal que certains clients s’expriment de la sorte. Vous placez votre argent quelque part et vous n’arrivez pas à rentrer en possession. Mais je dirai à ces gens que ce n’est peut-être pas la meilleure solution parce que ce qui arrive à la Poste aujourd’hui, c’est une première. C’est un problème de management qui est posé et nous avons décrié cela.

Comme nous sommes en train de solutionner le problème, nous pensons que ce que nous vivons aujourd’hui sera de l’histoire demain. Il ne faut pas que les gens se précipitent pour retirer leur argent. Au contraire, la Poste est sous la garantie de l’Etat donc il serait difficile qu’à travers un tel mouvement, l’Etat puisse tomber. La Poste survivra toujours.

Après plusieurs jours de grève, quel est le coût financier pour la société ?

La conséquence est réelle. C’est vrai que nous n’avons pas encore évalué cela, mais c’est une évidence et nous en sommes conscients. Mais je voudrais que les uns et les autres comprennent que ce que nous avons engagé ne concerne pas uniquement le personnel ; c’est aussi pour les clients. Peut-être que c’est plus tard qu’ils comprendront notre geste. Je vous donne rendez-vous dans le futur.

On se rappelle que tout a commencé par un sit-in et on a vu ce qui s’est passé par la suite. Quelle est la cause réelle de cette crise ?

Bon, c’est vrai que cela a commencé par un sit-in puis ça a dégénéré. J’ai toujours dit aussi qu’en réalité, le statut était l’élément déclencheur d’une crise qui couvait. Il y a plusieurs frustrations au sein du réseau, il y a un problème de management qui est posé. Les gens ont beaucoup accumulé. Avec l’affaire du statut, cela a explosé. Si vous vous rappelez, il y a des gens qui ont dit que même si on ajournait l’adoption du statut, ce n’était plus un problème pour eux. Ils veulent tout simplement le départ du directeur général. Cela veut dire que c’est un ras-le-bol que les gens ont exprimé, et pour panser cela, il faut du temps. Je pense que c’est ça qui est le plus important.

Les gens disent que c’est un conflit générationnel, mais loin de là. Si vous allez à la Bourse du travail, vous verrez que la majorité de ceux qui sont là sont des jeunes.

Si on parvient à nommer un nouveau DG, ne craignez-vous pas que les mêmes problèmes surgissent ?

Le statut est déjà adopté le 14 mai dernier. En ce qui concerne le changement du DG, je crois que le débat n’est pas à ce niveau. Quel que soit le responsable qui sera à la tête de la Poste, il faut qu’il tire les enseignements de la situation que nous vivons aujourd’hui. Là où ça n’a pas marché, qu’on puisse combler cela et avancer. Sinon la Poste a besoin d’un manager et un manager, c’est quelqu’un qui a un certain nombre d’atouts et de qualités. Il faut savoir réunir les hommes et les énergies. On ne demande pas plus que ça.

Parlant de l’adoption du statut, qu’est-ce qui va changer au niveau de la Poste ?
En fait, le statut régit la carrière des agents. Il décline les droits et devoirs de chaque partie. Naturellement, il y a un certain nombre d’avantages dans le statut et certains avantages qu’on a améliorés. C’est tout ce qu’il y a dedans.

Dans cette dynamique de refus du DG actuel, ne craignez-vous pas une sanction de la part du gouvernement ?

Je dois dire qu’actuellement, nous sommes dans la logique du dialogue, qui n’est pas rompu. Il y a même de la médiation en cours. Nous sommes en train de vouloir nous accorder pour pouvoir reprendre le travail. Le Haut conseil du dialogue social a été saisi et il y a des anciens directeurs généraux qui nous ont saisis. Nous avons compris le message et nous sommes en train de travailler pour satisfaire notre clientèle et aussi soulager la peine de la population.

Par rapport à la sanction, le gouvernement est dans son rôle : dire que si vous ne reprenez pas, on va vous sanctionner ou condamner l’acte. C’est normal ! Si le gouvernement ne le fait pas, il n’est pas responsable en ce moment. Mais il faut que le gouvernement soit responsable jusqu’au bout ! Lorsque vous voulez envoyer quelqu’un à la tête d’une entreprise, il faut prendre le soin de bien analyser certains éléments qui concourent à la désignation de quelqu’un parce qu’il ne faut pas désigner pour désigner. Il faut désigner des gens qui peuvent fédérer les autres pour qu’on puisse avancer. C’est ce qu’on recommande ; sinon on ne défie pas l’autorité.

Pour ne plus vivre une pareille crise à la Poste, comment peut-on relancer la machine ?

Il faut que chaque partie prenne conscience que l’un ne peut rien sans l’autre. Ça, c’est primordial ! Moi en tant qu’employé, si je me sens considéré, même si je ne suis pas bien payé, je peux me donner à fond, je peux faire des résultats. Mais si je touche lourd et que je ne subis que des frustrations, ça ne peut pas aller donc il ne faut pas s’attendre à un résultat.

L’employeur aussi doit savoir que dans une entreprise, c’est l’employeur et l’employé. Sans l’employé, le patron n’est rien donc il faut que les uns et les autres comprennent que nous sommes complémentaires et nous devons travailler en synergie pour faire avancer nos entreprises.

On est conscient qu’il y a une hémorragie, mais nous nous donnerons à fond pour relever le défi. Nous savons qu’il y a eu des dommages et nous allons travailler à réparer cela. Certes c’est difficile, mais nous allons nous donner les moyens pour le faire.

Propos recueillis par Cryspin M. Laoundiki
LeFaso.net

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