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Grégoire Sawadogo, artiste sculpteur : ““Chaque œuvre répond à une inspiration profonde et véhicule un message”

Accueil > Actualités > Culture • • mercredi 1er novembre 2006 à 07h08min

Grégoire Sawadogo

Il convient de reconnaître que la définition de l’art est loin de faire l’unanimité au niveau des spécialistes ou selon les écoles.
Cependant nous nous accordons sur l’essentiel pour dire que l’art est la création d’objets ou de mises en scène spécifiques destinées à produire chez l’homme un état de sensibilité et l’éveil plus ou moins lié au plaisir esthétique.

La sculpture, art et manière de dégager des formes, des volumes d’un effet artistique, participe à ce plaisir sensationnel du beau. Derrière cet aspect admiratif se trouve un géniteur. Et de géniteur, nous en connaissons un qui « ressuscite » les arbres morts. Il s’agit de Grégoire SAWADOGO qui exerce ce métier depuis près de 20 ans. A la rencontre de cet artiste émérite, il a été question de la définition du concept « résurrection » dont il fait sien et de nombreuses autres préoccupations liées à son métier de sculpteur. Lisez plutôt !

Vous vous définissez comme un spécialiste des « arbres au coma profond », à quoi consiste ce métier ?

GS : Voyez-vous, sur chaque arbre mort se cache une âme. Je dirai qu’il a un esprit enfoui, une œuvre d’art enfermée comme emprisonnée. Et moi je suis chargé de la « libérer ». Imaginez un arbre qui a plus de 50 ans de vie. Cet arbre-là est un témoin de l’histoire et un jour, il vient à mourir. C’est là que je me suis posé la question, qu’est-ce que je peux faire pour lui ? C’est ainsi que j’ai décidé de lui rendre immortel en lui donnant une autre vie, une seconde chance de vivre par mon savoir-faire. Un beau jour, j’ai rencontré le directeur du parc urbain Bangr-Wéogo en la personne de M. Moustapha SARR et je lui ai posé comme doléance de faire quelque chose sur un arbre mort.

Il n’a pas trouvé d’inconvénient, en plus il m’a donné sa bénédiction de choisir l’arbre que je veux pour sculpter. C’est comme cela que j’ai commencé la « résurrection ». Et comme par miracle en sculptant ma première œuvre, Monsieur le maire Simon COMPAORE était en tournée de visite avec le maire de Parakou (ville béninoise) dans le parc ; ils ont fait escale pour savoir ce que je faisais, j’ai répondu tout simplement que j’essaie de redonner une vie à l’arbre qui est mort. C’est ainsi qu’il a décidé de me soutenir et c’est là aussi que la « résurrection » a entamé son chemin à pas d’homme.

Pouvez-vous nous décrire une séance de résurrection d’un arbre ?

SG : Quand je vois un arbre mort, il y a deux aspects qui sont capitaux pour moi. C’est l’environnement de l’arbre qui par conséquent m’inspire sur le thème. A titre d’exemple devant l’OST (Office de Santé des Travailleurs) l’œuvre sculptée rend hommage au personnel de la santé et aux travailleurs en général. Quand je termine l’œuvre et selon l’environnement je laisse un message sous forme d’une pensée. Sur la sculpture de l’OST, il est inscrit « Un homme bien portant vaut mieux que tout l’or du monde » et « Les heures les plus noires se cachent une chance à saisir », parce qu’il y a des gens qui viennent là-bas avec des cas critiques.

Maintenant pour la partie technique, je fais un croquis avec une craie, ensuite viennent les grandes ébauches. Il y a des cas où nous déterrons l’arbre mort, nous le sculptons ensuite, nous le plaçons dans un endroit positif.

Faites-vous de la création ou vous travaillez seulement sur les modèles commandés ?

GS : Je peux dire que je fais de la création parce que ma mission est baptisée « résurrection », j’ai bien dit que ce n’est pas celle du Christ ni de la chaire mais celle des arbres morts. Chaque œuvre que je réalise répond à une inspiration profonde et véhicule un message à l’endroit de la population. Depuis un moment le maire a pris l’engagement de laisser les arbres morts à ma disposition pour la réalisation des œuvres sculpturales selon mon inspiration. Il y a aussi des modèles commandés. Il y a des clients qui prennent contact avec moi pour sculpter un arbre mort à leur domicile. En ce moment je leur demande ce qu’ils aiment le plus au monde. C’est à partir de cela que je réalise l’œuvre. Cela dépend de la sensibilité de tout un chacun.

Quelle expression avez-vous donné à votre première œuvre ?

GS : Comme je l’avais dit toute œuvre dépend de son environnement. Et comme j’ai réalisé ma première œuvre au parc urbain Bangr-Weogo, j’ai traité de l’éducation environnementale. Le message laissé est « On ne l’a pas hérité de nos parents, on l’a simplement emprunté à nos enfants ». C’est pour dire que je dois ma première inspiration au parc et je lui rends hommage. Je veux dire par mon message que la nature n’appartient à personne, chacun doit l’entretenir et la laisser au soin des générations futures.

Quelle est la nature du matériel utilisé dans vos productions ?

GS : Je travaille avec du matériel local comme une herbinette, des ciseaux, des gouges avec un maillet souvent j’utilise la tronçonneuse.

C’est seulement l’arbre mort que vous utilisez comme support dans votre sculpture ?

GS : Non justement pour donner une harmonie au bois, j’utilise souvent du fer forgé ou du cuivre ou de la pierre pour faire de la mixture.
La sculpture « Ouagadougou sera ce que vous voudriez qu’elle soit » qui se trouve derrière le Mess des officiers dans sa représentation, elle a été complétée avec du design. Tout cela fait partie de la sculpture. Je fais aussi en béton.

Quelle est votre contribution dans la préservation de l’environnement ?

GS : Ma mission, c’est de produire davantage de messages pour que ça touche la sensibilité de la population afin qu’elle se rende compte de toute l’importance de l’environnement. Vous voyez, l’arbre de son vivant même est très utile. Et pour moi c’est choquant qu’on le coupe pour brûler. Voilà pourquoi j’ai choisi de l’utiliser dans un sens plus positif lorsqu’il meurt.
Là il ne mourra plus parce qu’il ne vit plus d’air et d’eau mais il vit de naissance artistique.

Qui sont vos clients ? A qui vous vendez vos œuvres ou bien qui vient vers vous pour les acheter ?

GS : Je travaille avec tout le monde. L’art est un vaste univers sans limites. C’est ce qui fait que je travaille sur tous les supports et ce à la demande de mes clients.

Quelles sont les difficultés rencontrées dans ce secteur ?
GS : Vous savez la création est une propriété intellectuelle. Je suis confronté à deux difficultés majeures. La première consiste à la protection de mes œuvres et la deuxième à l’exploitation des images des œuvres créées. La première difficulté, Dieu merci, il y a une structure comme le BBDA (Bureau Burkinabè des Droits d’Auteurs) qui se charge de ces questions.

J’ai fait donc une description exhaustive de ma créativité afin qu’elle soit protégée au titre de droits d’auteur. Nous savons que les droits d’auteur ne protégent pas les idées mais la forme que prennent les idées, donc tous ceux qui imiteront les formes de mes œuvres dans le sens de la « résurrection » font tout simplement de la piraterie et je peux saisir le BBDA.

La seconde difficulté et pas des moindres c’est l’exploitation des images des œuvres à des fins commerciales. Il n’y a aucune loi au Burkina qui l’interdit. Donc cela est préjudiciable à l’artiste.

Pensez-vous que le SIAO (Salon International de l’Artisanat de Ouagadougou) est le meilleur cadre pour la promotion de la sculpture ?

GS : Le SIAO est une très bonne chose parce que c’est à travers lui que la culture burkinabè traverse les frontières.
Cependant, j’aimerais qu’on puisse soutenir des « géniteurs » comme nous autres. Je suis sûr qu’il y a plein de talents cachés dans ce pays qui ne demandent que de la promotion.

Avez-vous déjà été lauréat pour ce que vous faites ?

GS : Non, je n’ai jamais eu un prix, ni une décoration.
Mais la population burkinabè m’a décoré. Tous ceux qui passent devant mes œuvres me félicitent et c’est une satisfaction. Je remercie aussi les hommes de médias qui en ont beaucoup parlé et qu’il a été réalisé 6 films documentaires sur mes œuvres.

Je vous le dis, je n’ai pas poussé trop loin les études, ni reçu une formation académique dans un centre et même à l’extérieur. Par contre le comité national artistique français m’a décerné une maîtrise en Art Académique (M.A.A) ici à Ouagadougou. J’ai également un certificat international olympique, Art et sport contexte 2000. Je peux dire que c’est grâce à mon talent qui est tout simplement un don de Dieu.

Comment comptez-vous organiser ce secteur ?

GS : Je dis toujours que la création est une propriété intellectuelle. La « résurrection » est passée un peu partout dans le monde et diffusée dans plus de 40 pays. Le Burkina Faso est le premier pays à avoir l’idée de sculpter un arbre mort.

Mon souhait, c’est de voir les autorités se l’approprier et organiser le secteur parce qu’on ne peut pas admettre le désordre qui n’honore pas l’artiste burkinabè surtout. Nous comptons d’ici là organiser un symposium international où les artistes burkinabè et ceux de l’étranger avec la participation des élèves pour une séance de sculpture afin qu’ils vivent la réalité de la « résurrection ».

J’aimerais lancer aussi un appel à tous ceux qui voudront sculpter qu’ils se renseignent auprès de la commune de Ouagadougou pour qu’elle leur donne quelques critères thématiques ou avec ma personne parce que je suis le père fondateur de cette « résurrection ».

Sinon, si nous allons travailler dans le désordre c’est dangereux pour notre métier. Je prends un exemple, il m’avait été recommandé de réaliser une œuvre en face du « Pandore » de la gendarmerie et j’avais ébauché mon plan pour rendre hommage aux gendarmes. Un beau matin il m’a été rapporté que des individus ont utilisé mon nom et prendre le marché. Ce n’est pas sérieux et ça me fond comme la glace.

Quels sont vos projets ?

GS : Actuellement, j’ai des programmes pour sculpter sur le thème de la lutte contre le SIDA et les maquettes sont déjà prêtes. Au niveau du lycée Saint Exupéry, j’ai un projet sur un arbre mort dont le directeur dudit lycée a jugé bon de faire participer les élèves à la réalisation de l’œuvre.

Ça sera pour bientôt. Il y a également celui de la cathédrale de l’Immaculée conception de Ouagadougou. Là se trouve un arbre mort qui passe pour être le premier manguier du Burkina. Il a plus de cent ans d’histoire emprisonnée.

Il est de mon devoir et avec le soutien de M. l’Abbé Yves TANGA de redonner vie à ce monument sacré.
J’ai en rêve aussi de réaliser un grand site touristique. C’est un projet qui est en gestation depuis huit ans. Mon problème, c’est d’avoir un terrain au moins de 200 hectares et non loin de Ouagadougou. En tout cas ça promet.

Qu’est-ce que vous faites pour ceux qui voudront apprendre ce métier ?

GS : D’abord, je dirai que ce métier a un grand avenir parce que même les Occidentaux sont émerveillés de mes œuvres. J’ai même eu la visite d’une association française dénommée « Osez ensemble » où dix couples son venus spécialement pour faire ma découverte.

Très sensibles à ma cause, ils ont décidé de me soutenir. Maintenant pour la jeunesse, j’ai initié un projet baptisé « seconde chance », vu mes origines et le fait que beaucoup d’enfants n’ont pas la chance d’aller à l’école ou qui arrêtent très tôt les études, j’ai donc décidé de mettre mon savoir à leur profit. J’aimerais que tout parent qui voudrait faire former son enfant, me contacte. J’ai de l’amour pour ce métier et on n’a pas besoin d’un niveau exceptionnel pour l’apprendre et pouvoir un jour vivre de ça.o

Interview réalisée par Issoufou MAIGA

L’Opinion

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