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Burkina/Médias : « Notre ambition est de placer BF1 parmi les meilleures chaînes de télévision en Afrique », Issoufou Saré, directeur général de BF1

Publié le mercredi 21 février 2024 à 22h35min

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Burkina/Médias : « Notre ambition est de placer BF1 parmi les meilleures chaînes de télévision en Afrique », Issoufou Saré, directeur général de BF1

Depuis qu’il a pris les commandes de la télévision privée BF1 en 2013, Issoufou Saré est reconnu comme l’un des grands bâtisseurs de l’ascension de « La chaîne au cœur de nos défis » dans le paysage médiatique burkinabè. Sous son leadership, la télévision a pu se positionner parmi les meilleures du pays. Mais l’ambition réelle de ce grand manager de BF1 est de faire rayonner cette télévision en Afrique. Il l’a déclaré dans cette interview où il aborde également sa gestion, les défis et les perspectives de la chaîne.

Lefaso.net : Pouvez-vous nous relater l’histoire de votre aventure dans l’univers médiatique ?

Issoufou Saré : J’ai fait des études en communication et journalisme à l’université de Ouagadougou. Ensuite, j’ai poursuivi en communication d’entreprise et relations publiques. A la suite de ces études, j’ai travaillé au sein de la maison Seydoni productions devenue Seydoni Burkina. Dans cette entreprise, j’ai d’abord commencé comme chef de service marketing avant d’occuper plus tard le poste de chef de service promotion évènementielle.

A l’issue de cette expérience, je suis reparti pour les études en Egypte où j’ai fait un master en gestion des industries culturelles et créatives. De retour au pays, je me suis mis à mon propre compte. Parallèlement, je travaillais pour les structures comme le Carrefour international du théâtre de Ouagadougou (CITO) où j’ai pu côtoyer le monde du théâtre. C’est une aventure qui a duré trois ans. Avec cette expérience, j’ai participé à un entretien à BF1 et j’ai été retenu comme directeur général. Et je suis directeur général de la télévision BF1 depuis avril 2013.

Comment se porte BF1 ?

BF1 se porte bien. C’est vrai que le contexte est assez difficile pour l’ensemble des médias, mais on essaie de tirer notre épingle du jeu. Les priorités changent. En ce sens, qu’on est obligé de tout faire pour prendre en charge les salaires du personnel et aussi trouver le nécessaire pour des productions de qualité. C’est à ce niveau que nous rencontrons parfois des difficultés parce qu’il est de plus en plus difficile pour les médias, notamment audiovisuels. Parce que la concurrence est ouverte avec l’international et le sous-régional. Vous avez des Burkinabè qui suivent les chaînes ivoiriennes, françaises, américaines. Ils suivent également des vidéos sur YouTube, Tiktok. Ces vidéos sont en concurrence avec les contenus que nous produisons. De facto, on a une concurrence plus accrue. Si nous ne disposons pas suffisamment de moyens pour produire des contenus de qualité, innovants, assez originaux, il va sans dire que le téléspectateur, qui est de plus en plus exigeant parce qu’il a l’embarras du choix, zappe à la seconde pour voir autre chose. Donc, c’est dans ce contexte que nous évoluons.

Les rumeurs disent que vous avez redressé ce média qui a connu des débuts difficiles ; quelles ont été vos recettes ?

Effectivement à mes débuts à BF1, ce n’était pas évident parce que le contexte dans lequel je l’ai pris, ce n’était pas facile. Financièrement, c’était difficile. Il fallait effectivement trouver les solutions pour permettre de bien se comporter. Avec les collaborateurs que j’ai eus, on a pu travailler main dans la main. C’est vrai que j’ai connu à l’époque une grève parce que le fait d’avoir une vision autre et de resserrer les boulons pour une meilleure prise en charge de la chaîne n’a pas forcément plu à tout le monde, ce qui a occasionné une grève à l’époque, que nous avons gérée.

Quand nous sommes sortis de là, nous avons déroulé notre vision de la gestion d’une entreprise médiatique. L’équipe qui est restée m’a accordé sa confiance. Nous avons travaillé ensemble et les résultats sont là aujourd’hui où nous avons des éléments de satisfécit. Mais c’est encore loin de l’objectif que nous visons. Pour nous, l’objectif est que BF1 puisse être citée parmi les meilleures chaînes de télévision en Afrique. C’est cette ambition que nous poursuivons, mais il y a encore du chemin à parcourir. Nous continuons de travailler avec abnégation pour nous rapprocher de cet objectif.

Sous votre leadership, on a remarqué que BF1 s’en sort mieux. Quelle est la clé du succès ?

C’est un travail d’équipe. Nous travaillons de façon collégiale avec nos différents collaborateurs. Chacun à son mot à dire, on essaye de prendre en compte au maximum les avis des uns et des autres. D’abord, c’est de travailler pour que chaque travailleur de BF1 se sente en famille ici. Qu’il n’ait pas d’inquiétudes en venant au travail mais plutôt du sourire en venant au travail. On essaie de créer cet environnement de travail pour que chacun puisse donner le meilleur de lui-même.

BF1 est aujourd’hui l’une des meilleures télévisions privées du Burkina Faso. Que peut-on savoir du fonctionnement de ce média ?

Les notions acquises dans le management des industries culturelles et créatives ont été un grand atout pour moi dans ma fonction de directeur général. En fait, les médias s’inscrivent dans le domaine de l’industrie culturelle et créative. Dans une entreprise culturelle et créative, c’est la création, la capacité à créer qui est le plus important. A BF1, nous travaillons avec des journalistes, des réalisateurs, des monteurs ; tout cet effectif nécessite une capacité créative. Donc, il faut créer un environnement qui soit propice à cette créativité des différents travailleurs. En cela, il y a une part administrative et technique, mais il faut savoir faire la part des choses pour que la part administrative ou technico-administrative ne prenne pas le dessus sur la part créative. Par exemple, un présentateur du Journal télévisé (JT), le jour où il a une présentation, il est stressé.

C’est comme un artiste qui doit monter sur scène, il y a un stress qu’il vit. Si vous n’intégrez pas cela, vous pouvez dans votre rapport avec lui, faire un certain nombre de choses qui vont affecter sa présentation ou sa performance du jour. Lorsque vous savez qu’il est de présentation, il faut voir ce qu’on déploie autour de lui pour que cela ne joue pas sur sa présentation plus tard. C’est pareil pour les réalisateurs. Quand ils réalisent une émission, ils sont les seuls dans leur studio même quand un DG entre dans le studio, et sa présence les importune, ils peuvent lui demander de quitter les lieux parce que cela ne leur permet pas d’avoir toutes les capacités pour créer. Chacun a sa parcelle de pouvoir.

En tant que DG, nous avons notre parcelle de pouvoir mais les différents collaborateurs aussi. Il faut les laisser exercer pleinement cette parcelle de pouvoir. C’est ce que demande le management des industries culturelles et créatives parce que c’est un secteur qui se veut créatif. Il ne faut pas que les gens soient sur du management directionnel où on doit leur dire ce qu’ils doivent faire, où ils doivent avoir une certaine peur. Ce n’est pas bon !

Avec la crise sécuritaire les médias burkinabè sont confrontés à un certain nombre de problèmes qui ne sont pas de nature à faciliter leur travail. Qu’est-ce que BF1 vit comme difficultés dans ce contexte ?

D’énormes difficultés, comme la plupart des médias et des entreprises de façon générale, du fait du contexte que nous vivons, le contexte sécuritaire assez difficile. Nous essayons de développer un certain nombre d’initiatives. Nous mettons un accent particulier sur le développement des évènementiels de sorte à créer des médias dans le média. Cela, pour qu’on puisse avoir un produit mais également rechercher des financements pour le compte de ces différents médias et évènements que nous créons au sein de la télévision BF1. C’est l’une des alternatives que nous déployons qui nous réussit bien.

Depuis l’avènement des transitions, il va sans dire que les ministères ne sont plus forcément très friands de couvertures médiatiques, lesquelles couvertures constituent une manne à gagner pour nous. Il va falloir chercher ailleurs pour combler. Ce qui nous amène à aller vers un certain nombre d’organisations, d’institutions pour leur faire des offres dans le cadre de la réalisation de publi-reportages, de documentaires. Une manière de susciter leurs besoins de communication sur des choses auxquelles ils n’auraient pas forcement pensé ou qui ne feraient pas partie de leurs priorités. Donc, nous sommes de plus en plus pro-actifs et actifs sur le terrain pour amener les gens à communiquer.

BF1 a révélé beaucoup de personnes à travers leurs participations à vos différentes émissions. Vraisemblablement, certains d’entre eux ont été nommés à des postes de responsabilité grâce à la visibilité que vous leur avez offerte. Ce qui fait dire, à une certaine opinion, que BF1 est une télévision ‘’faiseur de stars’’. Comment accueillez-vous cette appréciation ?

On le prend bien, avec modestie. Ce n’est pas nous qui faisons les stars. Je sais que vous voulez parler des nominations qu’il y a. Nous ne sommes qu’un espace de diffusion et ceux qui sont parfois appelés, il se trouve que leurs compétences rencontrent l’assentiment ou les attentes d’un certain nombre de personnes qui désirent les employer. Sinon, ce n’est pas BF1 en tant que telle qui les impose ou qui serait déterminant pour qu’ils soient nommées. Je crois que ce sont d’abord leurs compétences et leurs qualités intrinsèques. Nous n’avons fait que montrer aux yeux du monde ces qualités. On n’a pas un mérite particulier pour cela, le seul mérite, c’est d’avoir créé l’espace de diffusion.

« Nous travaillons pour qu’un journaliste de BF1 n’ait pas d’inquiétudes en venant au travail mais plutôt qu’il ait du sourire en venant au travail », Issoufou Saré, DG de Bf1

Comment jugez-vous le paysage audiovisuel burkinabè ?

Il faut dire que nous avons un paysage médiatique de qualité. Cela n’a pas commencé par nous mais par nos devanciers. Le Burkina Faso a le mérite d’avoir des journalistes de qualité. Il vous souviendra que pas mal de médias internationaux citaient régulièrement nos différents journalistes et médias dans la fabrication de leurs informations. Le paysage médiatique burkinabè a une très bonne réputation. De la presse écrite en passant par les radios, les télévisions, la presse en ligne, nous avons une très bonne réputation. Cela dit, il va falloir relever les manches parce que la concurrence devient ardue, les offres en matière d’information sont énormes. Les réseaux sociaux aujourd’hui sont pourvoyeurs d’informations, qu’elles soient fausses ou bonnes. Donc le défi pour les médias est deux fois plus grand. Il va falloir développer des stratégies plus que celles que nous avons développées jusqu’à présent.

La télévision BF1 a-t-elle réussi la transition de la Télévision numérique terrestre (TNT) ?

Oui, d’autant plus que déjà le matériel de production que nous avions était du matériel numérique. Nous étions suffisamment préparés pour cela. Aujourd’hui, quand on parle de TNT, on parle également de la Société burkinabè de télédiffusion (SBT) où il faut payer un montant donné. C’est à ce niveau que se posent les difficultés parce qu’on nous demandait de payer un montant chaque année de près de 87 millions de FCFA. Ce qui n’était pas du tout évident. Quand vous prenez 87 millions pour la plupart des chaînes de télévision dans notre contexte, c’est faire preuve d’une méconnaissance du marché publicitaire. Parce que si on connaît véritablement notre marché, on saura que demander à une chaîne de payer 87 millions, c’est à la limite, vouloir étouffer cette chaîne ou ces chaînes. Mais l’Etat a revu les choses plus ou moins.

Désormais, on nous demande de payer 36 millions. Ce n’est toujours pas évident parce qu’il fut un temps où nous-mêmes nous demandions à payer les 36 millions, il y a peut-être deux ou trois ans de cela. Mais avec ce contexte, l’économie s’est encore dégradée au niveau des médias. Les ministères qui existaient dans un contexte démographique avaient besoin de couvertures médiatiques pour leurs activités ou préparer les élections à venir. Désormais, les ministres de la transition ne sont plus contraints à une communication parce qu’il n’y a pas de prévision électorale pour eux. Donc, il n’y a pas véritablement à faire couvrir toutes les activités.

On perd une part de marché que constituaient les couvertures institutionnelles qui étaient facturées. Ce sont autant de choses qui rendent l’économie assez difficile. Dans ce contexte, il est difficile de faire face à des charges comme la SBT qui est sans doute légitime et légale. Mais il ne faut pas que le ticket d’entrée puisse étrangler le média. La priorité, c’est de produire des contenus de qualité qui puissent nous permettre de faire face aux médias transnationaux qui inondent notre marché de contenus audiovisuels qui ne font pas forcément la part belle à notre culture. Nous avons pour mission de faire la part belle à notre culture. Pour cela, il faut que l’Etat dans sa mission en matière de communication créé les conditions favorables. Ce n’est pas qu’à travers les chaînes publiques qu’on pourra atteindre cet objectif. Les médias privés contribuent également. Et qu’est-ce qu’on fait pour que les médias privés puissent jouer pleinement ce rôle en permettant aux Burkinabè d’être davantage ancrés dans leurs cultures ? Mais au-delà, proposer aussi cette culture aux autres pays ?

Quelles perspectives voyez-vous pour les médias qui doivent affronter des défis comme l’insécurité, le numérique, les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et autres innovations ?

Effectivement, depuis quelques années, nous avons le digital et l’intelligence artificielle. Les usages et les modes de consommation de l’information ont nettement évolué. La consommation linéaire du contenu a muté pour être une consommation délinéarisée où désormais à partir du portable, on peut avoir tous les supports d’informations qu’on voudrait. Que ce soit la presse écrite, la radio, la télévision, on les a sur son portable. On peut consommer un contenu à l’heure qu’on veut. Les usages ont beaucoup évolué, il nous faut nous adapter à cela. Il faut voir aujourd’hui quelles sont les possibilités qu’offre l’intelligence artificielle dans la chaîne de valeurs de la fabrication d’un contenu audiovisuel et comment nous pouvons utiliser ces différentes innovations dans notre fonctionnement. Auquel cas, on serait appelé à mourir. Les choses sont lancées. C’est à nous de courir derrière les tendances pour essayer de nous adapter et contenter les attentes de plus en plus exigeantes du consommateur d’information qui lui aussi est devenu aujourd’hui producteur d’information. Chaque individu aujourd’hui avec son portable peut produire de l’information. Ce n’est plus ce consommateur attentiste qui attendait que le média traditionnel lui donne l’information mais aujourd’hui est en mesure de produire l’information. C’est un concurrent potentiel également. Du coup, il faut faire preuve d’innovation pour pouvoir toujours garder une audience suffisante pour convaincre les annonceurs de venir communiquer auprès de vous pour toucher cette audience.

C’est de pouvoir réaliser un certain nombre de défis parce que chaque année, nous avons des projets que nous comptons mettre sur pied. Récemment, nous avons lancé "Bâtisseur de cité". C’est un nouveau programme qui est une compétition inter-quartiers sur des projets de développement. C’est un projet qui nous tient à cœur. Cela s’inscrit aussi en droite ligne avec un certain nombre d’actions qui sont menées par les autorités pour amener les uns et les autres à prendre en charge leur propre développement. Nous sommes sur beaucoup de projets, on aura l’occasion de les déployer.

Votre mot de fin ?

Merci au promoteur et aux travailleurs de LeFaso.net et félicitations pour le travail qui est abattu. Je salue aussi les internautes de LeFaso.net.

Serge Ika Ki
Lefaso.net

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