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AFFAIRE HISSENE HABRE : L’impossible procès

Accueil > Actualités > International • • lundi 13 décembre 2010 à 00h18min

Hissène Habré

Les partisans de Hissène Habré boivent certainement du petit lait. Le président sénégalais vient de jeter un pavé dans la mare en déclarant qu’il remettra le dossier Hissène Habré à l’Union africaine (UA). Me Wade dit regretter d’avoir accepté la mission confiée à son pays par l’UA et qui consistait à juger l’ex-président du Tchad. Il faut rappeler que cette décision procède du refus des dirigeants africains de laisser la justice belge juger Hissène Habré sur plainte de ses victimes. Ce faisant, l’UA avait affiché sa volonté de laver le linge sale en famille, de ne pas continuer à cautionner la tenue à l’extérieur des procès d’ex-dirigeants africains.

Le président sénégalais, justifiant sa décision, a relevé que la communauté africaine, qui l’a mandaté dans ce dossier, n’a pas suffisamment soutenu ses efforts. On assiste à une sorte de retour à la case départ dans l’évolution de ce dossier.

A présent, Wade n’exclut pas de remettre le dossier à la justice belge. Le Tchad s’est dit également prêt à juger Habré. Mais, on imagine déjà que l’argument tiré de l’ingérence extérieure en ce qui concerne le recours à la justice belge va refaire surface. Pour ce qui est de la remise du dossier entre les mains de la justice tchadienne, c’est la question des garanties d’un procès équitable qui se pose. C’est dire donc que l’on se dirige vers une bataille de procédures, quelle que soit la destination qui serait retenue pour une extradition de Hissène Habré.

Le risque de s’enliser dans des tiraillements à n’en pas finir, n’est pas à écarter. Le coup de gueule de Wade intervient après la réunion des bailleurs de fonds qui a permis aux différents partenaires sur la question, de s’accorder sur le financement du procès. Cela est capital quand on sait que les fonds réclamés par le Sénégal ont longtemps constitué la pierre d’achoppement dans la tenue de ce procès tant attendu. Certes, il y a eu, entre-temps, une décision de la Cour de justice de la CEDEAO déniant au Sénégal la compétence de tenir ce jugement.

Mais, cette décision ne saurait suffire à légitimer la décision du Sénégal de se laver les mains de cette affaire. On a tout l’air que plus l’on s’approche du procès, plus il y a des manoeuvres pour ne pas y arriver. Et l’on ne peut, dans ces conditions, s’empêcher de s’interroger sur la volonté réelle du Sénégal, et partant, des chefs d’Etat africains, de tenir ce procès. L’analyse de cette situation d’impossible procès amène à considérer que le problème réside plus dans une absence de volonté que dans une insuffisance de moyens financiers et juridiques. On a affaire à une justice qui cherche désespérément ses marques et cela s’explique, entre autres, par le fait que beaucoup de dirigeants africains voient leur propre image derrière celle de l’ex-chef de l’Etat tchadien.

En d’autres termes, ils ont peur du précédent que pourrait constituer un tel procès. On fait donc du surplace. Et vu l’état d’esprit qui semble prévaloir, il n’est pas exclu qu’on en vienne, même si la question de l’extradition venait à être réglée, à évoquer autre chose pour soustraire Hissène Habré à ses juges. Les atermoiements et autres actes de diversion sont perçus par plus d’un Africain comme une absence de volonté de rendre justice aux victimes de l’ex-dictateur. Si l’UA continue de montrer une telle incapacité à tenir le procès de Hissène Habré, elle finira par conforter dans leur position tous ces Africains qui ne croient pas en leur propre justice et qui vont, par conséquent, chercher justice ailleurs.

Relwendé Auguste SAWADOGO

Fasozine

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