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Corridor Burkina - Côte d’Ivoire : « Le trafic d’enfants rapporte aux parents et ils se rendent souvent complices sans le savoir », selon le Dr Hubert Dabiré de l’ISSP

Publié le lundi 12 février 2024 à 23h05min

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Corridor Burkina - Côte d’Ivoire : « Le trafic d’enfants rapporte aux parents et ils se rendent souvent complices sans le savoir », selon le Dr Hubert Dabiré de l’ISSP

Bien que le Burkina ait ratifié beaucoup d’instruments internationaux et voté des lois nationales (lois n°029-2008/AN du 15 mai 2008, portant lutte contre la traite des personnes et les pratiques assimilées et n°011-2014/AN du 17 avril 2014, portant répression de la vente d’enfants), dans la lutte contre le trafic d’enfants, le phénomène semble avoir la peau dure.

Même si l’on peut s’en réjouir, parce que, selon le Dr Hubert Dabiré de l’ISSP, le taux d’enfants interceptés a drastiquement baissé ces dernières années. Il a été le coordonnateur national du projet MIDEQ (Migration pour le développement et l’égalité), qui a été mis en œuvre sur le corridor de la migration Burkina-Côte d’Ivoire par l’Institut supérieur des sciences de la population (ISSP). Dans cette interview accordée à votre journal en ligne Lefaso.net, il revient, entre autres, sur le phénomène, le lien entre trafic d’enfants et migration et le profil des enfants concernés. Lisez plutôt !

Lefaso.net : Vous venez de présenter les résultats du projet MIDEQ (le 9 février 2024) dans lequel, vous parlez du trafic d’enfants sur le corridor Burkina-Côte d’Ivoire. Que peut-on dire de l’état des lieux de ce phénomène aujourd’hui ?

Dr Hubert Dabiré : Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il y a un bon travail qui est fait sur le terrain par la police et l’action sociale pour lutter contre le phénomène du trafic d’enfants. Grâce à leur collaboration sur le terrain, le phénomène a drastiquement diminué, même s’il faut poursuivre la lutte parce que les gens ont trouvé des moyens de contourner tous ces dispositifs. Les parents qui ont les plantations en Côte d’Ivoire ont besoin de main d’œuvre pour travailler dans leurs champs. Ils viennent donc chercher les enfants ici souvent avec la complicité des parents et des transporteurs, avec pour motif qu’ils partent les scolariser, alors qu’arrivés sur place, ils les mettent dans leurs champs pour travailler. Que ce soit volontaire ou non, ces enfants sont victimes de trafic déguisé et habillé.

Qu’est ce qui explique la persistance du phénomène ?

C’est un problème essentiellement économique, parce que ça rapporte aux parents qui sont restés dans les villages et ils se rendent souvent complices sans le savoir. Parce que de la main d’œuvre est bon marché. C’est-à-dire que la main d’œuvre infantile rapporte aux parents qui sont restés dans les villages. Quand les enfants sont emmenés et qu’ils travaillent dans les champs, ça rapporte aux parents parce qu’ils apportent de l’argent et c’est ce volet économique qui fait que ce phénomène perdure.

On parle de trafic d’enfants et de migration en même temps. Quel lien existe entre les deux ?

Pour trafiquer un enfant pour l’amener en Côte d’Ivoire, celui-ci migre. C’est-à-dire que les enfants qui quittent le Burkina pour la Côte d’Ivoire, que ce soit volontaire ou non, ils migrent. C’est pourquoi, on parle de migration et dans la migration, il y a plusieurs formes, et le trafic vers la Côte d’Ivoire, c’est une forme de migration.

Quel est le profil de ces enfants enregistrés dans cette migration ?

Souvent, ce sont des enfants déscolarisés, en âge scolaire, des enfants dont l’un des parents n’est pas présent, ou les deux parents ne sont pas présents dans le ménage.

Vous avez mené une étude de quatre ans sur le phénomène, quelles sont les recommandations que vous pouvez faire ?

C’est de poursuivre la sensibilisation avec les parents et leur donner toutes les informations sur le phénomène pour qu’ils sachent de quoi il est vraiment question. Et surtout qu’ils s’assurent que l’enfant qui a été emmené est vraiment scolarisé comme le dit le parent et qu’il n’a pas été mis dans autre chose.

YZ
Lefaso.net

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