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Alors que le « sarkozysme » est tenté par le « sarko-lepénisme », Gérard Longuet, ancien de l’extrême droite française, est promu ministre de la Défense et des… anciens combattants (1/2)

Accueil > Actualités > International • • vendredi 4 mars 2011 à 03h47min

Le départ, très médiatisé, de Michèle Alliot-Marie et l’arrivée au Quai (plus médiatisée encore, mais par le président de la République lui-même cette fois !) de Alain Juppé a quelque peu laissé dans l’ombre la promotion de Gérard Longuet au portefeuille de ministre de la Défense et des Anciens combattants. Les « anciens combattants », cela convient à merveille à celui qui avait érigé le « cassage de gueule » en mode de production politique lorsqu’il était un des militants de choc du mouvement « Occident », ce qui veut tout dire mais, pourtant, ne dit pas assez ce qu’il a été : une organisation d’extrême droite, qualifiée en son temps de « facho ».

Personnalité politique majeure dans les années 1980, Longuet est revenu sur la scène politique depuis que Nicolas Sarkozy est entré à l’Elysée. D’abord très modestement. Mais sûrement. Jamais comme un promu d’office mais comme un « remplaçant » qui grappille des places au fur et à mesure des « ajustements » ministériels. Il avait ainsi accédé à la présidence du groupe sénatorial UMP, au début de l’été 2009, quand Henri de Raincourt avait été nommé ministre des relations avec le Parlement (cf. LDD France 0543 et 0544/Jeudi 2 et Vendredi 3 juillet 2009). Il obtient la Défense et les Anciens combattants dès lors que Juppé, qui détenait ce portefeuille avec le titre de ministre d’Etat, prend la suite de Alliot-Marie au Quai d’Orsay. Longuet pourra remercier les « révoltés » d’Afrique du Nord : c’est grâce à eux qu’il revient au gouvernement après seize ans d’absence !

Joli cadeau d’anniversaire ; à quelques jours près : il est né le 24 février 1946 (il est nommé ministre le 27 février 2011, à 65 ans !) à Neuilly-sur-Seine. Fils d’une assistante sociale (il ne dit rien du job d’un père totalement absent dans sa notice du Who’s Who), Longuet va débuter sur les chapeaux de roues : lycée Henri IV, IEP-Paris, DES de sciences politiques, ENA (1969-1973). Très tôt, il s’est engagé dans l’action politique ; il évoquera un « combat d’arrière-garde » : il militera pour l’Algérie française et rejoindra « l’extrême droite », fera campagne pour son candidat à la présidentielle de 1965 (Jean-Louis Tixier-Vignancour se présentait alors contre Charles De Gaulle) par « anticommunisme » « J’ai mesuré, par la suite, le caractère un peu vain de cette démarche », dira-t-il.

Le 12 janvier 1967, « Occident » - qu’il a créé avec Alain Madelin au lendemain des Accords d’Evian - va opérer une « descente » à l’université de Rouen : il s’agit de « casser du gauchiste ». Ce sont eux qui seront cassés ! Longuet n’était pas de l’expédition mais s’y trouvera judiciairement embringué pour « complicité » alors qu’il vient tout juste de tomber sous le charme… politique de Valéry Giscard d’Estaing. « Occident » sera dissous en 1968, au lendemain des « événements » mais Longuet restera au contact de l’extrême droite française : Patrick Roger rappelle dans Le Monde (1er mars 2011) qu’il a participé à la rédaction du programme du Front national créé en 1972.

Mais ne brûlons pas les étapes. Etudiant, Longuet aime les motos (il rêve devant la BMW de son ami François Léotard qu’il a connu à Sciences Po et qui deviendra, bien des années plus tard, lui aussi, ministre de la Défense), le discours politiques de VGE et Brigitte Fossorier.

Brigitte est alors une très jolie blonde (aujourd’hui avocate, toujours belle et blonde, elle a échoué, par deux fois, au bâtonnat de Paris en 2008 et 2010). Longuet va l’épouser le 28 juillet 1967 (il est majeur depuis quelques mois seulement - majorité à 21 ans à l’époque) alors qu’il n’est encore qu’un étudiant de Sciences Po. Brigitte c’est autre chose. Elle est la petite-fille de l’industriel Robert Fossorier qui, en secondes noces, a épousé l’actrice Mary Morgan.
Commandeur de la Légion d’honneur, médaille militaire, croix de guerre 1914-1918, médaille des évadés, Fossorier a été le maire de Deauville, administrateur de la Société des Hôtels et Casino de Deauville, président du Deauville Yacht Club, membre du Cercle républicain, du Cercle de la France d’outre-mer, du Yacht Club de France… Président de la fédération radicale-socialiste du Calvados, directeur général et vice-président de la Société commerciale d’affrètements et de combustibles, la SCAC, très présente sur la côte ouest africaine. Un « grand bourgeois » ; un vrai, à l’ancienne ! Il faut ajouter que Sophie, la sœur de Brigitte, épousera, le 23 mars 1977,… Vincent Bolloré. C’est d’ailleurs cette connexion qui permettra à Bolloré de prendre le contrôle de la SCAC, le 12 mai 1986 à la suite d’un dîner avec Jacques Dupuydauby qui en était le PDG. On sait ce qu’il en advint : la « guerre des ports » déclenchée, ces dernières années, en Afrique, entre le patron du groupe Bolloré et Dupuydauby, patron de Progosa.

L’entrée de Longuet dans la famille Fossorier va calmer ses ardeurs militantes. Il fera son stage de l’ENA (où il est entré, dit-on, grâce à la discrète intervention du secrétaire d’Etat à la Fonction publique, Philippe Malaud) à Caen, dans le… Calvados, fief de sa belle-famille, en 1971, et va s’y lier avec le nouveau maire de… Deauville : Michel d’Ornano qui a pris la suite de Robert Fossorier.

Sous-préfet, directeur de cabinet du préfet de l’Eure (1973-1974) puis du préfet de la Somme (1974-1976) alors que VGE s’est installé à l’Elysée, Longuet restera cependant un activiste marginal qui trouve chez les « giscardiens », un mouvement sans véritable parti (les Républicains indépendants - les RI - ne représentent pas grand-chose), un terreau favorable à toutes les manœuvres subversives. Pour les mener à bien, une « cellule » a été mise en place : « Agir pour l’avenir » dont les trois têtes pensantes seront Léotard, Longuet et l’ami avec lequel il a fondé « Occident » : Alain Madelin.

Proche de Jacques Dominati, secrétaire général des RI, Longuet va prendre la direction de son cabinet lorsque celui-ci sera nommé secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre (1977-1978). Une proximité qui lui permettra de décrocher son premier mandat électoral : il est élu député UDF-PR de la Meuse en 1978 (la mère de Longuet était Lorraine). C’est alors que le « groupe des huit » va se constituer quand, le 3 juillet 1979, députés nouvellement élus, jeune garde UDF, ils seront huit à être reçus pour un petit-déjeuner élyséen : il y avait là Léotard, Madelin et Longuet, mais aussi Pascal Clément, François d’Aubert, Jean-Pierre Abelin, Jean-Pierre Pierre-Bloch, Maurice Charretier (nommé ministre à l’issue de cet entretien avec VGE, Charretier laissera sa place, au sein du « groupe des huit », à Gilbert Barbier).

C’est donc en Lorraine que Longuet va bâtir sa carrière politique : député (1978-1981), conseiller général (1979-1982), vice-président du Conseil général (1982-1986), conseiller municipal de Bar-le-Duc (1983). En 1984, il sera parlementaire européen sur la liste Union de l’opposition pour l’Europe et la défense des libertés. En 1981, les « socialo-communistes » sont au pouvoir en France. De quoi exaspérer les anciens du mouvement « Occident ».

Compagnon de route (mais marchant sur le bas-côté) de VGE, ils estiment que les législatives de 1986 vont ouvrir une ère nouvelle : celle de la « cohabitation ». C’est Longuet qui, au sein du « groupe des huit », va mener les travaux d’approche pour prendre langue avec Jacques Chirac, le patron du RPR, et négocier une stratégie politique que Longuet baptisera « empeachment croisé » dans la perspective où François Mitterrand, le président de la République, devrait faire appel à un leader de l’opposition pour diriger le gouvernement : le PR (ex-RI) de la « bande à Léo » (Léotard bien sûr) va faire barrage à Jacques Chaban-Delmas tandis que le RPR va « faire front » contre Simone Veil et VGE.

A suivre

Jean-Pierre BEJOT

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