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Tentative présumée de putsch : Dieu, que reproche-t-on au procureur Barry ?

Publié le lundi 20 octobre 2003 à 15h01min

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L’auteur des lignes qui suivent prend la défense d’Abdoulaye Barry, le commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Ouagadougou, dont les sorties au sujet de la tentative présumée de putsch ont souvent été accueillies négativement par la presse et l’opinion.

Ainsi depuis le mardi 7 octobre, la rentrée 2003 a apporté son lot de complots à la litanie d’événements semblables et récurrents qui font de cette période de l’année une saison de hautes turbulences au Pays des hommes intègres.

Coïncidences, malédiction ? Fiction, réalité ? Pour l’actualité nationale en tout cas, voici de nouveau du grain à moudre, alléluia ! Aux côtés des médias dont c’est le rôle et nonobstant le taux d’analphabétisme élevé qui la caractérise, les commentaires vont bon train au sein de la grande masse de citoyens désœuvrés. Le Burkina presque entier s’adonne à cœur joie à l’exercice. Ici et là les analyses des politologues à la petite semaine sont dignes des éditoriaux du monde diplomatique.

D’aucuns critiquent, certains accréditent, d’autres vilipendent et tous commentent chaudement la thèse officielle de "l’affaire" ironiquement et joliment titrée par l’Observateur paalga "Le pasteur et ses 12 apôtres". Dans les commentaires donnés à lire et à entendre, la motivation du présent écrit se trouve dans la sévérité de la critique et le manque d’indulgence affichés à l’encontre du commissaire du gouvernement près le tribunal militaire de Ouagadougou. Sa prestation sur le sujet de la conférence de presse au cours de laquelle l’information a été rendue publique n’a manifestement pas été du goût du public.

Froidement, pour ne pas dire méchamment, la plupart des commentateurs, professionnels ou occasionnels, ont tiré à boulets rouges sur le pauvre Abdoulaye Barry. Avec un peu d’objectivité et d’humilité, il n’y a cependant aucune raison de s’offusquer à ce point d’un langage, certes rébarbatif, mais dont l’usage, de toute évidence, se trouve être dicté par la délicatesse du sujet et amplement justifié par les charges de la fonction qu’occupe monsieur Barry.

Pardieu bonnes gens ! Ne vous en déplaise, le commissaire du gouvernement et procureur général près la Cour d’appel de Ouagadougou, est un homme d’expérience et d’institution. A ce titre, s’exprimant sur une question aussi sensible que celle de la sûreté de l’Etat, il ne pouvait parler ni comme "monsieur tout le monde", ni du ton martial auquel vous ont sans doute accoutumé ces porte-parole en treillis bariolés jadis commis à la tâche en pareilles circonstances.

Je me convaincs d’autant plus aisément que monsieur Barry a eu raison de parler ainsi et que jamais il n’aurait dû se départir de sa réserve que des protestations officielles ont quasi immédiatement été élevées par les autorités de deux pays (le Togo et la Côte d’Ivoire pour ne pas les citer) dès lors qu’il les a nommément cités comme ayant servi de théâtres de rencontres entre les présumés comploteurs et de "hautes personnalités". En langage courant, "hautes personnalités" ne veut pourtant pas nécessairement et encore moins automatiquement dire autorités publiques ou officielles. Et ses contempteurs (les mêmes !) de reprocher au commissaire du gouvernement d’avoir prononcé le nom de ces pays "voisins, frères et amis" qu’ils craignent désormais d’être fâchés avec le Burkina, par la faute du parler jugé cette fois-ci trop direct du même Abdoulaye Barry. Qui disait que le peuple burkinabè est un peuple hautement affabulateur ?

Mieux que d’instrumenter une fausse querelle en communication et d’intenter un procès en sémantique populaire contre le "pauvre" commissaire du gouvernemernt, les observateurs de la scène politique devraient, me semble-t-il, se poser plutôt la question du sens profond de ce choix communicationnel inédit par le pouvoir pour traiter cette tentative de coup d’Etat qui, somme toute, n’est pas une première dans notre pays. La réponse ne me semble pas du tout évidente.

Iterre Somé

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