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Côte d’Ivoire : la "preuve" par Jean Hélène

Publié le dimanche 26 octobre 2003 à 07h03min

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Mardi 21 octobre dans la soirée, le correspondant de RFI à Abidjan, a été froidement abattu par un policier. Emoi, indignation, colère et interrogations diverses ont aussitôt suivi cet acte odieux, à propos duquel Jacques Chrirac a demandé que "toute la lumière" soit faite. Et pourtant, cet acte s’inscrit dans la "logique ivoiritaire" entretenue et développée au bord de la lagune Ebrié depuis une décennie.

Dans les cercles politiques où l’on ne s’embarrasse pas de sentiments ni de circonlocutions, le sentiment dominant après l’assassinat odieux de notre confrère Jean Hélène, c’est que celui-ci peut être considéré comme "un mal pour un bien". Un mal si tant est que nul ne saurait cautionner l’assassinat d’un homme, encore moins d’un journaliste censé apporter la "lumière" à ses semblables. Qui plus est, Jean Hélène a été tué pour "rien" dans la mesure où, le policier qui l’a "flingué" a semble-t-il agi sur un coup de tête. A preuve, son supérieur hiérarchique aurait déclaré aussitôt après la commission de l’acte qu’il venait de leur "créer" de "vrais problèmes".

Qui sème le vent...

Plus tard, le président Gbagbo lui-même a indiqué que la Côte d’Ivoire n’avait pas "besoin" de ça. Tout en promettant qu’une enquête diligente établira les "responsabilités". Rien que de bons sentiments en somme, même si en l’occurrence on a comme l’impression que c’est le voleur qui crie au voleur. En effet, le policier qui a abattu froidement notre confrère, ne peut être à la limite considéré que comme "l’auteur matériel" de l’homicide. Les "auteurs intellectuels" et partant les co-auteurs, ce sont tous ces thuriféraires de l’ivoirité dont les idées et les "thèses" sèment la désolation en Eburnie depuis une décennie. Cette théorie fumeuse et funeste, consistant à privilégier le "vrai" ivoirien dans un pays où le métissage a atteint des degrés insoupçonnés, voilà le mal de la Côte d’Ivoire.

C’est ce mal qui fait souffrir des milliers de Burkinabè du côté de la lagune Ebrié et qui a amené le président du Faso a affirmé sans "tourner" que "Gbagbo finira devant le TPI, comme Milosevic". A l’époque il s’en était trouvé de "bonnes âmes" (?) pour crier à la provocation et au dérapage diplomatique", oubliant que Blaise Compaoré est aussi responsable et garant de la sécurité des Burkinabè résidant à l’étranger.

Vue la martyrisation dont étaient victimes ses "pays" en Côte d’Ivoire, son silence aurait été interprété comme de la lâcheté ou à tout le moins de l’irresponsabilité. Il faut croire qu’il n’a pas totalement été entendu, car le régime ivoirien, nonobstant ses frasques et les sorties irréfléchies de certains de ses caciques, continuait de bénéficier de la sollicitude d’une partie de la Communauté internationale.

La France qui porte aujourd’hui le deuil de son brillant journaliste, n’a-t-elle pas quelque peu contribué à maintenir ce climat malsain en Eburnie, en voulant caresser tous les protagonistes de l’Ivoirité dans le sens du poil, et cela en fonction de la conjoncture et des conjectures ? La mort de Jean Hélène traduit ainsi les altermoiements voire les erreurs d’une diplomatie qui a souvent privilégié les intérêts au détriment de la raison et du bon sens. Autrement, et l’histoire nous l’enseigne, tout pays dans lequel les dirigeants lèvent et entretiennent des milices devient une zone de haute insécurité. Quand en plus vient se "greffer" un discours national-populiste, "bonjour les dégâts".

Le flic meurtrier a été recruté courant 2001, et "conscientisé" sur la supériorité de sa race et la nécessité de défendre celle-ci contre "l’ennemi". Au moment où il abattait Jean Hélène, il était donc persuadé d’être dans son "bon droit". On est mémoratif qu’il ’n’y a guère longtemps, le slogan "à chacun son blanc" faisait fureur à Abidjan.

"L’holocauste" de Jean Hélène est donc la preuve que le ver de l’ivoirité est toujours dans le fruit ivoirien. Le châtiment du policier ne sera donc qu’un pis-aller, la panacée consistant en un "nettoyage" en règle de la société ivoirienne. Faute pour les uns et les autres de comprendre cela, il y a fort à craindre que notre confrère ne soit mort pour rien.

Boubakar SY (Sidwaya du 24/10/03)

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