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Sécurité au Burkina : « Il faut un bon maillage du territoire national avec la mobilité des entités » (gendarmerie nationale)

Accueil > Actualités > DOSSIERS > Attaques terroristes • LEFASO.NET • mardi 29 novembre 2022 à 21h52min
Sécurité au Burkina : « Il faut un bon maillage du territoire national avec la mobilité des entités » (gendarmerie nationale)

Dans le cadre de la lutte contre l’insécurité au Burkina Faso, le ministère de la Défense et des anciens combattants lance un concours pour le recrutement exceptionnel de1500 militaires du rang, au titre de l’année 2023 pour servir à la gendarmerie nationale. Il s’agit de 1400 de sexe masculin et 100 techniciens des deux sexes. Ces militaires du rang sont appelés Gendarmes auxiliaires (GA). Le niveau d’études est ramené au Brevet d’étude du premier cycle (BEPC) contrairement aux anciens recrutements qui réclamaient le baccalauréat. Pour mieux comprendre cette dynamique, nous nous sommes entretenus avec le directeur de l’organisation et emploi, le lieutenant-colonel William Combary et le directeur des ressources humaines, le lieutenant-colonel Mamadou Coulibaly.

Lefaso.net : La Gendarmerie nationale vient de lancer des recrutements. Pourquoi ce concours et quelle est sa particularité ?

Gendarmerie : Vous avez remarqué qu’avec la situation sécuritaire actuelle, nous avons un certain déficit concernant les effectifs. Nous avons essayé de faire de recrutement mais jusqu’à présent, nous n’arrivons pas à avoir le nombre de personne nécessaire pour faire face à l’insécurité. Au lieu d’attendre qu’un recrutement normal intervienne, on a besoin de personnel d’exécution. C’est pour cela qu’on est revenu au niveau BEPC. La formation dure cinq mois. Pour le niveau baccalauréat, c’est deux ans. Si on doit attendre deux ans pour faire sortir des gens, ça va être un peu compliqué. On a également intitulé militaire de rang pour qu’ils soient classés dans une certaine catégorie.

Si vous avez remarqué, l’armée aussi est en train de faire un recrutement massif donc il faut que nous aussi, on se conforme à cela.

Quand nous considérons les opérations qui sont effectuées actuellement sur le théâtre national, nous voyons que pour avoir une solution pérenne, il faut un bon maillage du territoire national avec la mobilité des entités qui y sont. Mais pour avoir ce maillage, il faut des effectifs. L’armée de terre a commencé à renforcer ses effectifs. Nous ne pouvons pas renforcer nos effectifs en tenant compte du recrutement ordinaire qui est fait, c’est-à-dire élève sous-officier pour une formation de deux ans. A ce rythme, on n’aura pas les effectifs nécessaires pour assurer un bon maillage du territoire. Comme les statuts de la gendarmerie ne le permettent pas, nous avons demandé à ce que le ministre de la défense lève un contingent exceptionnel de militaires de rang qu’on va mettre à la disposition de la gendarmerie. C’est dans ce sens que nous avons obtenu le recrutement de cette première vague de 1500 et il y aura une deuxième vague de 1500. A terme, cela va nous permettre de garder nos hommes dans les départements. La gendarmerie est d’essence départementale donc ça permettra aux gendarmes de rester au plus près des communautés pour assurer leur sécurité.

Le niveau de recrutement de la gendarmerie nationale depuis un certain temps était le baccalauréat. Pourquoi ce recrutement de niveau BEPC ? Quelle sera leur position exacte et quel statut leur sera conféré au sein de l’armée ?

Nous avons besoin de personnel d’exécution parce qu’actuellement, on a des difficultés. Ce personnel d’exécution n’a pas besoin d’être entièrement formé pendant deux ans. Ce personnel sera là pour des missions particulières. Aussi, nous sommes en train de revoir notre statut pour les intégrer et ils auront leur statut qui sera adapté sûrement aux militaires de rang des armées de terre.

C’est parce qu’on est au niveau bac qu’on ne peut pas écourter la durée de formation des élèves sous-officiers qui est de deux ans alors qu’on a un impératif. On a besoin de personnel. C’est pour cela qu’on est revenu à un recrutement niveau BEPC. Ce qui nous permet de former les gens rapidement et de les avoir directement sur le terrain. Ce sont des militaires de rang de la gendarmerie qu’on recrute. C’est la formule légale qui a été trouvée et qui est autorisée par les textes. Ce qui nous permet de faire une levée de contingent exceptionnel au profit de la gendarmerie. Lorsque le statut sera révisé, on va les réintégrer dans le grade de gendarme.

Pourquoi l’appellation gendarme auxiliaire ?

Ils sont auxiliaires parce que le gendarme avec le recrutement niveau baccalauréat sort directement comme un APJ [Agent police judiciaire]. Mais ceux-là vont sortir AFP, c’est-à-dire les Agents de la force publique parce que lors de la formation, ils vont apprendre les matières militaires. Mais en police judiciaire, ils ne vont pas aller trop en profondeur. Même pour les employer lors des enquêtes, peut-être qu’ils seront accompagnés comme un témoin, sinon ils ne peuvent pas poser d’actes de police judiciaire. La formation (cinq mois contre deux ans) et le niveau (BEPC contre baccalauréat) font qu’on a préféré donner l’appellation de gendarme auxiliaire pour le moment.

Gendarme auxiliaire, c’est parce que dans peu de temps, quand le statut va le permettre, ils vont devenir des gendarmes et vont suivre leur carrière. A la fin de leur contrat, pour devenir gendarme, il y aura une condition. Ce sera ceux qui se seront bien comportés et disciplinés. C’est exactement le même contrat qu’à l’armée de terre. Après quatre ans, le chef de corps note l’intéressé et décide de l’opportunité de reconduire ou pas, son contrat.

Quelles sont les missions et les attributions des Gendarmes Auxiliaires ?

Le gendarme auxiliaire pour le militaire de rang qui sera recruté et reversé pour emploi à la gendarmerie nationale, sera chargé d’appuyer les gendarmes dans toutes les actions qu’ils vont poser en dehors des actions de police judiciaire. Ce seront des agents de la force publique. Si le gendarme se déplace, s’il a besoin d’aller circonscrire un lieu, le dispositif qu’on va mettre à l’extérieur, le gendarme auxiliaire peut participer parce que c’est un acte d’un agent de la force publique. Mais il ne peut pas aller relever des empreintes, constater les crimes. Pendant la formation que nous allons leur donner, ce sont quatre mois de formation militaire et un mois de formation professionnelle. La formation professionnelle qu’on donne, c’est pour qu’il ne soit pas perdu lorsqu’il va aller en brigade. Toutes les missions liées à la défense opérationnelle du territoire, c’est essentiellement ce qu’ils vont faire pour nous permettre de rester au plus près des populations et d’assurer leur sécurité.

Est-ce que cette catégorie de personnel aura les mêmes avantages que le personnel actuel de la gendarmerie ?

Tout à fait ! C’est un personnel à part entière des forces armées nationales. Ils seront soumis au régime du militaire du rang et tous les droits et devoirs des militaires du rang, ils les auront. Etant donné qu’ils sont reversés à la gendarmerie, ils auront les droits et les avantages que les gendarmes ont lorsqu’ils sont en opération. C’est différent des VDP, d’autres corps de métier. Ce sont des militaires de la gendarmerie à part entière.

Quelles sont les perspectives d’évolution de carrière des gendarmes auxiliaires ?

Le statut va permettre de définir tous ces aspects. Ce statut prévoit que ceux qui ont le niveau baccalauréat, à la fin de leur premier contrat, s’ils se sont distingués par leur abnégation et ardeur au travail, qu’ils soient envoyés à l’école de formation de la gendarmerie pour compléter leur formation de gendarmes. Sur le terrain, ils sont soldats de deuxième classe, le premier grade du militaire de rang. Mais en gendarmerie, nous allons les appeler gendarmes auxiliaires de 2e classe. Après une année d’exercice, les éléments qui se comportent bien, vont passer gendarmes auxiliaires de 1re classe. Et après un certain temps toujours dans la fourchette des quatre ans, ils peuvent passer au grade de brigadier, qui correspond au grade de caporal dans l’armée, puis brigadier-chef qui correspond au grade de caporal-chef.

Ce qui veut dire qu’en attendant d’avoir un texte en bonne et due forme qui va nous permettre de les reverser dans les rangs de la gendarmerie, c’est ce schéma qui est adopté. A la fin des quatre ans, s’il n’y a pas un texte qui nous permette de recruter des gendarmes, nous allons renouveler le contrat des auxiliaires qui se sont bien comportés pour quatre ans. En plus de cela, pour passer à élève sous-officier de la gendarmerie, aucune disposition n’est prise pour l’instant. Certes dans les échanges nous avons convenu que ceux qui auront le niveau bac, s’ils ne sont pas nombreux, la gendarmerie va s’arranger pour voir dans quelle mesure ces derniers pourront aller directement en deuxième année à l’école des sous-officiers de la gendarmerie pour compléter leur formation. Pour le reste, un test d’élèves sous-officier sera organisé en interne et les admis iront compléter leur formation à l’ENSOG.

Le recrutement exceptionnel de techniciens au compte de la gendarmerie nationale répond à quel besoin ?

Cela répond à un besoin opérationnel. Au niveau de la gendarmerie, il y a la nécessité de recruter dans certains corps de métier. Notamment au niveau de la mécanique pour assurer la maintenance des motos. Avant, seul l’escadron d’escorte disposait de motos les autres sections n’avaient que de petites cylindrées. Aujourd’hui, nous utilisons plus les motos dans la sécurisation du territoire. Pour renforcer le soutien logistique, il faut recruter directement des spécialistes au lieu de prendre des gendarmes pour les spécialiser. Cela va nous permettre d’aller vite et c’est pour cette raison que nous avons demandé au commandement de nous permettre de recruter des spécialistes. Mieux, actuellement, la gendarmerie a beaucoup de détachements et ces positions ont besoins de spécialistes pour assurer le travail. Car les spécialistes disponibles en ce moment sont dépassés. Certains ont fait plusieurs détachements mais malgré tout, le besoin se pose avec acuité si bien que parfois, au siège, le besoin se fait sentir.

Seront-ils amenés à effectuer d’autres missions que celles cités ?

En dehors des missions de police judiciaire, les missions classiques de la gendarmerie, le GA peut les exécuter encadré par un gendarme. Car il y a certains actes de police judiciaire qu’il ne peut pas accomplir au risque de frapper de nullité nos PV et autres actes. Dons c’est formel : ils ne sont pas agents de police judiciaire. Ils ne peuvent donc pas poser certains actes dans ce domaine. Mais c’est un agent de la force publique encadré par des gendarmes. Ils ne peuvent pas agir seuls sur le terrain de façon autonome. Nous voulons densifier nos positions afin d’assurer au mieux la protection des populations. Raison pour laquelle nous avons revu un peu les conditions de candidature par rapport au recrutement normal. Par exemple, pour l’âge, nous recrutons de 18 à 23 ans pour les filles et de 20 à 25 ans pour les garçons. Ce faisant, nous pouvons passer à côté de combattants pouvant donner satisfaction sur le terrain. C’est la raison pour laquelle avons relevé la barre de la tranche d’âge à 20 à 30 ans. Au niveau de la taille également des réajustements ont été faits pour ramener la taille requise de 1, 75 m à 1m 65.

Les filles sont-elles autorisées à prendre part au recrutement ?

Non ! Comme nous l’avons dit, nous voulons étoffer les rangs des combattants opérationnels. Pour cela, nous n’avons pas voulu recruter de personnel féminin parce que c’est un recrutement pour le combat et nous attendons des résultats au plus vite.

Quelle place occupe aujourd’hui la gendarmerie dans le dispositif opérationnel de sécurisation du territoire ?

La gendarmerie joue un rôle important aux côtés des autres forces dans la sécurisation du territoire national. C’est en cela que nous avons plusieurs détachements (Arbinda, Gorgadji, Solhan…). Nous participons également à la sécurisation du territoire à travers le projet Groupes d’action rapide de surveillance et d’intervention (GARSI). Dans ce volet, nous avons quatre GARSI à savoir Toéni, Barani, Mangodara et IOLONIORO. Ces combattants font bien leur travail sur le terrain. En plus de ce dispositif, il y a les escadrons de sécurisation routière et d’intervention récemment crées pour sécuriser les voies de communication d’intérêt économique majeur notamment celles qui nous permet de déboucher sur la mer. Il importe d’assurer la viabilité de ces voies. C’est dans ce sens que ces escadrons ont été créés. Telle est la contribution de la gendarmerie au-delà de ses missions traditionnelles. Mais la gendarmerie n’agit pas seule. Nous sommes avec les autres forces sur le terrain, nous sommes sous la coupe du Commandement des opérations du théâtre national (COTN) et nous sommes en étroite synergie avec le Centre intégré des opérations.

Propos recueillis par Cryspin Laoundiki
Lefaso.net

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