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Listes CDP aux législatives : François place ses hommes

Publié le dimanche 21 octobre 2012 à 23h23min

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Listes CDP aux législatives : François place ses hommes

Aucune coalition dominante n’est permanente. Elle est exposée à des chocs et à des bouleversements susceptibles de déstabiliser ses relations internes. Depuis le congrès de mars dernier du parti, cette dynamique de recomposition de la coalition est à l’œuvre au sein du pouvoir burkinabè. Le grand chef de la coalition (Blaise Compaoré) étant au soir de son long règne, le transfert du pouvoir se fait petit à petit en direction du petit frère François Compaoré. Les deux frères n’ayant pas toujours les mêmes « amis » ni le même parcours ou profil, des bouleversements sont alors inévitables. Des modifications doivent intervenir. C’est toute la logique des manœuvres actuelles. Les élections constituent de ce fait un prétexte pour légitimer la nouvelle coalition qui se met en place.

Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) amorce un virage avec ces élections législatives. Les primaires suivis du choix définitif des candidats placent le parti dans une position inconfortable. Dans certaines localités, le parti est en lambeaux. C’est la déchirure entre camarades du parti, voire la rupture définitive entre les différents clans. Dans le Sourou, le parti perd un pion important en la personne de la député Saran Séré/Sérémé qui a démissionné avec fracas du CDP après le choix fait par le parti de la placer deuxième sur la liste de sa province derrière le maire Mathias Zerbo, soupçonné d’avoir suscité la manifestation qui a abouti à l’incendie du domicile de la dame. Cette dernière subit les revers de sa grande distance avec les artisans de la nouvelle coalition en construction. Bien que siégeant dans le SEN, elle est restée trop proche des Has been comme les Roch qu’elle continue de fréquenter alors qu’elle ne montre pas beaucoup de signes d’allégeance de l’autre côté.

Certains ténors du clan dominant n’ont pas non plus apprécié son franc-parler devant le chef de l’Etat quand celui-ci voulait trancher sur le nom de la personne qui devrait conduire le CCRP. Saran avait émis des réserves sur le choix de Bongnessan Arsène Yé, conseillant plutôt une personnalité de la société civile pour conduire les travaux. Au-delà de cet épisode, la député Saran a eu le malheur d’être personnellement invitée par le Parti démocrate pour l’investiture du candidat Obama début septembre aux Etats-Unis. Elle n’aurait pas avisé le parti avant de bouger. Cela a été comptabilisé en sa défaveur lors du choix définitif des candidats du parti au Sourou. Dans certains milieux politiques, on y a vu une marque de suffisance, d’autres sont allés jusqu’à parler de mépris pour les nouveaux dirigeants du parti.

Par ailleurs, d’autres personnes ont exhumé son passé de militant « sankariste » pour s’interroger sur sa véritable loyauté aux nouveaux maîtres du navire CDP. En mars 1988 en effet, avec d’autres camarades, elle avait mobilisé des scolaires et étudiants pour réclamer la réhabilitation du président assassiné. La répression qui s’était abattue sur les meneurs l’avait par la suite conduit à l’exil au Mali. Cette parenthèse de sa vie militante ne semble pas avoir été refermée par certains au sein du CDP. C’est pourquoi, ils auraient joué des mains et des pieds lors du Forum des femmes tenu du 13 au 15 septembre dernier à Ouagadougou pour que la motion de soutien aux femmes du Sourou, (violentées lors des événements de Tougan) ne soit pas lue devant le chef de l’Etat.

La motion s’est effectivement égarée dans les couloirs. Les participantes au forum voulaient manifester leur désapprobation face aux violences infligées aux femmes partisanes de la député après les primaires du parti. Alice Tiendrébeogo était particulièrement horrifiée et déçue. Il faut néanmoins inscrire le cas de Saran dans une logique d’ensemble qui veut que les militants historiques cèdent la place au nouveau courant des « amis des clubs service » où se croisent DG, ministres, opérateurs économiques et hommes d’affaires. Le nouvel attelage ne fait pas totalement table rase des anciens militants ; l’option est de les accompagner petit à petit vers la porte de sortie. Ceux qui font de la résistance se verront néanmoins remplacés non sans avoir subi l’humiliation de la contestation et les effets de l’instrumentalisation. C’est le cas dans le Zandoma où le député Lassané Sawadogo est en lutte avec l’alliance Catherine du SEN/famille de la belle-mère nationale.

La direction du parti a tranché en faveur de Catherine Ouédraogo du SEN, favorisant du coup le clan du beau-père (Tahéré Ouédraogo a réussi à placer son fils Mahamoudou comme 1er suppléant). Le groupe du député Lassané Sawadogo ne s’avoue pas pour autant vaincu. Il a déposé sa liste pour les municipales, mais elle a très peu de chance d’être retenue, n’ayant pas l’aval du secrétariat exécutif. Dans le Sanmatenga, le député Sayouba Ouédraogo, malgré une bonne appréciation lors des primaires, a été déclassé. Le groupe de Raso et de Issiaka Isidore Ouédraogo, le très contesté maire de Boussouma, a réussi le tour de force de se positionner tête de liste. Dans le Kénédougou, l’ex-ministre Mariam Lamizana n’a pas eu l’onction du parti, bien que positionnée première lors des primaires.

Sa côte ne serait pas bonne, parait-il, auprès du véritable chef politique du parti dans la province, le richissime Djinguinaba Barro, président d’honneur de la FEDAP/BC. C’est dans le Kadiogo que le décalage se révèle abyssal entre les résultats des primaires et la décision finale des nouveaux faiseurs de roi. Le cercle restreint (dont le choix des membres a échappé même aux responsables du parti chargés des consultations électorales) qui a fait le choix des candidats a fait la part belle aux hommes de François. Le ministre Arthur Kafando qui est à l’aurore de sa vie politique a l’insigne honneur de conduire la liste de la capitale. Un autre fidèle, le Larlé naaba, est positionné 3ème alors que lors des primaires, il n’était même pas parmi les 20 premiers. Sa posture de porte-parole de fait du Moogho naaba aurait joué également en sa faveur. Il représenterait le pouvoir traditionnel de Ouagadougou.

Mais de plus en plus, il essuie des réprobations dans son propre milieu. Le cercle restreint pense toutefois que le Larlé naaba peut circonscrire les effets de « l’égarement » de Poé naaba à l’UPC. Zeph l’a pris comme joker dans la capitale. François Compaoré place donc ses billes de manière méthodique. Dans beaucoup de provinces également, ses hommes sont relativement bien placés sur les listes du parti. Certains sont assurés d’être élus, à l’instar du ministre des Mines, des Carrières et de l’Energie, Salif Kaboré, tête de liste dans sa province d’origine, le Kourritenga. Le MATDS Jérôme Bougouma conduira, lui, la liste du Zoundwéogo. Au passage, on a repêché Christian Bouda, le chef de Manga (1er suppléant) qui commençait à plonger politiquement dans sa province.

Même ceux qui étaient dans les profondeurs du classement lors des primaires du parti ont été bien positionnés. C’est le cas de Salam Dermé, placé 4ème sur la liste nationale tandis que l’ennemi de la FEDAP/BC, le maire de Nongre Massom, Zakaria Sawadogo, 4ème lors des primaires au Kadiogo, a été rétrocédé à la 10ème place sur la liste nationale. Le message est clair, s’il veut conserver ses chances d’être élu, il a intérêt à mouiller le maillot. Il ne doit perdre aucune voix dans son arrondissement. Le ministre Yacouba Barry, le plus conciliant des proches de Salif Diallo avec le nouveau clan dominant récolte également les fruits de sa bienveillance. De 8ème lors des primaires, il est ramené à la première place devant l’ex-représentant du Burkina Faso en Côte d’Ivoire, Boureima Badini. Dans le Houet, c’est le dauphin et beau-frère Alpha Yago qui est propulsé suppléant de l’ex-maire Alfred Sanou, 2ème sur la liste de la province après le ministre Soungalo Ouattara. Il n’est pas exclu qu’Alfred se retrouve ailleurs après les élections pour permettre au jeune loup de siéger.

Abdoulaye Ly

MUTATIONS N° 14 du 1er octobre 2012. Bimensuel burkinabé paraissant le 1er et le 15 du mois (contact : mutations.bf@gmail.com)


Listes CDP aux législatives : Les membres du SEN se font la part belle

Le Secrétaire exécutif du parti avait prévenu que les résultats des primaires étaient simplement indicatifs. Un comité allait se charger de déterminer définitivement les candidats du parti. Mais les « correctifs » attendus de ce comité ont viré à des « rectificatifs majeurs », sinon à des modifications pure et simple du choix de la base dans certaines provinces. Ceux qui se tirent d’affaire sont les membres du secrétariat exécutif national et les ministres. Les femmes et les députés sortants sont les victimes du recadrage.

Une logique a guidé les membres du comité restreint chargé de classer les nombreux prétendants : bien positionner les dirigeants du parti et les ministres du gouvernement d’abord. Ainsi, sur les 38 membres dont compte le SEN, ils sont 30 à figurer sur les listes. Treize sont même positionnés tête de liste dans leur province. Les quatre premiers sur la liste nationale sont tous du secrétariat exécutif national. Assimi Kouanda conduit la liste suivi de Naboho Kanidoua, Pauline Yago et Salam Dermé (les deux derniers cités étant jusque-là de parfaits inconnus de la scène politique nationale). Leurs suppléants sont également tous du SEN dont Anicet Ollo Pooda et Moïse Traoré. Sur cette liste nationale qui pourvoit 16 sièges, les membres du SEN occupent six places.

Achille Tapsoba et Jean Leonard Compaoré respectivement 7ème et 8ème sur cette liste doivent leur place à leur appartenance au club du SEN. Leur base respective du Kadiogo et de l’Oubritenga les avait rejetés lors des primaires organisées fin août. Ils conservent une chance d’être élus si le parti ne prend pas trop d’eau dans certaines provinces où il y a eu des remous comme le Sourou, le Sanmatenga, le Zandoma et même le Yatenga et le Kadiogo. Dans le fief de Salif Diallo, c’est le secrétaire chargé du contrôle et de la vérification du parti, Yacouba Barry qui est propulsé de la 8ème à la première place du classement. Identifié de plus en plus dans la province comme faisant partie du clan qui a terrassé Salif Diallo, son ex-mentor, Yacouba aura du mal à mobiliser tous les déçus du système.

Au Kadiogo, les membres du SEN ne sont que deux (François et Salifou Sawadogo). François a préféré laisser la tête de liste au ministre Kafando Arthur, natif de Ragnongo, un village devenu secteur de Ouagadougou à la faveur du nouveau découpage des arrondissements.

Du côté de l’exécutif, près de la moitié des ministres se retrouvent en lice pour les législatives. Ils sont 16 à solliciter les suffrages des Burkinabè le 2 décembre prochain dont 11 conduisent la liste du parti dans leur province. Le Premier ministre Luc Adolphe Tiao est confirmé dans le Sanguié. Deux ministres seront tout de même en difficulté dans leur circonscription électorale où la compétition avec l’UPC et l’ADF/RDA promet d’être explosive. Il s’agit des ministres Jean Couldiaty dans la Tapoa et d’Abdoulaye Combary dans le Gourma. Tous les deux sont classés deuxième sur leur liste alors que l’UPC et l’ADF/RDA alignent de poids lourds comme tête de liste. Julien Couldiaty est tête de liste de l’UPC dans la Tapoa et le roi du Gulmu, le Koupiendiéli, portera l’étendard du « parti de l’éléphant » dans le Gourma.

Le porte-parole du gouvernement, Alain Edouard Traoré, aura également fort à faire dans la Comoé pour arracher le deuxième siège de la province. La député Makoura va défendre farouchement l’honneur du RDB qui a subi une saignée ces derniers mois avec la défection du maire de Banfora, Yacouba Soulama.
Les députés sortants ont subi également un revers. La nouvelle coalition en construction n’a plus besoin d’eux. Elle a besoin d’hommes neufs pour animer le « nouveau » système. Sur les 73 députés sortants, quinze seulement ont réussi à se placer sur les listes dont cinq sont tête de liste (Fatou Diendéré, Mélégué Taoré, Gisèle Guigma, Malakilo et Alexis Kaboré).

Il y a des députés qui sont placés suppléants comme la député originaire de Saaba, Eulalie Yerbanga.
Au niveau des femmes, ce n’est pas non plus reluisant. Sur l’ensemble des candidats (titulaires et suppléants), le parti a fait juste le service minimum (76 sur les 254) soit la barre des 30% exigés par la loi sur le quota genre. Quand on observe cependant, il n’y a que 27 qui ont été titularisées, soit 21%. Si on observe davantage, on se rend compte que les titularisées ne sont que cinq à conduire leur liste, à savoir Fatou dans le Passoré, Pascaline Tamini dans le Tuy, Alima de la CIL dans le Noumbiel, Catherine dans le Zandoma et Adèle Yéri dans le Poni. Dans le Kadiogo, la seule femme sur la liste, Benjamine Douamba, est classée 4ème. Dans le Houet, elles ne sont que deux et seule Sita Ouattara peut espérer tirer son épingle du jeu.

Abdoulaye Ly

MUTATIONS N° 14 du 1er octobre 2012. Bimensuel burkinabé paraissant le 1er et le 15 du mois (contact :mutations.bf@gmail.com)

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