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AFFAIRE TAYLOR : le western-spaghetti de Bush

Publié le mardi 11 novembre 2003 à 07h57min

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Les Etats-Unis ont inauguré, depuis le 11 septembre 2001, une nouvelle forme de diplomatie au forceps, qui ignore les règles de bienséance internationales.

Ce pays, auréolé de son statut
de première puissance du monde, se croit investi d’une mission
quasi-prophétique pour laquelle tout lui est permis. Mille et une
fois, on a parlé de cette croisade solitaire contre le terrorisme
qui, pour l’instant, a fait la preuve de son inefficacité. En
redresseur impénitent de torts, le président américain promène
sa baïonnette partout où il croit trouver son ennemi. Et là où la
force est impossible à exercer, il use d’autres méthodes tout
aussi répréhensibles.

Il suffit de se rappeler les chantages
énormes exercés sur certains pays à l’ONU, la décision de
mépriser la Cour pénale internationale et de soustraire certains
ressortissants américains du pouvoir de cette juridiction (il
s’agit, en l’occurrence, des soldats américains auteurs de
crimes de guerre), etc. La dernière sortie en date du décidément
cow-boy Bush, c’est la prime pour tous ceux qui permettraient la
capture et le jugement de Charles Taylor. En Irak, c’est un jeu de
cartes qui a illustré les anciens dignitaires du régime Saddam.

Pour Taylor, il ne manque plus que la fameuse affiche à l’effigie
de l’ancien président libérien avec la mention : "Wanted, dead or
alive" (recherché mort ou vif). De quoi aiguiser l’appétit de tous
les chasseurs de primes modernes que sont les mercenaires
et autres affreux de tout acabit. Sans le savoir, Bush a déclenché
une chasse à l’homme qui peut mettre en péril la sécurité et la
paix dans le pays hôte, le Nigeria. Mais au-delà de ce péril
sécuritaire immédiat, cette "fatwa" à l’américaine pose, encore
une fois, le problème du respect des règles du droit
international. Ce n’est pas à coups de sentences de ce type que
l’Amérique pourra arriver à ses fins - en tout cas officielles - qui
sont d’éradiquer le terrorisme sur terre.

L’expérience de deux
années de lutte montre que cette hydre à plusieurs têtes peut
frapper partout où elle veut. L’Amérique, il faut le redire, a
emprunté une voie dangereuse qui menace la sécurité de toute
l’humanité. Dans l’affaire Taylor, le Nigeria oppose une
résistance au passage en force des Américains. Très
courageusement, Obasanjo a entrepris de respecter son
engagement qui est d’accorder l’asile au président déchu. Dès
l’annonce de la décision américaine, il a même renforcé les
mesures de sécurité autour de la résidence de Taylor. C’est la
preuve qu’il n’entend pas se laisser intimider. Il fait preuve de
cohérence dans sa démarche de paix au Libéria. Le départ du
président Taylor était une condition négociée pour éviter un bain de sang à Monrovia, et donner une perspective heureuse à la crise qui déchire le Libéria. Les Américains sont d’ailleurs à la base de ce départ puisque Bush en avait fait sa bataille, préférant cette solution à l’envoi de troupes d’interposition. C’est encore le Nigeria qui constitue le fer de lance des troupes de la CEDEAO déployées au Libéria. Après tant d’efforts, ce pays mérite donc, en ce qui concerne son action pour la paix sous-régionale, plus de respect. Or, les Américains, tout en bafouant le sacro-saint principe de non-ingérence, méprisent royalement le président nigérian et la souveraineté de son pays.

Cette attitude, choquante à tous points de vue, doit aussi
interpeller toute l’Afrique de l’ouest, au nom de la laquelle le Nigeria s’est engagé à héberger Taylor. On attend donc que la CEDEAO remette les pendules à l’heure, non seulement en
apportant son soutien au Nigeria, mais aussi à travers une
condamnation des atteintes à la souveraineté des Etats, d’où
qu’elles viennent. Car si cette propension à régler les affaires africaines au colt n’est pas endiguée, c’est la voie ouverte à toutes les dérives. Et nul, demain, n’est à l’abri de la paranoïa
d’un dirigeant en manque de gloire.

L’empressement et les méthodes peu orthodoxes avec
lesquels l’Amérique veut traduire Taylor en justice sont d’autant
inacceptables que ce pays refuse de reconnaître la CPI et signe
même des conventions bilatérales consacrant l’impunité de
certains de ses ressortissants. Par ailleurs, d’autres bourreaux
continuent de persécuter d’honnêtes citoyens, sans aucune
crainte. Ariel Sharon fait, bien sûr, partie de ce lot. Un tel Etat
est-il habilité à donner des leçons de droit au reste du monde ?
Mais il faut croire que tout ce qui arrive aujourd’hui à l’Afrique et à
d’autres régions du monde est en partie imputable à la
communauté internationale. Celle-ci n’a pas su faire barrage à
l’imperium américain. Certes, des tentatives de résistance ont
été observées de temps à autre à l’ONU de la part de
puissances moyennes comme la France, l’Allemagne et la
Russie. Mais elles n’ont nullement découragé Bush, assoiffé de
conquêtes et de victoires sur le terrorisme, tel un preux
chevalier. L’administration Bush doit remettre les pieds sur terre.

Car contrairement aux héros du far-west, elle nous déroule un
western sans suspense. Un western-spaghetti indigeste où l’on
a hâte de voir apparaître le mot "Fin".

"Le Pays"

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