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Rencontre sur la pratique transfrontalière de l’excision : Les experts balisent le terrain

Publié le mardi 14 octobre 2008 à 00h07min

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Les experts ont recommandé la mise en place d’un mécanisme de coopération efficace entre les Etats

Dans le cadre de la rencontre sur la pratique transfrontalière de l’excision, qui se tient du 13 au 15 octobre 2008 à Ouagadougou, les experts du Burkina Faso, du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Ghana, de la Guinée, du Mali et du Niger ont fait le point sur le phénomène le 13 octobre dernier.

Un phénomène persistant. La pratique transfrontalière de l’excision a été décrite par les experts dans son ampleur actuelle.
"Elle sévit dans l’intention de contourner les dispositions juridiques dissuasives mises en place par les différents pays. C’est un effet pervers inattendu des actions entreprises et une preuve de l’inefficacité des approches et stratégies d’intervention utilisées". Du fait de son caractère clandestin, les experts notent que les contours de la pratique de l’excision transfrontalière restent difficiles à cerner.

En effet, elle s’organise autour de circuits hétéroclites, difficiles à reconnaître d’autant plus que ces circuits reposent sur les liens familiaux et culturels entretenus par les populations au-delà des frontières.
"Il ressort également que les raisons de la pratique transfrontalière ne sont pas indisssociables des fondements intrinsèques qui justifient la pratique de l’excision", ont avancé les spécialistes.
En effet ont-ils expliqué, c’est parce que les populations sont convaincues de la justesse des fondements de l’excision qu’elles développent toutes sortes de stratégies y comprise la pratique transfrontalière. Concernant cette pratique, une étude démontre qu’il n’existe aucune stratégie explicite dans les dispositifs d’action mis en place par les différents Etats pour promouvoir l’abandon de l’excision.

Cependant, diverses interventions sont réalisées par les structures étatiques et associatives avec le soutien des partenaires techniques et financiers dans le but d’éradiquer l’excision dans les localités frontalières. Toutefois, "ces actions souffrent d’insuffisances qui méritent d’être corrigées dans la perspective de mettre en place un dispositif efficace d’éradication de la pratique transfrontalière de l’excision".
A cette fin, des recommandations ont été faites qui portent entre autres sur : la réalisation d’études approfondies sur le phénomène de l’excision transfrontalière, la mise en place d’un mécanisme de coopération efficace entre les Etats, l’élaboration et l’adoption d’une stratégie régionale et interétatique de lutte contre la pratique transfrontalière de l’excision, l’harmonisation du contenu des lois.

Une fille victime de mutilations génitale toutes les quinze secondes

Dans son intervention, la secrétaire générale du ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale (MASSN), Mme Françoise Tapsoba représentant la ministre, a rappelé les conséquences de l’excision sur la santé et le bien-être des femmes : douleurs, hémorragies, risques de contamination au tétanos, au VIH/Sida, fistules, chocs pouvant entraîner la mort…
"Cette pratique qui a fait et continue de faire des victimes constitue une violation des droits humains que nos pays se sont engagés à promouvoir", a-t-elle insisté. L’évaluation de quinze années de lutte contre la pratique de l’excision au Burkina Faso a révélé que le phénomène a pris une dimension régionale.

En effet, a poursuivi Mme Tapsoba, l’adoption et l’application des lois, tout en étant dissuasives, ont créé certaines formes de résistance à travers les changements d’attitude par le rabattement de l’âge de l’excision et la clandestinité. Il y a aussi, la migration des exciseuses et des populations de l’intérieur ou aux frontières du Burkina vers les communautés voisines, surtout celles qui ne disposent pas encore de législation, pour faire exciser les filles.
C’est au fins de combattre efficacement cette pratique que les leaders burkinabè, particulièrement la Première dame, Chantal Compaoré a eu l’initiative d’organiser cette rencontre sous régionale pour une synergie d’action.

La représentante résidente du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Mme Ruby Sandhu-Rojon a évoqué l’étude approfondie du secrétaire général des Nations unies publiée en 2006 sur les violences faites aux femmes, d’où il ressort "qu’on estime à plus de deux millions de filles victimes de mutilations génitales chaque année, soit une fille toutes les quinze secondes".
Le porte-parole des associations et ONG œuvrant dans la lutte contre les Mutilations génitales féminines (MGF), Pierre Claver Kayinamura a lancé un appel à redoubler d’efforts : "la tâche est difficile mais le sourire des petites filles et des femmes qui ont échappé à cette horrible pratique constitue un réconfort moral pour nous et nous rappelle à chaque instant que nous devons continuer cette lutte avec force pour que la tolérance zéro soit effectivement une réalité".

Bachirou NANA et Aïssata BANGRE

Sidwaya

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