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Burkina Faso : Les personnes handicapées veulent être mieux prises en compte dans l’action humanitaire

Publié le samedi 9 décembre 2023 à 10h30min

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Burkina Faso : Les personnes handicapées veulent être mieux prises en compte dans l’action humanitaire

L’Union nationale des Associations burkinabè pour la promotion des aveugles et malvoyants (UN-ABPAM) a commémoré en différé, avec le soutien de ses partenaires, la Journée internationale des personnes handicapées. La cérémonie, qui s’est tenue le vendredi 8 décembre 2023 à Ouagadougou, a mis l’accent sur les stratégies visant l’inclusion des personnes handicapées dans l’action humanitaire au Burkina Faso.

Le choix du thème « Action humanitaire au Burkina Faso : quelles stratégies pour l’inclusion des personnes handicapées au Burkina Faso ? », s’impose dans un contexte où la crise humanitaire suscite une réflexion approfondie sur la manière dont les personnes handicapées sont prises en charge.

Dans son allocution, le président de l’Union nationale des Associations burkinabè pour la promotion des aveugles et malvoyants (UN ABPAM), Christophe Oulé, a lancé un appel aux autorités pour une prise en charge accrue des personnes handicapées, en particulier dans le contexte actuel de crise humanitaire. Il a plaidé en faveur d’un ciblage plus précis des besoins réels des personnes handicapées, afin de mettre en œuvre des solutions efficaces et adaptées.

« Nous souhaitons que les acteurs humanitaires agissent en symbiose avec les personnes handicapées pour une meilleure prise en charge afin qu’elles puissent vivre avec dignité », Christophe Oulé, président de l’UN ABPAM

Le secrétaire général de l’UN ABPAM, Souleymane Ouédraogo, a relevé la vulnérabilité croissante des personnes handicapées, exacerbée par la crise sécuritaire qui frappe le pays. Il a révélé des chiffres alarmants issus du Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR), indiquant que plus de 17 000 personnes handicapées étaient des déplacés internes en 2021, avec une réduction apparente en mars 2023. Cette régression des données statistiques est préoccupante, laisse entendre monsieur Ouédraogo.

« Le CONASUR avait enregistré en 2021, le nombre d’handicapés déplacés internes à plus de 17 000, dont plus de 7 000 hommes et plus de 9 000 femmes, sur un total d’environ 1 400 000 personnes déplacées internes. En mars 2023, les chiffres donnés par le CONASUR sur les personnes handicapées ont régressé, estimant leur nombre à seulement plus de 10 000. Les dernières statistiques sur les handicapés publiés suscitent des interrogations. Il se pourrait que près de 7 000 personnes handicapées aient pu retourner dans leurs localités d’origine, ce qui serait très encourageant, ou que ces personnes soient mortes. Sinon, on pourrait croire que les récentes statistiques n’ont pas été bien analysées et appréciées. Et moi, je retiens la dernière hypothèse », a-t-il affirmé.

« La crise que nous vivons provoque de nouvelles déficiences qui entraînent de nouveaux handicaps », Souleymane Ouédraogo, secrétaire général de l’UN ABPAM, député à l’Assemblée législative de transition

« Le nombre de personnes handicapées déplacées estimé à 400 000 »

Cependant, le secrétaire général de l’UN ABPAM a souligné des défis liés à la collecte de données précises, déplorant le manque de moyens nécessaires au ministère en charge de l’Action humanitaire pour effectuer un recensement exhaustif. Il a évoqué des difficultés, notamment pour les élèves handicapés qui n’ont pas pu retourner chez eux en raison de l’occupation terroriste de leurs localités. Et selon lui, les récentes statistiques suscitent des interrogations.

« Il y a difficulté parce que le ministère en charge de l’Action humanitaire n’a toujours pas les moyens qu’il faut pour recenser de manière conséquente, le nombre de personnes handicapées déplacées internes. Certaines personnes vivant avec un handicap ont quitté les zones de crise pour se retrouver dans nos associations, que nous prenons en charge », dépeint Souleymane Ouédraogo.

« Light for the world qui est une ONG spécialisée dans le handicap, accompagne l’UN ABPAM depuis 2009, à travers son programme éducation inclusive », Étienne Bagré, directeur pays de Light for the world

Monsieur Ouédraogo confie que les acteurs humanitaires au Burkina Faso établissent le nombre de personnes handicapées déplacées à 400 000. Il estime alors qu’il reste un travail substantiel à faire pour évaluer correctement le nombre de personnes handicapées déplacées internes.

Pour le secrétaire général de l’UN ABPAM, l’outil le plus approprié pour le recensement des personnes vivant avec un handicap est « Le questionnaire Washington ».

Stratégies pour une action humanitaire inclusive

En termes de stratégies et de mode d’action, Souleymane Ouédraogo préconise l’intensification de la sensibilisation à l’endroit des communautés pour qu’elles soient davantage solidaires avec les personnes handicapées. La sensibilisation doit aussi se faire au niveau des acteurs humanitaires, ajoute-t-il, pour que leurs activités prennent effectivement en compte les personnes handicapées.

Le secrétaire général de l’UN ABPAM recommande aussi que soient accentués les plaidoyers pour renforcer les financements en faveur des personnes handicapées priorisant les interventions basées sur les normes d’inclusion humanitaire. De son point de vue, il est nécessaire d’associer les personnes handicapées à toutes les phases d’élaboration des programmes humanitaires, et de créer une meilleure coordination des acteurs humanitaires.

« Sensorial handicap cooperation a accompagné l’UN ABPAM pour mettre en place des dispositifs pour faciliter la scolarisation des enfants handicapés visuels », Eugène Bayili, chargé de programme Sensorial handicap cooperation Burkina

Aussi, le secrétaire général de l’UN ABPAM invite le gouvernement à se munir de données désagrégées en âge, sexe et en type de handicap. Car si les enfants ont besoin d’éducation, certains ont besoin de béquilles, de cannes blanches, pendant que d’autres ont besoin de lunettes, de prothèses, etc.

Pour monsieur Ouédraogo, le nombre de personnes handicapées va malheureusement s’accroître dans les années à venir, d’où la nécessité de relire la stratégie nationale de protection et de promotion des droits des personnes handicapées. Et cela, en conformité avec la convention internationale relative aux droits des personnes handicapées et de la loi 012 pour mieux prendre en compte les personnes handicapées.

Quelques matériels pédagogiques pour personnes handicapées présentés à l’occasion de la cérémonie de commémoration de leur Journée internationale

La cérémonie a été marquée par des performances artistiques poignantes, mettant en lumière les talents exceptionnels des personnes handicapées et cherchant à défier les préjugés persistants au sein de la société.

La commémoration de la Journée internationale des personnes handicapées à Ouagadougou a été l’occasion de souligner l’urgence d’actions humanitaires concertées pour garantir l’inclusion et la dignité des personnes handicapées au Burkina Faso.

Les appels lancés par les responsables de l’UN ABPAM résonnent comme un appel pressant à l’action, engageant les autorités et les acteurs humanitaires à travailler de concert pour répondre aux besoins spécifiques des personnes handicapées dans un contexte de crise complexe.

Lire aussi : Burkina Faso : Les personnes vivant avec un handicap plaident pour leur implication dans la mise en œuvre des programmes qui leur sont dédiés

Hamed Nanéma
Lefaso.net

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