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Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

Publié le lundi 1er avril 2024 à 21h20min

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Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

La victoire de Bassirou Diomaye Faye à l’élection du 24 mars 2024 au Sénégal a la même portée symbolique que l’insurrection populaire de 2014 au Burkina. Elles sont toutes deux des marques de l’intervention du peuple dans l’histoire, quand bien même les modalités diffèrent. Elles sont des signes de prise de responsabilité. Une large partie de la population décide de prendre ses responsabilités face au cours de l’histoire et crée le changement.

La victoire du candidat désigné pour remplacer Ousmane Sonko du parti des Patriotes sénégalais pour le travail, l’éthique et la fraternité continue de susciter admiration, louange et fierté à l’égard du peuple sénégalais pour l’importante bataille qu’il a livrée pour arriver à cette fin qui n’était pas celle que Macky Sall avait prévue. Il a fallu encore des morts, du sang, des larmes, des institutions fortes comme le Conseil constitutionnel pour en arriver à cette élection. Qui sont les gagnants et les perdants de cette élection en Afrique ? Quel sera son impact dans ce continent où les putschistes et une certaine société civile ont fait un hold-up de certains concepts ?

Si nous sommes si nombreux à célébrer cette victoire, c’est parce qu’elle est une espérance et une source de paix. Macky Sall, par ses manœuvres et la persécution contre Ousmane Sonko et son parti qu’il a fini par interdire, est aussi un des artisans de cette victoire. La défaite de Macky Sall, c’est celle d’un homme qui a hésité, tergiversé à respecter son engagement à ne pas faire un 3e mandat et qui n’a pas soutenu le candidat qu’il a lui-même désigné pour le remplacer. Il part sans honneur après avoir divisé son parti et sa coalition.

Les Africains, comme tous les hommes, ne veulent pas vivre dans des prisons. Ils veulent s’exprimer, s’expliquer et opiner sur les questions de l’État, la vie publique, et savoir que leur voix compte. Et quoi de plus normal que les Sénégalais se soient battus pour dire à ce pouvoir et aux nombreux candidats compromis avec lui qu’ils veulent rompre avec le système, choisir des jeunes pour répondre à leurs aspirations ? Les Sénégalais ont osé le changement par les urnes.

Le Conseil constitutionnel a mis des limites au pouvoir du président et de l’Assemblée nationale quand l’un a pris un décret et l’autre voté une loi, tous deux anticonstitutionnels. Ce qui est une illustration de la maxime qui dit que le pouvoir limite le pouvoir. Et que la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice sont les gages de la démocratie et les gardiens qui empêchent que le pouvoir ne soit accaparé par un seul homme. Les Sénégalais se sont battus pour que leur pays ne soit pas une prison, où leurs droits n’existent pas.

La démocratie reprend des couleurs face à l’épidémie des coups d’État

Le changement radical contre le système néocolonial ne s’obtient pas seulement par des coups d’État. On peut afficher son programme, battre campagne pour quitter le franc CFA, chasser l’armée française, réviser les contrats léonins sur le gaz et le pétrole, les accords de pêche avec les multinationales et les Chinois, etc., et se faire élire par ses compatriotes à une très large majorité -54,28%- des suffrages et gagner au premier tour des élections. Ce choix de se faire élire, d’obtenir la confiance de ses compatriotes, est l’une des plus grandes formes de respect du peuple et de ses concitoyens.

C’est aussi une confiance en soi et en son programme politique. C’est tout le contraire de la conspiration et de la prise du pouvoir par les armes. Cette victoire est aussi un message adressé à ceux qui ont peur de l’expression du peuple, qui confisquent les droits et les libertés. Le souverain, c’est le peuple et la meilleure manière pour lui de s’exprimer c’est par le jeu démocratique, et les Sénégalais nous ont enseigné en quoi il peut-être aussi beau qu’un match de football avec le fair-play, la vérité des urnes : les médias publiant les procès-verbaux de décompte des voix des bureaux de vote.

Le panafricanisme hors sol est démonétisé

La victoire de Bassirou Diomaye Faye avec son programme panafricaniste ringardise tous les panafricains des réseaux sociaux incapables de se constituer en force de mobilisation sociale avec un programme politique, si ce n’est en force de soutien des régimes militaires au pouvoir. Il n’est pas facile de faire le travail politique d’expliquer un programme, de recruter des hommes pour un parti politique et d’en faire des militants engagés qui se battent pour la victoire du parti. Mais être à la remorque pour emmener des marcheurs et des applaudisseurs est plus facile. Encore plus facile de rester en Europe, avec des passeports européens et s’ériger en donneur de leçons de panafricanisme sans se donner aucune tâche nationale, aucune responsabilité pour faire advenir un changement démocratique dans son propre pays, sauf celle d’applaudir des régimes et des partis.

Sans réduire la contribution des Africains de la diaspora à l’émancipation des peuples africains, des électrons libres sans attaches nationales et dans les couches populaires ne peuvent pas être décisifs dans le changement de la destinée de nos peuples.

La victoire de Diomaye Faye est aussi celle d’une organisation. Macky Sall s’en est pris à Sonko, l’accusant de viol qui n’a pas été établi et s’est transformé en corruption de la jeunesse. Il l’a emprisonné et il a empêché sa candidature à la présidentielle. Mais le PASTEF a eu un plan B qui est Diomaye Faye. Le parti, même dissout, a fait campagne pour lui alors qu’ils étaient en prison Sonko et lui. Sans une organisation solide, sans un peuple informé, mobilisé et engagé avec vous, la victoire est impossible.

C’est une victoire, belle, pleine de grâces et d’élégance parce qu’elle n’est pas déshonorante bien au contraire elle est totale, sans tâche, ni contestation. Elle n’est pas celle d’un homme avide du pouvoir. C’est l’homme de l’ombre et des dossiers qui a été appelé à la lumière parce que le charismatique Sonko a été écarté, empêché. Mais sortis de prison, Sonko et Diomaye ont fait campagne ensemble pour la victoire, Sonko acceptant de devenir le second de celui qu’il a choisi pour le remplacer pour porter leur parti et leur programme au pouvoir. C’est aussi la victoire de l’abnégation et des sacrifices jusqu’à la prison. C’est pourquoi ils font taire ceux qui n’ont pas obtenu la caution populaire dans leurs choix.

Ils ont avec eux aujourd’hui la légalité et la légitimité populaire pour quitter le CFA s’ils le désirent, dénoncer et renégocier les accords, chasser l’armée française et tutti quanti. Mais leur plus grande victoire sera d’avoir toujours des pyramides à bâtir comme préserver l’unité africaine et la solidarité régionale. Ne pas être des démolisseurs, mais des bâtisseurs pour corriger les défaillances de la CEDEAO, montrer que nous sommes capables de changer de partenaires sans se vassaliser.

En un mot, préserver notre indépendance vis-à-vis de tous, brandir le drapeau de la nouvelle Afrique fière et courageuse qui ne pleure pas sur son passé et rejette la faute de ses malheurs sur les autres mais se bat pour s’en sortir.

Sana Guy
Lefaso.net

Photo : AFP / John Wessels

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Vos commentaires

  • Le 31 mars à 17:59, par Amadoum En réponse à : Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

    Félicitations Mr Sana.
    Que peut t on encore ajouter ? Rien. Mieux tu as été tellement malin que les idiots ne verront que le feu. Comprenne qui peut. Merci

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  • Le 31 mars à 18:11, par Beoggninga En réponse à : Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

    Le Sénégal ce n’est pas le Burkina, l’histoire de chaque pays s’est construite sur l’histoire. Si le Conseil constitutionnel du Sénégal avait joué le jeu des tenants du pouvoir, où serait le Sénégal aujourd’hui ? Les contextes sont totalement différents. Souvenons nous toujours que le Burkina vient de loin avec une dictature qui a duré plus de deux décennies et qu’il lui est imposé aujourd’hui une guerre asymétrique. Ce qui n’est pas le cas du Sénégal. Ne nous morfondons pas, battons nous pourque dans quelques années le Burkina retrouve la stabilité.

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  • Le 31 mars à 19:41, par LUCIDE En réponse à : Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

    Sublime
    Rien à ajouter
    Vous avez été magnifique comme d’habitude
    Faut dire que avec du talent pour rendre les choses telles qu’elles

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  • Le 31 mars à 19:46, par Chasseur d’insurrescrocs En réponse à : Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

    Cette comparaison entre la dévolution démocratique du pouvoir au Sénégal et l’insurrection-coup-d’état d’octobre 2014 au Burkina est totalement incongrue.
    Au Sénégal, malgré la gravité de la crise provoquée par Macky Sall, aucune organisation, aucun parti politique n’a appelé l’armée à prendre le pouvoir. Au Sénégal, le Conseil constitutionnel a eu le courage de dire le droit.
    Au Burkina Faso, pays de putschistes invétérés, à la moindre crise, l’armée avec une alliance civile a trop souvent tendance à prendre ses "RESPONSABILITÉS". C’est ce qui s’est passé en octobre 2014 où un lieutenant-colonel a brûlé la politesse à un général après le départ de BC. Des dispositions existent dans la constitution qui auraient permis une transmission légale du pouvoir, mais au lieu de cela, un club d’amis s’est constitué pour nous pondre une charte sur mesure leur permettant de contrôler tous les ordres du pouvoir. Dans leur besogne, cette clique d’amis a été soutenue par toutes les sommités du droit constitutionnel et ces sommités ont été très bien récompensées en retour. La cour constitutionnelle n’a été appelée que pour avaliser ce qui a été décidé.
    Si l’insurrection avait été si populaire, pourquoi n’a-t-on pas attendu 2015 pour l’exprimer dans les urnes comme cela a été le cas au Sénégal ?
    Finalement, les actes d’incivilités de 2014 ont été le terreau de la déstabilisation que le pays connaît aujourd’hui et il va falloir situer les responsabilités tôt ou tard.
    Honte à tous les insurrescrocs qui ont précipité ce beau pays dans le gouffre !!!

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    • Le 1er avril à 10:55, par Beoggninga En réponse à : Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

      Non en 2014, c’est en complicité avec le président de l’assemblée nationale que la modification de l’article 37 devait s’effectuer sous le regard bienveillant du Conseil constitutionnel. Tous les pouvoirs se sont laissé corrompre et ont toujours avalisé les modifications précédentes, tout étant verrouillé le peuple n’avait pas d’autre choix que de s’insurger. Au Sénégal le Conseil constitutionnel a refusé de suivre l’assemblée nationale, autrement le Sénégal s’était englué aujourd’hui dans des difficultés. Félicitons le Sénégal mais traçons notre propre voie au regard de notre histoire et de notre contexte.

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  • Le 31 mars à 21:33, par yelmingaan blaan saa hien En réponse à : Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

    Blanc sale est la couleur de cette démocratie sénégalaise tant vantée qui vient de consacrer la victoire de deux riches "publicains"aux termes d une escalade qui aura fait plus de morts que nos deux coups d états et dont s extasient tant de nègres marrons en mal de modèles de démocratie du colon !

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  • Le 31 mars à 21:46, par Renault HÉLIE En réponse à : Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

    Que voulez-vous, le Sénégal, comme la Tunisie et même le Maroc, ont des armées au comportement infiniment plus civique qu’au Sahel. On peut rajouter le Ghana, le Kenya, etc.
    Le BF et le Sahel ont beaucoup souffert du putschisme et des dictatures.
    Si l’on compte les putschs, les dictatures et les tentatives de coup d’État, un pays sahélien aligne en moyenne de 10 à 20 évènements catastrophiques en 64 ans d’indépendance.
    Votre caste dirigeante militaro-fonctionnariale est un véritable cauchemar anti-développement, c’est la cause première de votre stagnation.
    Et ce n’est pas en bramant "révolution, révolution" qu’un frelon se transforme en abeille ...
    Pourtant, le BF ne manque pas de gens valables, j’en suis témoin.

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  • Le 1er avril à 11:56, par Sheikhy En réponse à : Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

    C’est un bel épilogue au Sénégal. Mais je pris les gens qui sont toujours prêts à faire des comparaisons de bien analyser. On a tous vu que les institutions au Sénégal (Conseil constitutionnel, Parlement, Justice...) avaient été bien manipulées par Macky Sall jusqu’au bout. Le CC a fait un revirement au dernier moment du fait de la vindicte populaire annoncée. Beaucoup de choses ont amené Macky S. à s’aligner et je ne suis pas sûr qu’un coup d’état n’était pas envisagé ou en cours. On se rappelle qu’un ancien chef des renseignements français a fourni des informations à Macky S. au dernier moment. Donc, la fin est belle, mais ce qui s’est passé avant n’est pas très beau à voir. Bravo au peuple sénégalais et maintenant, on compte sur les nouveaux entrants pour que les fruits tiennent la promesse des fleurs. La jeunesse actuelle a soif de changement, mais comme les contextes des pays diffèrent, c’est ceux qui sauront s’affirmer qui amèneront leurs pays vers de nouveaux horizons. On est à un virage décisif qui ne doit pas être raté par nos pays malgré les forces hostiles très puissants

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    • Le 1er avril à 16:51, par Rodriguez En réponse à : Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

      @Sheikhy, bien vu ! Je me demande comment le journaliste Sana, qui s’essaye dans l’edito arrive à tronquer certains détails dans le seul but de comparer ce qui n’est du reste, pas comparable ! Nous avons tous suivi comment les choses se sont déroulées au Senegal. C’est grâce à la pression intenable du peuple, et seulement du peuple senegalais que ce passage en force de Sall n’a pu être effectif. Le conseil constitutionnel n’a aucun mérite ici. Après tout, Macky s’en est bien tiré d’affaire ! Plus personne ne parle de la trentaine de morts provoquée par les velleités de Sall. Pourquoi ? Parce qu’il a négocié l’amnistie générale pour couvrir ses arrières avant de partir... les pauvres victimes sont classées perte et profit ! Ce n’est pas la démocratie senegalaise qui est avancée ; c’est la classe politique senegalaise qui est magnanime !

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    • Le 1er avril à 17:35, par Bala Wenceslas SANOU En réponse à : Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

      Merci pour votre esprit de discernement !
      Le Sénégal a toujours été présenté comme modèle de démocratie ! Il y a des tout à fait des acquis ; mais restent toujours, toujours fragiles. Comment comprendre qu’un modèle de démocratie finisse par avoir un président aussi manipulateur que Macky ? Et si jamais il y avait un audit du foncier urbain au Sénégal nous serions édifiés par les forfaits de Karim Wade que le même Macky a vainement tenté de repositionner. Que le Peuple sénégalais continue sa lutte. Ici au Faso, nous menons la nôtre dans un contexte tout à fait différent. La différence fondamentale est justement lié aux terroristes qui gangrènent le Sahel pour avoir eu en son temps gîte et couvert ici au Burkina (grâce à la marionnette française d’alors = Blaise Compaoré et son système). ALors, courage à ces jeunes militaires qui ont su prendre la lutte de libération du pays en main. N’en déplaise !

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  • Le 1er avril à 20:34, par Passakziri En réponse à : Victoire de Bassirou Diomaye : Le Sénégal accroche une troisième étoile d’alternance démocratique à son maillot

    Quand chaque entité joue honnêtement sa partition dans l’intégrité ca donne ce beau résultat. Je proposerais même que les sénégalais soient dorénavant apellés les hommes intègres et on va trouver un autre qualificatif pour le Burkina parce que ce qu’il est donné de constater n’est pas digne d’homme intègres mais d’hommes à la morale désintégrée.
    Une armée desunie prompte à brader le pouvoir politique ( une armée non républicaine), un conseil constitutionnel vidé de son sens, une assemblée nationale de dormeurs et léveurs de mains ( depuis 1992), des populations déboussolées qui ne savent plus ce qu’elles veulent au point d’accorder un coup k.o à un régime qui a prouvé son incompétence , et demander moins de 2 ans après que l’armée fasse un putsch. au finisch c’est deux que les hommes armés vont leur servir, le tout dans un emballage constitutionnel répugnant.
    Vive le Sénégal et son peuple ( institutions, armée ,populations ) qui par cette maturité honorent et rendent les africains conscients fiers.

    Passakziri

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