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Pression du mariage au Burkina : Entre expérience amère, traumatisme et prescriptions religieuses

Publié le mardi 28 mai 2024 à 22h00min

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Pression du mariage au Burkina : Entre expérience amère, traumatisme et prescriptions religieuses

De plus en plus, les jeunes filles et les jeunes garçons subissent des pressions de la part de leur famille pour se marier. Si pour certains c’est la peur de l’engagement qui fait toujours d’eux des célibataires, d’autres veulent d’abord une stabilité financière avant de se « mettre la corde au cou ». Nous avons recueilli différents témoignages de personnes qui ont subi ou subissent cette pression de l’entourage. Nous sommes également allés à la rencontre de Nouhoun Bakayogo, imam des mosquées du CERFI et de l’AEEMB pour évoquer l’importance du mariage et les secrets pour réussir cet engagement à vie.

Ali Ouédraogo

« Je suis fiancé cela fait maintenant trois mois. Je suis âgé de 29 ans et je viens d’une famille musulmane. Mon papa m’a contraint à demander la main d’une fille que je n’aimais pas beaucoup. Depuis mes 25 ans mes parents m’ont toujours mis une certaine pression pour le mariage. Ma réponse à toujours été négative face à leur demande de me marier. J’avais mes raisons pour ne pas vouloir le faire. Je ne me sentais pas prêt psychologiquement et financièrement. J’avais d’autres projets en tête avant de me marier. J’envisageais créer mon entreprise me stabiliser financièrement avant de m’engager. Pour moi il était important de mettre ma famille à l’abri du besoin et ne pas dépendre de mon papa. Face à mes nombreux refus, ma famille commença à douter de ma virilité. On me posait des questions comme quoi est ce que je démarre bien. On fouillait ma chambre pour voir si je ne portais pas des sous-vêtements pour femme. Pour mettre fin à ces inquiétudes je faisais venir mes copines à la maison pour les rassurer. Ils décident alors de baisser la garde et tous leurs questionnements. J’entretenais une relation sérieuse avec une fille que j’aimais beaucoup mais malheureusement vu que je n’étais pas prêt à l’épouser de sitôt elle a rompu et s’est engagée avec une autre personne. Quelques mois après notre rupture, j’ai entamé une nouvelle relation avec une autre. À peine deux mois de relation, elle demande à passer connaître chez moi. Je n’ai pas trouvé de problème à cela et j’ai programmé pour qu’elle puisse venir. Je venais de souffler la 29e bougie d’anniversaire. Alors que je pensais que mes parents avaient laissé tomber cette histoire de mariage, ils préparaient une nouvelle stratégie pour coûte que coûte me voir marier. Le jour où ma nouvelle copine a mis pied à la maison, mon père a appelé immédiatement deux oncles pour qu’ils viennent. J’étais loin de m’imaginer ce qui m’attendait. À leur arrivée, mon père m’informe que mes présentations de famille auront lieu aujourd’hui même avec la fille que je viens d’amener à la maison. Surpris j’ai voulu refuser c’est là que j’entends mon père me dire que si jamais je refuse, d’oublier qu’il est mon père et que je fais partie de ses enfants. J’étais choqué. Je ne savais pas quoi faire. Mon père dit à mes oncles de me prendre la fille et moi et d’aller avec un peu de cola se présenter officiellement comme étant la belle famille. Ma nouvelle copine paraissait tellement enthousiaste que quand je lui ai demandé de refuser, elle m’a dit qu’on sera heureux ensemble. C’est là que malgré moi je me suis rendu avec mes oncles dans la famille de ma nouvelle copine. Arrivée, nous avons fait la présentation de famille et mes oncles ont demandé à ce qu’ils fixent la date pour le PPS. Nous avons fait le PPS cela fait maintenant un mois. À vrai dire avec la manière dont les évènements se sont produits je ne ressens pas d’amour pour la fille et j’ai peur de ce que cela pourra entraîner dans le futur ».

Fils Kaboré (nom d’emprunt) :

« Je suis âgé de 31 ans. Actuellement je subis une pression incroyable à propos du mariage. A cause de mes oncles, on a tenu une réunion familiale. Tous les jours, ma maman m’appelle pour me réclamer sa belle-fille. J’ai perdu mon papa cela fait des années maintenant. Mes oncles, tout le temps, appellent ma mère pour se plaindre du fait que je sois célibataire. Je suis agent dans une clinique de la place. Je vis en location et j’arrive à m’en sortir avec mon salaire. Pour moi, le mariage n’est pas une priorité car je veux d’abord me réaliser. En plus, je crois que je suis encore trop jeune pour un engagement de ce genre. Pour mes oncles c’est ma mère qui ne m’a pas bien éduqué. À chaque réunion, à cause de moi, ils la rabaissent et remettent en cause mon éducation. J’ai reçu un ultimatum disant qu’ils iraient à Ouahigouya, précisément dans mon village, pour chercher des jeunes filles et je ferai mon choix parmi elles, si d’ici juillet je ne leur présente pas ma fiancée. À chaque fois que mon téléphone sonne mon cœur tremble car je crois que c’est pour me parler de mon célibat ».

Biba Ouédraogo (nom d’emprunt)

« Je suis âgée de 43 ans. Je souffre actuellement de ne pas être mariée. J’ai même fait une dépression à cause de cela. Dans le quartier, je suis indexée par tout le monde. Les gens disent même que c’est parce que je ne suis pas une fille exemplaire que je suis toujours célibataire. Dans la famille, mes oncles et mes tantes se moquent de moi et tout le temps ils me jettent à la figure que je n’ai aucun homme dans ma vie. D’autres personnes osent même dirent que je suis mariée à un esprit, raison pour laquelle aucun homme ne veut de moi. À un moment donné, je pleurais chaque soir avant de dormir. J’étais prête à accepter le premier venu simplement pour avoir une alliance à mon doigt ».

Imam Nouhoun Bakayogo

« Le fait que les familles recommandent le mariage aux jeunes filles et aux jeunes garçons est bien légitime. Car c’est une injonction divine formulée dans le Saint Coran dans la sourate 24 au verset 32 en ces termes : "Mariez les célibataires d’entre vous et les gens de bien parmi vos esclaves, hommes et femmes. S’ils sont besogneux, Allah les rendra riches par Sa grâce. Car (la grâce d’)Allah est Immense et Il est Omniscient". En effet, dans l’islam, le mariage est considéré comme une valeur institutionnelle importante pour plusieurs raisons. Tout d’abord, le mariage est le moyen le plus efficace pour préserver la moralité et la chasteté des individus en les protégeant des relations sexuelles illicites. En Islam, les relations sexuelles en dehors du mariage sont strictement interdites.

De plus, le mariage permet de créer une famille solide et stable, qui est la cellule de base de la société. Le mariage donne l’occasion aux individus de fonder une famille, d’élever des enfants dans un environnement sain et équilibré, et de transmettre les valeurs éducatives et les enseignements religieux à la génération suivante. En outre, le mariage permet de renforcer les liens sociaux et familiaux ; en unissant deux familles et en créant des alliances entre elles.

Imam Nouhoun BAKAYOGO, Imam des mosquées du CERFI et de l’AEEMB

Le mariage est donc considéré comme un acte bénéfique pour la société dans son ensemble, en favorisant la cohésion sociale et en renforçant les liens communautaires. Au-delà de tout, le mariage est un acte d’adoration en Islam, car il est considéré comme une voie pour atteindre la piété et l’accomplissement spirituel. Car en se mariant, les individus cherchent à suivre les enseignements de l’Islam, à se préserver des relations interdites et à se rapprocher de Dieu en vivant selon ses préceptes.

Car parlant des vrais croyants, Dieu dit : "Et ceux qui préservent leurs sexes [de tout rapport] si ce n’est qu’avec leurs épouses ou les esclaves qu’ils possèdent, car là vraiment, on ne peut les blâmer ; alors que ceux qui cherchent au-delà de ces limites sont des transgresseurs." (Sourate 23 : Versets 5 à 7). Par conséquent la promotion du mariage, en tant que valeur institutionnelle, se fonde sur le rôle essentiel du mariage dans la préservation de la moralité, la création d’une famille solide, le renforcement des liens sociaux et familiaux, et l’accomplissement spirituel des individus. Selon l’islam, réussir son mariage implique de respecter plusieurs principes et recommandations.

Tout d’abord, il est important de fonder son mariage sur la Foi en Dieu et de rechercher Sa bénédiction (baraka) en invoquant Son nom et en suivant Ses enseignements. En fait, selon Abou Hourayra (qu’Allah l’agrée), le Prophète Mouhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) a dit que : "Une femme peut être mariée pour quatre raisons : pour sa richesse, pour sa noblesse, pour sa beauté ou pour sa piété.

Choisis celle qui est pieuse, que tes mains se couvrent de poussière [pour travailler] et que tu sois béni". Rapporté par Al-Boukhari et Mouslim). Il est également essentiel de traiter son conjoint avec respect, compassion et gentillesse, en suivant l’exemple du Prophète Mouhammad (paix et bénédictions d’Allah sur lui) qui était connu pour son comportement exemplaire envers ses épouses. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Carine Daramkoum
Lefaso.net
crédit photo de Une : love rings

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Vos commentaires

  • Le 28 mai à 20:49, par Étonné En réponse à : Pression du mariage au Burkina : Entre expérience amère, traumatisme et prescriptions religieuses

    L’article aurait pu être plus riche si vous aviez recueilli quelques avis supplémentaires : prêtres, pasteurs, dépositaires de religions traditionnelles, ... Sinon l’analyse est ici biaisée.

    Pour ma part, je pense que le mariage est une option personnelle bien réfléchie et bien mûrie. On ne se marie absolument pas pour plaire à la société ! Vous n’avez qu’à vous intéresser au nombre annuel de divorces pour vous en convaincre.

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  • Le 29 mai à 08:23, par Vérité Indiscutable En réponse à : Pression du mariage au Burkina : Entre expérience amère, traumatisme et prescriptions religieuses

    Félicitations pour cet article qui aborde un thème très important dans notre contexte. Le micro-trottoir laisse entrevoir la différence d’appréciation : les hommes n’ont aucun empressement pour le mariage, tandis que les femmes ne jurent que par le mariage. Cela permet de comprendre l’affirmation d’esclavage volontaire des femmes : "je suis dans foyer" ! Et après ? Voilà pourquoi beaucoup d’hommes se marient juste pour meubler la maison, puisque c’est ce que veut la société ou la femme elle-même ; puis ils sortent faire la belle vie avec d’autres. Conséquence, celles qui sont "au foyer" ne désemplissent plus les églises, les mosquées, les maisons des charlatants etc., pour "forcer" tardivement les époux à la fidélité, à la responsabilité familiale, à l’amour... si tu mets la charrue avant les boeufs, le résultat ne saurait être à ton goût.
    Le Mariage doit être un acte suffisamment mûri par les deux et non pas une chose faite juste pour plaire à la famille ou à la société. Mais hélas...

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  • Le 29 mai à 11:58, par NONGMA En réponse à : Pression du mariage au Burkina : Entre expérience amère, traumatisme et prescriptions religieuses

    C’est vraiment triste que certaines personnes le fassent par contrainte et non par choix. Quelle suite pourra avoir un mariage qui a pour base la contrainte ? La pression sociale peut te pousser à accepter le premier venu rien que pour éviter certaines paroles. Dieu nous guide et nous envoie la personne qu’il faut

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