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Burkina/Cinéma : « Avec le retour des Bobodiouf, nous voulons ainsi rendre hommage à tous les acteurs qui nous ont quittés », confie Amadou Bobodiouf

Publié le mercredi 21 février 2024 à 22h40min

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Burkina/Cinéma : « Avec le retour des Bobodiouf, nous voulons ainsi rendre hommage à tous les acteurs qui nous ont quittés », confie Amadou Bobodiouf

Certaines femmes diront qu’il est le mari exemplaire, le mari qu’il leur faut. Doux, timide, calme et toujours prêt à céder aux caprices de sa femme. Gervais Nombré alias Amadou Bobodiouf, puisque c’est de lui qu’il s’agit, fait partie des acteurs comédiens qui se sont démarqués sur les écrans durant les années 2000, à travers la série culte « Les Bobodiouf ». Est-ce que ce profil reflète sa personnalité ? Artiste comédien, metteur en scène et réalisateur, Amadou a des projets pour le cinéma burkinabè notamment avec le retour prochain de la série Bobodiouf. Pour que les projets voient le jour, il sollicite donc l’accompagnement des partenaires financiers. Lisez plutôt !

Lefaso.net : Présentez-vous s’il vous plait à nos lecteurs ?

Gervais Nombré : Je suis Gervais Nombré, artiste comédien, metteur en scène et je fais un peu de réalisation. Je suis plus connu sous le nom d’Amadou Bobodiouf.

Que devient Amadou Bobodiouf après la série « Les Bobodiouf » ?

Gervais reste toujours Gervais. Parce que même quand j’ai pris le costume d’Amadou, je suis toujours resté moi-même. Donc je continue mes activités quotidiennes qui sont le théâtre, la formation et un peu de réalisation. Ça fait 22 ans que je suis au centre culturel Siraba avec Souleymane.bf.

Comment est-ce que vous intégrez l’équipe des Bobodiouf ?

J’intègre l’équipe grâce à Souleymane.bf qui est un ami parce qu’on a commencé le théâtre ensemble depuis 1989. Nous étions dans la même troupe et puis un jour il m’a appelé pour un rôle dans la série « Au royaume d’Abou ». (…), Je suis allé, j’ai joué et cela a plu au réalisateur et le lendemain il m’a appelé pour me donner le rôle d’un créancier dans la série « Au royaume d’Abou ». C’est là que le contact a été établi. Nous avons joué et il m’a découvert en tant que comédien de scène. Il m’a aussi vu en tant que formateur. Il a vu que je pouvais faire entre le chaud et le froid. C’est pourquoi lorsqu’il a voulu faire les Bobodiouf, il m’a confié le rôle d’Amadou.

« Je ne vis que du théâtre depuis 1994 », a lancé Gervais Nombré

Est-ce qu’Amadou s’attendait à un tel succès de la série ?

Au départ non. Lorsqu’il nous a parlé du projet, je ne pensais pas que cela allait avoir du succès parce que je ne connaissais pas l’histoire. Quand nous avons commencé le tournage, dès les premiers épisodes ça nous faisait rire.

Est-ce que le personnage d’Amadou reflète un peu votre personnalité ?

(Rire), non ça n’a rien à voir. Une fois en circulation, j’étais bien sapé, une dame qui était dans un taxi m’a jeté un sachet d’eau à la figure. Quand j’ai voulu m’énerver, elle m’a lancé : « donc tu as un cœur et tu prends tout ton argent donner à ta femme ». Je suis rentré tout mouillé à la maison et je ne pouvais pas expliquer à ma femme (rire). C’est juste pour dire que le rôle d’Amadou est une fiction. Je suis un comédien, j’ai juste porté l’étoffe d’Amadou et j’assume même si les gens confondent Amadou à Gervais. Mais je ne dis pas que je suis méchant aussi, j’ai juste incarné un rôle, même si on retrouve certaines valeurs d’Amadou en moi.

Après la série, on ne vous voit plus sur les écrans. Quel est le souci ?

Dans un premier temps, c’est un choix et deuxièmement, ça dépend aussi des réalisateurs. Lorsque tu ne fais pas l’affaire du réalisateur, il ne va pas te choisir pour son film. Je ne peux pas courir derrière un réalisateur pour jouer dans son film. Peu de réalisateurs burkinabè ou africains ne connaissent pas les Bobodiouf. Un réalisateur peut m’appeler pour me tester, mais dire qu’il y a un casting quelque part et je me lève pour aller, je dis non. Je ne vais pas le faire.

Non pas parce que je me diminue, mais un casting c’est pour voir la capacité réelle du comédien. Après plus de 200 épisodes, en principe on doit savoir si je peux jouer un rôle ou pas. Souvent aussi c’est une histoire de feeling avec le réalisateur. Mais je suis sur scène et je voyage beaucoup. En dehors des Bobodiouf, je suis un comédien professionnel. Je ne vis que du théâtre depuis 1994. J’ai joué aussi dans quelques courts métrages.

Est-ce qu’on peut s’attendre à d’autres saisons de la série « Les Bobodiouf » ?

Pourquoi pas ? Les gens réclament la série lorsqu’ils nous voient. Nous avons envie aussi de continuer. Nous voulons rendre hommage à tous ceux (les acteurs de la série) qui nous ont quittés à commencer par le patron, Patrick Martinet. Nous voulons lui rendre hommage après tout ce qu’il nous a appris durant les 22 ans. Tous les comédiens majeurs sont là ainsi que les techniciens. Nous cherchons des financements pour faire de ce projet un grand projet. Notre ambition, c’est de pouvoir faire une grosse production de 100 épisodes.

« Avec le retour des Bobodiouf, nous voulons rendre hommage à tous les acteurs qui nous ont quittés », a confié Amadou Bobodiouf

Est-ce que l’art nourrit son homme au Burkina Faso ?

Je peux dire que l’art nourrit son homme, mais il faut avoir beaucoup de casquettes. Quand tu ne fais rien que du théâtre, ça ne va pas marcher. Donc en plus du théâtre, il faut faire d’autres activités.

Quel est votre regard sur le cinéma burkinabè ?

Le cinéma a évolué. Tout le monde veut faire du cinéma et je trouve que c’est une bonne chose parce qu’il y aura du travail pour les comédiens. Ce que j’apprécie également c’est que les gens prennent la chose à bras le corps. Je vois beaucoup de jeunes qui sont en formation aujourd’hui et j’ai eu la chance de faire partie des personnes qui encadraient les jeunes au FESPACO passé. Ces jeunes sont venus d’un peu partout de l’Afrique. Au regard de l’engouement que les jeunes ont, on voit que le domaine a de l’avenir.

En dehors des Bobodiouf, est-ce qu’Amadou a d’autres projets pour le cinéma ?

Nous avons ce projet de transmission qui nous tient à cœur. Nous sommes un peu comme des pionniers dans le cinéma. Nous nous sommes regroupés en association pour pouvoir travailler et nous avons beaucoup de projets, nous cherchons des financements. Nous avons des projets de formation et nous animons souvent des ateliers d’apprentissage. Nous voulons ainsi transmettre ce que nous avons appris durant ces 22 ans.

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez actuellement ?

Il faut dire qu’après le décès du patron (Patrick Martinet), nous avons continué à travailler ensemble. Aujourd’hui, ça fait 22 ans d’amitié, de travail ensemble. Nous nous sommes retrouvés en association et nous avons demandé à chacun de proposer un projet afin de voir ce qu’on pouvait faire. C’est ainsi que nous avons fait un projet qui s’appelait « Cocotte-minute ». Nous avons fait trois épisodes pilotes de 26 minutes que nous avons présentés aux gens et c’est disponible sur YouTube. C’était pour chercher des financements.

Aujourd’hui, la grosse difficulté c’est au niveau de la production. Nous n’avons pas trouvé des gens qui veulent nous produire. Nous sommes de la vielle école, nous ne sommes pas passés par des écoles de production, de montage. Nous sommes, pour la plupart, passés par l’école de la rue, du concret, de la pratique. Je rappelle que j’ai fait trois longs métrages de 90, 80 et 70 minutes, six courts métrages et trois épisodes de 26 minutes de « Cocotte-minute ».

J’ai eu à demander une carte professionnelle, je n’ai pas eu et c’est une carte d’assistant qui m’a été donnée alors qu’il y a des gens que j’ai formés et aujourd’hui ils ont pu avoir la carte. Pour être dans une maison de production, c’est une histoire de carnet d’adresses, de canal. Nous essayons de nous accrocher tant bien que mal à faire de petites productions. Nous sommes en train de préparer quelque chose et quand ça va prendre, je pense que les gens seront contents.

Gervais Nombré évoque les difficultés rencontrées dans le métier notamment celles financières

Est-ce qu’il y a la possibilité de collaborer avec des chaînes de télé pour des productions comme dans certains pays ?

C’est une possibilité mais c’est une histoire de feeling. Nous n’avons pas les mêmes politiques que dans ces pays voisins.

Quel est votre cri de cœur aujourd’hui face à toutes ces difficultés que vous rencontrez ?

Il faut que les gens acceptent d’accompagner les projets cinématographiques. Notre cri de cœur, c’est de pouvoir faire une dernière grosse saison des Bobodiouf pour dire merci à Patrick Martinet et lui rendre un hommage et rendre aussi hommage à tous ces acteurs qui nous ont quittés. Mais aussi pouvoir intégrer beaucoup de comédiens étrangers dans le projet.

Propos recueillis par Romuald Dofini
Lefaso.net

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