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Burkina/Production de riz : « Nous pouvons atteindre l’autosuffisance alimentaire », David Thomas Zongo

Publié le lundi 21 août 2023 à 23h17min

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Burkina/Production de riz : « Nous pouvons atteindre l’autosuffisance alimentaire », David Thomas Zongo

Au Burkina Faso de plus en plus, la population consomme le riz local. Aussi, de plus en plus, les agriculteurs s’intéressent à la production de riz. En vue d’améliorer la qualité de la production de cette céréale, le gouvernement apporte un appui technique et financier aux producteurs. A Boulbi, plusieurs ménages vivent de la production de riz.

Le soleil se lève dans le village de Boulbi dans la commune de Komsilga. Sur la plaine, chaque producteur de riz est sur sa superficie en train de travailler. Certains font le repiquage. D’autres font la mise en boue.

Bonnet sur la tête, vêtu d’une chemise pagne et un pantalon marron plié jusqu’aux genoux, Pierre Conombo, producteur de riz fait la mise en boue de son champ. Il est aidé par des femmes qu’il va payer à la fin de la journée. Le quinquagénaire est en retard cette année dans ses travaux parce qu’il a eu un accident de circulation. « Depuis le 19 juin 2023 jusqu’à présent je ne suis pas en bonne santé. Parce que j’ai eu un accident de circulation. C’est aujourd’hui que j’ai fait venir ces femmes pour m’aider à faire la mise en boue de mon champ. Je suis en retard j’espère qu’on aura une bonne pluviométrie cette année sinon ce sera une perte pour moi », a indiqué monsieur Conombo.

Pierre Conombo, producteur de riz

Il est dans la production de riz depuis plus de 30 ans maintenant. Il a précisé qu’il n’utilise pas des produits chimiques pour la culture du riz. « Je cultive de la semence améliorée. Le chef de la plaine passe chaque fois ici pour nous donner des conseils pour que notre production soit bonne. Grâce à la production du riz j’arrive à scolariser mes enfants et à faire face à mes dépenses », a notifié le producteur de riz. Il a invité par ailleurs les jeunes à s’intéresser à l’agriculture, car dit-il, « la terre ne trahit pas. Si tu travailles bien tu auras pour toi ».

A environ 500 mètres de Pierre Conombo, Jean Pierre Nikièma et sa famille sont en plein repiquage de leur champ. Une corde en main, monsieur Nikièma suit la ligne de la corde pour faire le repiquage. « C’est une technique que les agents de l’agriculture nous ont montrée. Grâce à ces techniques, nous avons une bonne production. Sur une superficie de 0,20 ha. Je peux récolter près de 13 sacs de riz », a laissé entendre notre interlocuteur.

Lire aussi : Production agricole au Burkina Faso : La bataille du riz continue

Pour lui, dans leur localité, la production de riz contribue à la création d’emplois tant chez les hommes que chez les femmes. Cependant, il fait cas des difficultés que les producteurs rencontrent. « Le barrage est ensablé actuellement. Ce qui fait que l’eau tarit vite. Si l’eau était disponible à tout moment, on allait produire le riz deux fois dans l’année. Mais avec le manque d’eau on est obligé de produire uniquement pendant la saison des pluies. Les canaux de canalisation ne sont plus en bon état. Donc souvent l’eau envahit nos champs », a-t-il expliqué.

David Thomas Zongo, producteur de riz

A proximité de monsieur Nikièma, David Thomas Zongo et ses deux filles font également le repiquage de leur champ. Ce producteur est dans le domaine de la production de riz depuis 25 ans maintenant. Il travaille avec ses filles parce qu’il veut leur inculquer l’amour pour l’agriculture. Selon le cultivateur de riz, sa famille et lui ne consomment que ce qu’il produit. « Ma famille et moi ne consommons que ce que j’ai produit. Ce qui me permet de réduire mes dépenses concernant la nourriture. La production de riz est l’unique activité que je mène. Je ne fais rien d’autre. Mais j’arrive à scolariser mes enfants et m’occuper de ma famille », a révélé le producteur de riz.

Il poursuit : « Ceux qui disent aujourd’hui qu’il n’y a pas de travail sont des paresseux. La production de riz est bénéfique pour tout le monde. Si nous produisons beaucoup, la population va consommer un riz de bonne qualité. Et même nous pouvons atteindre l’auto-suffisance alimentaire ». Pour lui, ceux qui disent que l’agriculture est fatigante, ne savent pas ce que ce secteur d’activité peut rapporter.

La présidente des étuveuses de riz, Adjarata Ouédraogo

Les producteurs de riz après la récolte vendent leur production à l’Association Relwende des étuveuses de riz de Boulbi. Elles sont chargées de vanner le riz puis faire la transformation jusqu’à l’emballage dans des sacs ou des sachets. Selon la présidente des étuveuses de riz, Adjarata Ouédraogo, elles ont commencé en 2016. Et grâce à une ONG qui a renforcé leurs capacités et connaissances, la transformation se fait de telle sorte qu’il n’y ait pas de cailloux dans le riz local. « Il faut que les Burkinabè consomment notre riz local. Parce que notre riz est naturel. C’est produit ici et ce n’est pas conservé avec des produits chimiques. Et c’est bien doux par rapport au riz importé », a dit la présidente des étuveuses de riz.

Selon le responsable technique de la plaine de Boulbi, Dramane Yiogo, dans la plaine, il est fait la promotion du Système de riziculture intensive (SRI). « Pour la pratique du SRI, il faut une bonne variété de semence. Il faut passer par une pépinière pour avoir de jeunes plants qu’on peut repiquer après huit à douze jours. Plus les plants repiqués sont jeunes, plus la plante talle beaucoup. Le repiquage du SRI se fait par brin dans chaque poquet. Le sol doit être vraiment bien préparé et il doit contenir tous les éléments nutritifs. Il faut donc un apport d’engrais, de compost et d’eau à bonne date. On n’apporte pas de l’eau de façon désordonnée. On apporte l’eau à la demande, a expliqué le responsable technique de la plaine.

Dans la plaine de Boulbi, avec une superficie de 0,20 ha un producteur peut se retrouver avec une tonne de riz voir plus, a fait savoir monsieur Yiogo. D’après lui, la production de riz dans la zone de Boulbi, peut s’élever à environ 800 tonnes de riz par an.

Il a également indiqué qu’en vue d’améliorer la productivité du riz au Burkina Faso, des tests de plusieurs variétés de riz sont faits pour trouver des remèdes à certaines maladies et comment faire pour augmenter la productivité.

Le responsable technique de la plaine de Boulbi, Dramane Yiogo

De son côté, la directrice régionale en charge de l’agriculture dans la région du Centre, Servienne Ouédraogo, estime que le gouvernement et ses partenaires font d’énormes efforts pour aménager des bas-fonds et des périmètres irrigués pour la production de riz. « En termes de bas-fonds, nous avons dans la région du Centre, un potentiel de 1904 hectares qui sont exploités chaque année », a laissé entendre la directrice régionale.

Lire aussi : Accroissement de la production rizicole : Le « miracle » du riz pluvial strict

Et d’ajouter : « Depuis un certain temps, l’Etat accompagne les producteurs dans leur activité en prenant en charge les labours de périmètres irrigués et des bas-fonds en vue de booster la production de riz ». Pour cette année, les labours ont été faits gratuitement au profit des producteurs, a signalé madame Ouédraogo.

La directrice régionale en charge de l’agriculture dans la région du Centre, Servienne Ouédraogo

Des efforts ont été consentis dans l’acquisition des intrants pour le bonheur des producteurs. « L’Etat a mis à la disposition des producteurs de riz, des semences améliorées résistantes et performantes qui ont un rendement élevé. C’est essentiellement les variétés orylux, TS2 et FKR 19. L’Etat a également apporté de l’engrais à des prix subventionnés. En plus des intrants, nous apportons un appui technique aux producteurs. Et chaque bas-fond est encadré par un agent du ministère de l’Agriculture », a-t-elle signifié.

Consommateur de riz local, Moussa Guigma dit aimer la variété Orylux. « Je préfère consommer ce qui est produit chez nous. Il y a moins de produits toxiques et c’est de bonne qualité. L’orylux que je consomme est très bon. Il n’y a pas de cailloux et la cuisson est facile. Le riz local de maintenant n’est pas comme celui d’avant. Il y a une nette amélioration de la qualité. J’invite les Burkinabè à consommer notre riz. Car les riz importés contiennent beaucoup de produits chimiques. Ce qui est à l’origine de plusieurs maladies de nos jours », a recommandé notre interlocuteur.

A Boulbi, nous avons constaté que plusieurs femmes et jeunes travaillent dans les champs des producteurs et à la fin de la journée, et sont payés à la tâche.

Rama Diallo
Lefaso.net

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Messages

  • Bon, quelques stats.

    « la consommation de riz blanc [au Burkina] est estimée à environ 650 000 tonnes par an contre une disponibilité en riz national décortiqué de 195 000 tonnes. »

    Donc, il faut multiplier par 3.3 la production. Si aujourd’hui Monsieur récolte 13 sacs, il lui en faudrait en produire 43, ce qui implique probablement d’augmenter les surfaces cultivées. À cœur vaillant, rien d’impossible, mais le chantier est de taille.

  • J’adore ce genre de reportage ! Ça, c’est du vrai afro-optimisme ...
    Vive les producteurs courageux ! Ils sont la vraie richesse du Burkina...
    100 km² de rizières productives, ça vaut 3 mines d’or, et ça ne s’épuise pas.
    Le Burkina est riche du travail de ses paysans, des ses artisans et de ses entrepreneurs, pas de ses bureaucrates ...

    • Exactement. J’ajouterai, également, qu’en plus de l’optimisme et du travail, une politique nationale cohérente ne serait pas de trop pour atteindre un tel objectif tout à fait souhaitable.

    • Bonjour pff, bonjour Renault HÉLIE,
      Le léger problème qui n’est pas évoqué ici, c’est qu’une partie conséquente des terres irrigables du Faso, telles que le Soum ou encore la vallée du Sourou (aménagée par le Millénium chalenge américain), sont sous emprise terroriste.
      Il n’est donc pas du tout certain que nous puissions atteindre nos 195.000 tonnes cette année.
      Pour ne pas trop paraitre afro-pessimiste, je pourrais rajouter que Dieu va faire pleuvoir... peut-être.

    • Aïe... Merci pour cette information majeure kwiliga.

    • @kwiliga
      Messire « kwiliga à la fine plume », je suis un vieux monsieur, laissez-moi donc rêver ! Soyons afro-optimiste quelques minutes par jour au moins.
      Vous savez, à ma façon, je suis plus sankariste que le sankaroi lui-même !
       je rêve depuis plus de 40 ans d’un BF autonome en boustifaille, du moins à peu près aussi autonome qu’au 31 décembre 1960,
       je rêve d’un BF parcouru de trains confortables et pas trop lents, du moins à peu près comme le Maghreb, dont j’ai pu tester le réseau d’ouest en est,
       je rêve d’une ceinture verte devenue une forêt touffue jusqu’à Ouahiguiya et même Tombouctou,
       je rêve d’un BF qui submergerait mon supermarché de délicieux produits « bio », de mangues, d’ananas, de confitures, de noix séchées, et même d’entrecôtes de zébus (je suis un bon client !) et, pourquoi pas, de vins chaleureux, de Château-Koudougou, de Crémant-de-Pô et de Nuits-Saint-Dioulasso capiteux,
       je rêve d’un Sahel où je pourrais voyager en wagon-lit climatisé de Dakar à N’djamena avec arrêts à Bamako, Bobo, Ouaga, Niamey, etc.
       Je rêve d’un Sahel où les taxis seraient fabriqués dans une usine Dacia de Bobo, où Toyota de Niamey, comme au Maghreb.
       Je rêve aussi d’un BF où je n’aurai pas à glisser un billet dans mon permis de conduire « aucazoù »... (J’avoue que ça m’est arrivé en Afrique, mais pas au BF !)
      À mon avis, ces rêves sont réalisables, sans terrorisme, sans trop de postures militaro-populistes et sans verbiage néo-guevariste...

    • Bonjour M. HELIE,
      Pour une fois, je suis d’accord avec vous. Le développement demeure toujours un leurre dans nos pays (d’Afrique sub-saharienne) mais il n’est pas impossible. Je fais donc les mêmes rêves que vous même si je ne suis pas poète comme vous.

    • @Shalom
      Messire Shalom, ce ne sont pas des rêves poétiques mais impossibles, ils sont tout à fait réalisables ! Même trouver l’argent pour financer un vrai réseau de rails est tout à fait possible, car pour moi, 1000km de réseau de train bien entretenu valent 10, 30 ou 100 mines d’or.
      Votre problème sahélien, n’est pas l’homme africain du Sahel pris individuellement, il est aussi débrouillard que n’importe quel japonais, suédois ou marocain ; votre problème, ce sont vos « castes qui ont du pouvoir », en gros administration et armée, plus quelques groupes traditionnels ou religieux. Certains occidentaux appellent cela « l’ÉTAT PROFOND », avec ses mentalités de freinage des initiatives utiles, privées ou pas.
      On peut aussi rajouter à vos « boulets » la croyance en des « modèles miraculeux » souvent déjà dépassés...

  • Beaucoup de si si. C’est dire que le conditionnel influence profondément. Qui empêche de produire beaucoup ? C’est ça la question qui mérite réponse. Pourquoi la majorité des consommateurs préfèrent-ils le mauvais riz chinois ? C’est ça la question qui mérite réponse. Président Roch avait lancé son challenge "Un million de tonne de riz", y a t-il un bilan ?

  • Soyons sérieux, est-ce que toutes les régions du pays sont propices à la culture du riz ? Quelle est la qualité de ce riz ? Le contexte sécuritaire favorise t-il cette culture ? Soyons réalistes au lieu de rêver les yeux ouverts. En parlant du riz chinois pour le dévaloriser hum, la culture du riz trouve son expression même en Asie des moussons, même s’ils sont obligés d’utiliser des produits chimiques pour une longue conservation afin de l’envoyer dans beaucoup de pays. Au BF quelle autosuffisance vous pouvez atteindre ?? Ce genre de fausses propagandes me rappelle l’époque de l’avènement des révolutionnaires BF, il y a eu beaucoup de paroles plus que des actes. Les actes s’était déshabiller Pierre pour habiller Paul, est-ce que ça permis au pays de s’en sortir ? Non. Au contraire cette révolution a permis l’émergence d’un nouveau type de "riches" personnes que ce pays n’avait jamais vu depuis son indépendance. Alors soyons réalistes.

    • Bonjour M. janjan,
      Je m’excuse de vous contredire par rapport à votre affirmation selon laquelle la révolution d’août 1983 a favorisé l’émergence d’un nouveau type de riches. Ce n’est pas la révolution qui a favorisé cela mais bien l’après-révolution. Pour résumer les choses, le président Sankara a été tué parce qu’il empêchait les pseudo-révolutionnaires comme Blaise Compaoré de jouir du pouvoir, donc de s’enrichir. C’est bel et bien de la gouvernance de Blaise Compaoré que nous avons connu l’émergence d’une classe dirigeante corrompue et qui s’est fortement enrichie en pillant nos deniers publics.

    • @Shalom, dès que l’on gratte la "révolution" et ses tares, tout de suite certains sortent les griffes pour la défendre malgré ses conséquences désastreuses. Blaiso vient de quel gouvernement ? De la révolution, donc c’est la révolution qui a permis l’émergence de tous les mécréants qui ont détruit ce pays.

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