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Burkina / Cinéma : « La vie d’artiste n’est pas facile, il faut être patient et savoir encaisser », déplore "Fati Bobodiouf"

Publié le lundi 19 février 2024 à 21h50min

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Burkina / Cinéma : « La vie d’artiste n’est pas facile, il faut être patient et savoir encaisser », déplore

Le cinéma bobolais a vu émerger de nombreux acteurs comédiens dont la réputation a franchi les frontières. Pauline Ouattara, alias Fati Bobodiouf, est une doyenne dans le domaine du cinéma et particulièrement dans le métier d’acteur comédien. Elle fait partie des actrices qui auront marqué la scène cinématographique dans les années 2000. Elle a été révélée au public grâce à la série culte « Les Bobodiouf ». Une série dans laquelle elle a incarné le rôle de la fille fainéante, paresseuse, du couple Tonton Drissa et Tantie Abi. Fati Bobodiouf aura épaté plus d’un par sa grande technique (savoir rire et pleurer) pour interpréter un rôle. Aujourd’hui, elle essaye de concilier sa vie de femme au foyer et sa carrière d’artiste comédienne. Lisez plutôt !

Lefaso.net : Qui est Fati Bobodiouf et que devient-elle après la série « Les Bobodiouf » ?

Pauline Ouattara : Je suis Pauline Ouattara et madame Kassamba, alias Fati Bobodiouf. Il faut dire qu’après la série, je suis restée toujours comme je suis. Je suis là bien vivante (rires). Je continue de faire de petites vidéos sur les réseaux sociaux. Je n’ai pas disparu, je suis là et je vous promets du lourd bientôt.

Qu’est-ce qui fait qu’on ne revoit plus Fati Bobodiouf sur nos écrans et sur la scène ?

C’est vrai qu’après la série, j’ai un peu disparu, mais cela ne veut pas dire que je n’ai pas tourné dans d’autres films. J’ai eu à tourner dans pas mal de films avec pas mal de réalisateurs. Là, je continue avec les petits messages de sensibilisation sur internet. Pour le moment, je n’ai pas trop de tournages mais j’ai des projets en vue ; le groupe Bobodiouf a des projets en vue et nous souhaitons que cela ait plus de succès.

Dites-nous comment est-ce que vous intégrez l’équipe des Bobodiouf ?

Il faut souligner que j’ai d’abord joué dans la série « Au royaume d’Abou », donc Patrick Martinet me connaissait déjà. Et lorsqu’il a voulu tourner « Les Bobodiouf », il m’a appelé et quand je suis allée, nous avons discuté et il m’avait confié deux rôles. Celui de Maï et celui de Fati. Et lorsque j’ai lu les textes, je me suis dis, pourquoi pas le rôle de Fati parce que je me voyais déjà dans la peau du personnage. Jouer ce personnage a été très facile pour moi.

Fati Bobodiouf évoque des difficultés financières qui bloquent ses projets de cinéma

Est-ce que le personnage de Fati reflète votre personnalité ?

(Rire) Non, pas du tout ! Je ne suis pas paresseuse et je travaille dur à la maison. Je suis une femme au foyer, je suis madame Kassamba avec des enfants et des petits-enfants. Les gens confondent souvent vitesse et précipitation, c’est-à-dire, Fati et Pauline Ouattara. Quand je suis au dehors, je suis Fati Bobodiouf et à la maison je suis Pauline Ouattara. Je suis une femme au foyer à la maison et femme de désordre au dehors.

En acceptant de jouer dans la série, est-ce que vous vous attendiez à un tel succès ?

Pas du tout, je ne m’attendais pas à un tel succès.

Quels sont vos rapports actuels avec les autres acteurs de la série ?

De bons rapports. Nous sommes devenus une famille et nous sommes en parfaite collaboration. Même s’il n’y pas les Bobodiouf aujourd’hui, la famille ne sera pas divisée. Lorsque j’ai un problème, tout le monde est présent, nous sommes une famille unie.

Quels sont vos liens avec les autres réalisateurs burkinabè ?

Une très bonne collaboration. Certains m’appellent souvent pour des collaborations. Je n’ai pas de problème avec quelqu’un.

Est-ce que vous confirmez que les Bobodiouf reviennent ?

Effectivement, les Bobodiouf reviennent bientôt. Il faut dire qu’après notre séparation avec le réalisateur en 2004, on s’est retrouvé dix ans après avec le même réalisateur pour continuer les Bobodiouf. Nous avons pu faire presque 100 épisodes ensemble. Et c’est juste après qu’il est décédé. Mais le reste de la série les Bobodiouf est encore là. C’est vrai que Patrick n’est plus là, mais on se dit qu’il est toujours là et nous envisageons de continuer.

« C’est vrai que Patrick Martinet n’est plus là, mais nous envisageons de continuer avec Les Bobodiouf », a indiqué Pauline Ouattara

Aujourd’hui, qu’est-ce qui bloque le projet ?

(Rire) Quelle question ! Le financement. Il faut dire qu’au Burkina ce n’est pas facile d’avoir un financement. Dans les autres pays, ça va un peu par rapport à chez nous. Bien que nous ayons été les premiers (parlant du Burkina dans le cinéma), aujourd’hui nous avons des difficultés financières. C’est ce qui fait que le projet n’avance pas. Nous avons juste des promesses, mais nous croisons les doigts.

Fati a-t-elle d’autres projets en vue ?

J’ai plein de projets que je ne pourrai citer. Si Dieu me donne longue vie, je compte les réaliser. J’ai aussi des projets avec des sociétés, c’est déjà discuté et j’envisage les faire avec d’autres comédiens.

Aujourd’hui, quel est votre regard sur le cinéma burkinabè ?

Le cinéma burkinabè recule. Avant, on arrivait à découvrir beaucoup de choses sur le cinéma burkinabè grâce au FESPACO. Mais aujourd’hui, c’est tout le contraire. Il y a plein de réalisateurs ou du moins tout le monde est devenu réalisateur et tout le monde est artiste comédien aussi. Il faut former tous ces gens-là. Des gens quittent ailleurs pour venir prendre le FESPACO ici il y a un problème. Je ne dis pas que le cinéma n’avance pas, mais ça ne va pas.

Face aux difficultés que vous avez évoquées, quel est votre cri de cœur ?

On le dit très souvent que l’art ne nourrit pas son homme, c’est vrai. Il faut dire que c’est grâce à la bonne volonté de personnes qu’un artiste peu survivre. Nous comptons sur ces bonnes volontés pour survivre sinon sur le plan étatique ça ne va pas. Je ne dis pas que l’Etat ne fait rien pour nous, mais ce n’est pas suffisant. Et nous demandons toujours aux bonnes volontés de nous aider. Ce que ces personnes peuvent faire, qu’elles le fassent pendant qu’il est temps. Au Burkina Faso, on attend ta mort pour t’honorer ou pour peut-être te donner une décoration alors qu’on peut le faire de ton vivant. Au Burkina, on n’a pas de considération pour les acteurs, les comédiens surtout. Bobodiouf ce n’est pas une seule personne, c’est un groupe. Donc j’aimerais lancer un cri aux autorités afin qu’elles puissent nous écouter et accepter de nous aider si possible.

Pauline Ouattara invite les autorités du pays à plus d’accompagnement pour le rayonnement du cinéma au Burkina

Pour repartir un peu en arrière, comment est-ce que Fati fait son entrée dans le théâtre ?

J’ai aimé le théâtre depuis mon enfance grâce à une tante, paix à son âme, avec les frères Coulibaly, décédés. Mais au début je faisais de la danse, le ballet. C’est après j’ai commencé le théâtre avec la troupe Avenir à l’époque. A un moment j’ai pris du temps pour continuer mes études à l’école. Mais très vite j’ai déserté à cause du théâtre (rire) avec la troupe Ouézzin Coulibaly. J’étais avec Amadou Bobodiouf et Souleymane.bf. J’ai aimé la chose et petit à petit j’ai évolué dedans. Donc quand on m’a proposé de jouer dans le film « Au royaume d’Abou », je n’ai pas hésité. J’ai essayé et ça a marché. Après Bobodiouf, sont venus d’autres réalisateurs qui m’ont contacté par la suite tels que Boubacar Diallo pour jouer dans des films. Tout cela a fait que j’ai eu l’amour pour la chose.

Quel est le message à l’endroit des jeunes qui voudraient embrasser ce métier ?

Le métier n’est pas facile. La vie artistique et la vie sociale sont différentes. Nous rencontrons des difficultés même sur les scènes, sur les plateaux de tournage, c’est compliqué. Le gros cœur ne peut pas marcher avec ce travail. Il faut être patient et savoir encaisser.

Quel est votre dernier mot ?

Saluer les journalistes. C’est grâce à vous que nous sommes ce que nous sommes aujourd’hui. Je tire aussi mon chapeau aux autorités du pays pour le travail abattu, c’est vrai que ce n’est pas facile. Je leur dis beaucoup de courage et que la paix revienne au Faso. Mes remerciements sont adressés également au BBDA grâce à qui nous gagnons un peu. Je terminerai par demander aux autorités de nous écouter.

Propos recueillis par Romuald Dofini
Lefaso.net

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