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FILO 2023 au Burkina : Beaucoup d’engouement, mais peu d’achats

Publié le lundi 27 novembre 2023 à 21h30min

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FILO 2023 au Burkina : Beaucoup d’engouement, mais peu d’achats

A quelques deux heures de la clôture de la Foire internationale du livre de Ouagadougou (FILO), nous avons sillonné les stands des exposants pour constater l’engouement. Même s’il y a de l’engouement, certains exposants crient à la morosité du marché, pendant ce temps, d’autres se frottent les mains. Constat fait le dimanche 26 novembre 2023.

Il était 13 heures quand nous entrons à l’intérieur du pavillon Soleil levant du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou (SIAO), salle qui abrite la foire. Mais avant de franchir la porte d’entrée, nous passons d’abord au peigne fin de la sécurité. A un pas de la porte d’entrée, une dame nous brandit un ticket sur lequel il est écrit 69. Nous comprenons par là que nous sommes le 69e visiteur. Mais à l’intérieur, la réalité est tout autre. L’affluence est au rendez-vous.

Dans cette grande affluence, madame Benin et ses deux enfants, essaient de se frayer un passage pour se procurer de quelques livres. « Je suis venue voir si je peux avoir des livres pour mes enfants », a-t-elle laissé entendre lorsque nous lui avons tendu notre micro. « Actuellement, poursuit-elle, le niveau des enfants est bas ; c’est parce qu’ils ne lisent plus. Ce qui les intéresse plus, c’est les écrans alors qu’il faut leur inculquer le goût de la lecture » a-t-elle indiqué, invitant les autres parents à en faire autant pour leurs enfants. « J’encourage les parents à le faire même en dehors de cet évènement » a-t-elle conclu, avant de poursuivre sa visite avec ses deux rejetons.

Le journaliste, Xavier Belemgnégré de radio Burkina, en compagnie de sa fille, visite le stand des éditions Céprodif

A quelques mètres d’elle, nous apercevons le journaliste de Radio Burkina, Xavier Belemgnégré. Le rédacteur en chef de radio Burkina est aussi venu avec sa fille pour lui acheter quelques bouquins. « Après avoir accompli mes tâches habituelles du dimanche, j’ai décidé d’emmener ma fille ici à la FILO pour qu’elle découvre un peu les livres. Parce qu’elle m’a dit qu’elle voulait voir des livres d’histoires, de contes et de sciences », nous confie le journaliste, main dans la main avec sa progéniture du cycle primaire. Au-delà du cadre de la FILO, l’homme de média invite les parents à fréquenter les bibliothèques avec leurs enfants parce que la lecture, dit-il, fait du bien à l’esprit.

Magalie Tiendrébéogo, après quelques minutes de visite, a pu se procurer son livre préféré. Sac en bandoulière, avec un sourire langoureux, elle tient dans ses deux mains ‘’Les frasques d’Ebinto’’ de l’écrivain ivoirien Amadou Koné. C’est un cadeau offert par son oncle, Ferdinand Tiendrébéogo, venu aussi chercher des livres. Visiblement émue, l’élève de 6e trouve difficilement les mots pour s’exprimer. Elle dit être très reconnaissante envers son oncle qui lui a acheté cet ouvrage qu’elle voulait lire à tout prix. « Je suis venu chercher des livres en médecine et en géopolitique, parce que c’est un domaine qui me passionne beaucoup », nous explique l’oncle de Magalie Tiendrébéogo, étudiant en 8e année de médecine.

Magalie Tiendrébéogo a pu se procurer un livre

La grise mine et la satisfaction des exposants

Elise Somé de la maison d’édition ‘’Harmattan Burkina’’, est une habituée de cette biennale du livre. Contrairement aux éditions passées, cette 17e édition n’a pas été florissante pour elle. « Il y a de l’affluence mais nous on n’a pas trop vendu parce que quand les gens arrivent, ils regardent et promettent de revenir sans jamais revenir », nous a-t-elle confié, le regard inquiet en ce dernier jour de la foire.

Pour Elise Somé, l’avènement des technologies de l’information et de la communication ont détourné les jeunes de la lecture. « Maintenant que Tiktok est venu, chacun est concentré avec son portable. A quel moment il aura le temps de lire un livre ? », questionne la représentante de la maison Harmattan Burkina, qui exhorte les jeunes à accorder une importance à la lecture. « Il n’y a pas de développement sans lecture », a-t-elle déclaré.

« Il y a de la visite mais pas trop d’achats » confie Elise Somé des éditions Harmattan

Outre madame Somé, Djiamila Koussoubé aussi fait grise mine. Elle est présente à cette foire depuis l’ouverture , le 23 novembre. Elle présente les ouvrages du Centre d’analyse des politiques économiques et sociales (CAPES). « Depuis l’ouverture, les gens passent pour regarder mais ils n’achètent pas », a fait savoir Djimila Koussoubé qui est à sa première participation à la FILO.

Même son de cloche pour Mme Ouédraogo, des éditions Céprodif. Même si elle salue la bonne organisation de la foire, elle regrette tout de même la morosité du marché. « Les affaires n’ont pas marché comme les autres années. Je pense que les gens sont dans les TIC et disent aussi que les temps sont durs », a-t-elle lancé, avant de retourner sur sa chaise, en attente de visiteurs concluants.

Même si d’autres crient à la morosité du marché, il y a aussi ceux qui ont pu se faire de bonnes affaires. C’est le cas de Didier Mensah, venu de Togo pour participer à la FILO. La maison d’édition qu’il représente a toujours été au rendez-vous mais Mensah est à la FILO pour la première fois. Difficile pour le jeune togolais d’avoir un temps d’échanges avec nous ; l’affluence est perceptible autour de son stand. Quelques minutes plus tard, il se dit prêt à répondre à nos échanges pendant que son compagnon assistait les visiteurs. « Il y a le marché. Depuis que nous sommes là, les gens ont acheté beaucoup de livres », se réjouit, le Togolais, espérant que le marché va encore être plus fructueux avant la fermeture officielle des lieux.

Les affaires n’ont pas bien marché selon Djiamila Koussoubé

Le regard fixé sur son téléphone, Oula Emmanuel Traoré, ancien maire de la commune rurale de Djigouèra, dans la province du Kénédougou, région des Hauts-Bassins, est venu exposer ses œuvres. ‘’Monsieur le maire par-ci, monsieur le maire par-là’’, c’est le titre de l’ouvrage phare de cet ancien bourgmestre qui trône au-dessus des deux autres, dans son stand. Membre du conseil d’administration de la société de production du jus Dafani, il a décidé d’offrir un bidon à tout acheteur. Une stratégie particulière qui marche bien, nous a-t-il rassuré. « Je ne me plains pas. Hier samedi ça a bien marché, le jeudi et le vendredi ça a marché moins et aujourd’hui dimanche ça moins bien marché », a -t-il confié, indiquant que le public est très intéressé par ses livres.

Pour Oula Emmanuel Traoré, les choses se sont plus ou moins bien passées

« Il y a plus d’écrivains que de lecteurs au Burkina », ironise Dr Issiaka Tiendrébéogo

Dr Pingdewinde-Issiaka Tiendrébéogo, enseignant en Lettres à l’université Joseph Ki-Zerbo s’est procuré du livre ‘’Mélodie pour une douleur’’ de l’auteur Sami Tchak, dans le stand togolais. L’organisation de cette FILO, affirme-t-il, est une bonne chose. « Je trouve que cette édition de la FILO est vraiment bien parce que nous avons vu les exposants de plusieurs pays », a laissé entendre, le spécialiste en études théâtrales.

Dr Pingdewinde-Issiaka Tiendrébéogo (en costume) a salué la tenue de cette 17e édition de la FILO

« Ce que je remarque, c’est qu’on a plus d’écrivains que de lecteurs », regrette l’enseignant qui préconise la mise en place d’un observatoire des écrivains pour une meilleure canalisation des œuvres. Il faut aussi, suggère-t-il, insister davantage sur la mise en place des Centres de lecture publics et d’animation culturelle (CELPAC) dans les communes. Cette stratégie, estime-t-il, permettra de disposer des livres et va encourager les élèves à lire. Cela permet aussi de faire la promotion des écrivains mais aussi de la lecture, se convainc-t-il. « Je pense qu’il faut faire cela. Au lieu que les gens aillent vers le livre que le livre aille vers les gens », a-t-il conclu.

Serge Ika Ki
Lefaso.net

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