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Burkina / Lutte contre tabagisme : Un progrès à l’actif de l’Assemblée législative de transition, mais il y a urgence d’interdire l’ingérence dans les politiques de santé publique (rapport)

Publié le jeudi 7 décembre 2023 à 11h47min

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Burkina / Lutte contre tabagisme : Un progrès à l’actif de l’Assemblée législative de transition, mais il y a urgence d’interdire l’ingérence dans les politiques de santé publique (rapport)

Le tableau de bord de la lutte antitabac, à savoir les mesures MPOWER, rend compte de la mise en œuvre des principales dispositions de la Convention-cadre de l’OMS pour la Lutte antitabac (CCLAT) au niveau national. En effet, il y a quinze ans que ces mesures MPOWER ont été introduites dans la lutte antitabac (le programme MPOWER est un ensemble de six mesures à fort impact ayant un bon rapport coût-efficacité qui aide les pays à réduire la demande de tabac).

Ces mesures impliquent de surveiller la consommation de tabac et les politiques de prévention, protéger la population contre la fumée du tabac, offrir une aide à ceux qui veulent arrêter de fumer, mettre en garde contre les dangers du tabagisme, faire respecter l’interdiction de la publicité en faveur du tabac, de la promotion et du parrainage et d’augmenter les taxes sur le tabac. Ces mesures ont permis de réduire la prévalence du tabagisme au niveau mondial.

Afrique contre le tabac (ACONTA), en collaboration avec Action on smoking and Health Canada (Ash Canada), a produit un rapport parallèle sur la mise en œuvre de quelques dispositions pertinentes de la CCLAT au Burkina. Le travail a porté sur l’effectivité des articles 5, 6, 8, 11, 12, 13, 14 et 20 de la CCLAT.

En effet, il ressort de l’analyse de ACONTA que la loi N°040-2010/AN portant lutte contre le tabac au Burkina ne contient pas de dispositions permettant une application effective de l’article 5 de la CCLAT. La règlementation relative à l’ingérence de l’industrie du tabac dans les politiques de santé publique doit être renforcée.

Concernant l’application de l’article 6 de la CCLAT, un effort est fait par le gouvernement pour s’inscrire dans le cadre de l’augmentation progressive des taxes sur le tabac. En effet, une augmentation de 10 % du prix des cigarettes entraîne une réduction de 3,62 % de la prévalence du tabagisme. Ainsi, les taxes sur le tabac sont passées de 45% à 55% en 2023 et ce conformément à la loi de finance pour l’exécution du budget de l’Etat, gestion 2023. Ce progrès est à mettre à l’actif de l’Assemblée législative de transition. Cependant, l’OMS préconise une augmentation de 70% du prix de détails des cigarettes afin de réduire considérablement l’accès au tabac.

Le rapport mondial 2023 sur l’épidémie du tabagisme classe le Burkina parmi les pays ayant réussi à mettre en place des espaces sans tabac ou des mesures d’interdiction de fumer dans les lieux publics. ACONTA constate effectivement que l’article 8 de la CCLAT est mise en œuvre au niveau national à travers les articles 26 et 27 de la loi antitabac qui interdisent de fumer dans les lieux publics. Il existe dans ce sens un décret portant interdiction de fumer dans les lieux publics clos et les transports en commun. Cependant, ces mesures d’interdiction ne sont pas totalement respectées. Ainsi, ACONTA plaide pour un durcissement des sanctions contre tous les contrevenants, y compris les propriétaires des lieux publics.

Toutes les parties ayant ratifié la CCLAT sont obligées de mettre en œuvre l’article 11 de la CCLAT et ses lignes directrices. C’est pourquoi, l’apposition des avertissements sanitaires graphiques sur les emballages de tabac est une réalité au Burkina depuis juillet 2019. Mais, la mise en place du paquet neutre des emballages de tabac, qui a fait ses preuves en Australie, en France et dans d’autres pays, demeure une mesure efficace de lutte contre le tabac qui produira un double impact, à savoir réduire la publicité du tabac et la prévalence du tabagisme au niveau national.

Lire aussi : Unité de sevrage tabagique : « Nous avons démarré avec plus d’une douzaine d’agents de santé, mais actuellement, nous sommes deux » (Pr Georges Ouédraogo)

Dans le cadre de la mise en œuvre de l’article 12 de la CCLAT relative à l’éducation, la communication, la formation et à la sensibilisation du public, un effort considérable est fait par le ministère de la Santé et de l’hygiène publique à travers la Direction de la promotion et de l’éduction pour la santé (DPES) pour informer le public des méfaits du tabagisme et l’existence de mesures de lutte antitabac. ACONTA, en collaboration avec le Réseau des journalistes pour la lutte antitabac au Burkina Faso (REJAT-BF), mène également des activités de sensibilisation sur le tabagisme à travers les mass médias et les réseaux sociaux, afin de contribuer à faire baisser le taux de prévalence du tabagisme au niveau national. Cependant, les moyens sont limités et beaucoup d’efforts restent à faire.

L’article 13 de la CCLAT traite de la publicité en faveur du tabac, de la promotion et du parrainage. En effet, les articles 16 à 21 de la loi antitabac règlementent la publicité du tabac au Burkina Faso. Cependant, son interdiction est incomplète. Autrement dit, l’interdiction n’est pas totale, de sorte que l’on constate des cas de violation de cette interdiction de la publicité du tabac et des produits du tabac par l’industrie du tabac.

Au Burkina, il existe une unité de sevrage tabagique, dont le but est d’aider les fumeurs à arrêter de fumer. Ce qui est prescrit par l’article 14 de la CCLAT. Ainsi, tout fumeur peut appeler au +226 79 39 71 47 afin de s’informer et prendre rendez-vous pour une prise en charge. Dans ce sens, le Burkina est cité au niveau africain comme un exemple au même titre que la Zambie et l’Ethiopie.

Enfin, dans le cadre de la mise en œuvre de l’article 20 de la CCLAT relatif à la recherche, à la surveillance et aux échanges d’informations, le gouvernement du Burkina travaille avec plusieurs partenaires, dont l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Mais, l’inexistence d’un programme national de lutte antitabac avec des ressources humaines, matérielles et financières limitées ne permet pas de faire des recherches au niveau national et de disposer régulièrement de résultats et de données statistiques à même de lutter efficacement contre le tabagisme et l’industrie du tabac.

De ce qui ressort de ce rapport alternatif élaboré par ACONTA, on peut dire que la législation antitabac du Burkina est à parfaire pour se conformer à la CCLAT ; d’où l’urgence d’adopter les trois projets de décrets, à savoir le décret relatif à l’ingérence de l’industrie du tabac dans les politiques de santé publique, le décret relatif à l’emballage neutre des produits du tabac et le décret portant renforcement de l’organisation et du fonctionnement du comité national de lutte contre le tabac.

Concernant la mise en œuvre des six mesures MPOWER, elles sont respectées tant bien que mal afin de réduire la consommation de tabac et la prévalence du tabagisme, et partant, réduire le taux de mortalité. Cependant, malgré l’existence d’un plan stratégique de lutte contre le tabac 2021-2025, il est important qu’un programme national de lutte contre le tabac à long terme soit adopté pour une lutte globale et organisée contre le tabagisme au Burkina Faso.

Synthèse faite par O.H.L
Lefaso.net

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