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Festival international Ouaga hip hop : "Le mouvement a énormément grandi" !

Publié le mardi 28 octobre 2003 à 10h49min

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Du 6 au 18 octobre, Ouagadougou et Bobo-Dioulasso ont vibré au rythme de la culture hip hop. Ateliers de formations en enregistrement, écriture, sonorisation... ont été au menu. Le rap, expression musicale du hip hop a également bénéficié d’un podium les quatre derniers jours du festival. Dans l’interview qui suit, M. Ali Diallo, directeur du festival en dresse le bilan, et lève un coin de voile sur les ambitions que Umané culture nourrit pour la promotion du Hip hop africain.

Je suis Ali Diallo, directeur artistique de la compagnie Umané culture et directeur du festival Ouaga hip hop. Je suis également directeur du Festival international de musique et de contes "yeleen". Umané culture est une association au sein de laquelle nous travaillons sur le théâtre, la musique et la danse. Umané veut dire énergie en langue Sioux (langue des indiens) et Ouaga hip-hop fait partie de Umané culture.

Sidwaya (S). Justement, comment l’idée d’organiser un festival consacré à l’expression de la culture hip hop a-t-elle pris naissance dans votre esprit ?

A.D. : Pour Ouaga hip hop, tout a commencé en 1997 lorsque je travaillais avec Ousmane Bondaoné pour la promotion du premier album de Basic Soul. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré d’autres rappers qui assuraient la première partie des concerts de l’artiste. Dans les échanges, ceux-ci m’ont fait savoir qu’ils n’avaient pas l’occasion de se produire. C’est à partir de ce moment que je me suis dit qu’on pouvait créer un podium, un mouvement avec ces groupes pour leur permettre de se faire une aura. Toutefois, ces groupes n’ayant pas pu accorder leurs violons, j’ai dû décider de lancer le Festival avec ma structure en 2000. Parallèlement à cela, je travaillais sur d’autres projets, notamment comme comédien au Festival international de marionnettes en Allemagne pour financer le festival. En 2001, nous avons connu de sérieuses difficultés financières. Mais en 2002, nous avons repris. Grâce au soutien de quelques partenaires (AFAA, AIF, CCF...) la deuxième édition connu un grand succès, et c’est toujours dans cet élan que nous avons organisé Ouaga hip hop 2003.

S. : A tort ou à raison, beaucoup de personnes perçoivent de façon négative le hip hop. En tant que directeur du Festival que représente ce mouvement pour vous ?

A.D. : Pour moi, le hip hop, ce n’est pas seulement le rap. Je ne voulais pas non plus qu’on crée un festival de rap. Je voulais plutôt un festival hip hop dans le sens large avec les différentes disciplines qui composent cette culture. On peut retenir essentiellement le graffiti, le théâtre, le cinéma, la mode...

Généralement quand on parle de hip hop, les gens pensent automatiquement à la musique. Or le hip hop c’est tout une philosophie. C’est à dire une manière de parler, de s’habiller, de chanter, c’est une culture de revendication. C’est d’ailleurs pour cela qu’on a vu des graffeurs faire des graffeurs en live pendant les concerts, on a vu également la danse et le slam. Pour moi toutes les disciplines étaient représentées et c’était justement ça l’esprit du festival.

S. : Tout au long du Festival, le public a été gratifié de prestations de nombreux groupes. Quelles ont été les critères qui ont prévalu à ces choix ?

A.D. : En général, les groupes que nous programmons ont un nouvel album. C’est pour cette raison que certains groupes de l’année dernière étaient encore présents cette année. Nous ne programmons pas un groupe qui est passé l’année dernière avec le même album. C’est un peu ça le principe. Mais le plus important aussi, c’est la prestation scénique parce qu’on peut faire un bon son en studio et ne rien dégager sur scène. Nous travaillons plus pour les spectacles vivants. C’est-à-dire que sur scène, tu l’es bon ou tu ne l’es pas. Le public a besoin de spectacle et si un groupe n’en est pas capable, on ne peut pas le programmer. On ne veut pas faire plaisir à un artiste, on veut faire plaisir au public !

S. : En somme, c’est l’originalité et la créativité qui sont les maîtres mots....

A.D. : Effectivement, on remarque par exemple que généralement, les artistes se vendent bien par leurs cassettes que quand ils vont à des concerts. Je pense que c’est pour cela qu’il est important de faire beaucoup de scène. "Tribune hip hop" que nous avons crée au sein de Umané culture répond justement à cette préoccupation. C’est une activité qui se déroule une fois par mois au CCF, pendant laquelle des groupes de rap burkinabè sont programmés. Cela permet à tous les jeunes d’avoir l’expérience de la scène. Si la musique sénégalaise se vend bien par exemple, c’est parce que les artistes sont de véritables "bêtes de scène". Au Burkina Faso, il y a quelques-uns qui sont vraiment très forts en scène, mais il reste encore du travail à faire.

S. : Le 18 octobre dernier, les rideaux sont tombés sur Ouaga hip hop 2003. Quel bilan d’ensemble dressez-vous du festival ?

A.D. : Je pense que le bilan est positif, parce que à chaque édition, le niveau va crescendo. A la première édition, il n’y avait que des artistes locaux et la salle était presque vide, à la deuxième édition, la salle était à moitié pleine et pour cette édition, c’était tout le temps plein. Cela montre que le festival a grandi. Lors du premier concert, on a estimé le public à plus de 2000 à 3000 spectateurs. Par rapport aux autres éditions, c’est vraiment énorme. Quelque part, cela nous fait peur car il faut que nous fassions mieux l’année prochaine, vu que le public devient de plus en plus exigeant.

S. : Concrètement, quelles sont les ambitions que vous nourrissez pour Ouaga hip hop dans les années à venir ?

A.D. : Déjà à la deuxième édition, il y avait des artistes du Bénin, du Cameroun, du Togo, du Mali, du Sénégal. Cette année, il s’est agit d’artistes africains et français. On espère qu’en 2004 ou 2005, nous pourrons faire venir des artistes européens plus connus tels Ayam, Passy... Je crois également qu’un jour ça vaudrait la peine de faire venir des artistes américains. Ces derniers viendront montrer ce qu’ils savent faire. On ne dit pas qu’ils font mieux que nos artistes, mais c’est la confrontation des différents styles qui est intéressante.

S. : Votre mot de la fin ?

A.D. : Je tiens particulièrement à remercier tous nos partenaires. Il s’agit notamment des Centres culturels de Ouaga et de Bobo qui ont été à mon sens co-producteurs du festival, d’Africalia, de l’AFAA. Nous avons également bénéficié du soutien de l’Union européenne, du ministère des Arts, de la Culture et du Tourisme, du PSIC, de RFI, de Canal 3, de Radio Pulsar, d’Horizon FM, du Journal Rythme, de Point Afrique et de Canal + horizon. J’espère qu’ils continueront toujours à nous épauler pour organiser d’autres festivals.

Entretien réalisé par Arsène Flavien BATIONO
Sidwaya du 28/10/03
(stagiaire)

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