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Education inclusive : Avec son prix de "Meilleure école inclusive de Bobo", l’Institut des jeunes sourds du Faso de Bobo mûrit de nouveaux projets

Lefaso.net

Publié le jeudi 23 février 2023 à 15h30min

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Education inclusive : Avec son prix de

L’Institut des jeunes sourds du Faso de Bobo a reçu le 1er prix lors de la 1ère édition du concours de la meilleure école inclusive de la commune de Bobo-Dioulasso organisée par l’Organisation Dupont pour le développement social (ODDS) le mardi 15 novembre 2022.
L’équipe de Lefaso.net a rencontré Ouédraogo Salam, responsable de l’Institut des jeunes sourds du Faso de Bobo pour en savoir davantage sur ce prix.

Lefaso.net : Présentez-nous votre établissement, l’Institut des jeunes sourds du Faso Bobo

Salam Ouédraogo : Il faut dire simplement que c’est une structure qui a été créée par l’Eglise des assemblées de Dieu et ce depuis 1987 que l’école existe. Avant l’école n’était pas au niveau de la Croix Rouge à Sarfalao mais était au niveau du quartier Sikasso Sira, tout juste derrière la BCEAO. C’est là-bas que nous avons commencé dans une villa exigüe dont on a utilisé les chambres comme salles de classes.

A l’époque, en première année, on avait sept élèves et au fur et à mesure que les activités avançaient, il y a beaucoup de choses qui se sont développées. Lorsque j’ai pris la direction de l’établissement en 1995 avec ce que j’ai, l’engagement que j’ai, j’ai essayé de développer des stratégies avec les prières des uns et des autres et des partenaires aussi pour que nous puissions déménager à Sarfalao, au secteur 27. Donc aujourd’hui nous avons six classes primaires, trois salles de classes du préscolaire qui sont la première section, la moyenne et la grande section.

Vue externe de l’Institut des jeunes sourds du Faso Bobo (IJSF B)

On a aussi deux services spécialisés en audiologie et orthophonie, un internant où nous ne recevons que les enfants venant d’ailleurs. Pour l’internant, la priorité est donnée aux enfants de Banfora, de la frontière de Côte-d’Ivoire, de Orodara, Bama, à toutes les différentes provinces environnantes de Bobo-Dioulasso parce qu’on s’est dit que très souvent dans ces localités, il n’y a pas d’école spécialisée, il n’y a pas d’école inclusive. Donc les parents qui savent que nous existons ou bien les intermédiaires de l’ODDS qui savent que nous sommes là, eux aussi ils abattent un grand travail pour nous orienter des enfants qu’ils prennent en charge pour que ceux-ci puissent aussi bénéficier de quelque chose.

Quant aux enseignants, compte tenu du fait que nous nous sommes une école inclusive, l’Etat nous affecte des enseignants, des fonctionnaires. Quand les fonctionnaires arrivent, on les forme en inclusion puis on les spécialise en langues des signes et autres pour leur permettre vraiment d’être opérationnels dans les salles de classes. Ce qui fait qu’aujourd’hui, nous sommes presqu’une quinzaine d’enseignants de l’Etat au sein de l’établissement.

Salam Ouédraogo, responsable de l’Institut des jeunes sourds du Faso de Bobo

C’est au niveau du préscolaire qu’on n’a pas encore un élément de l’Etat mais nous essayons de remédier à cela. On a aussi quelques hectares de terrain sise à Farakoba où on essaie de développer l’élevage et l’agriculture et ça aussi c’est grâce aux efforts que nous avons eu à mener depuis les années 2000 qui ont permis d’avoir ce terrain-là parce qu’on s’est dit qu’il ne faudrait pas toujours compter sur les partenaires parce que du jour au lendemain, le partenaire peut partir, peut avoir une difficulté et fermer sa porte. Maintenant nous qui sommes là en tant que structure, si nous ne développons pas vraiment des initiatives, on risque de devoir aussi fermer, alors que qu’une structure scolaire doit vivre longtemps, j’espère.

L’école accueille également des enfants normaux parce qu’on constatait avec le temps que l’effectif des enfants en situation de handicap ne faisait que diminuer. Etant une structure inclusive, il fallait qu’on développe des initiatives pour que l’effectif puisse vraiment augmenter. Avant on avait 80, 100 mais de nos jours y compris le préscolaire, nous sommes environ à 200 et quelque, enfants. Ce qui veut dire que parmi ces 200 et quelque, on a environ plus de 80 enfants en situation de handicap confondus. Donc il y a les malentendants, les sourds, les déficients intellectuels, des autistes et aussi quelques enfants qui ont un handicap un peu physique.

Des élèves de l’IJSF faisant du sport sur le terrain

C’est tous ces enfants rassemblés qui font qu’on a pu vraiment avoir un effectif vraiment consistant. Mais au départ, on était obligé de mener une campagne de sensibilisation auprès des responsables du quartier afin qu’ils puissent comprendre que le fait de venir avec les enfants normaux au sein de cet établissement qu’il n’y a pas de contamination en tant que telle parce qu’au départ les parents avaient peur et disaient est-ce que mon enfant qui parle ne va pas être contaminé ? On a dit non il n’y a pas de contagion.

Par ailleurs on s’est dit que les enfants normaux qui viennent accompagner les autres enfants en situation de handicap se lient d’une certaine amitié qu’ils sont en train de créer et cette amitié peut vraiment les permettre de pouvoir aller loin. S’ils arrivent à continuer ensemble dans les études, je crois que même les enfants normaux peuvent être des interprètes aussi auprès de ces enfants-là que ce soit au collège, que ce soit au niveau d’autres activités.

Lors des rencontres, on essaie d’apporter une sensibilisation allant dans ce sens. Là je crois que les parents nous ont compris et il y a des parents même qui veulent que leur enfant puisse vraiment apprendre la langue des signes parce que c’est une innovation, c’est un langage qui va permettre à l’avenir de pouvoir vraiment avoir d’autres avantages dans certains domaines que ce soit parce que c’est très important.

Vous avez reçu en novembre 2022 le premier prix de la meilleure école inclusive lors de la 1ère édition du concours de la meilleure école inclusive de la commune de Bobo-Dioulasso organisée par l’Organisation Dupont pour le développement social (ODDS). L’objectif de ce concours est d’améliorer l’inclusion des élèves vivant avec un handicap, en encourageant les écoles à mettre en place des dispositifs afin de favoriser l’accès et le maintien des enfants en situation de handicap à l’école. A ce concours, 11 écoles de la ville de Bobo-Dioulasso se sont inscrites et ont participé à la compétition, qu’est-ce qui vous a motivé pour votre part à participer à ce concours ?

Effectivement ça a été une très grande joie parce qu’on s’est dit qu’en prenant part à ce concours, notre structure allait être encore plus connue par rapport aux activités que nous sommes en train de développer au niveau de Bobo-Dioulasso. Comme c’était une première édition, nous avons estimé que comme nous avons presque tous les atouts, tous les éléments disposés à nous permettre vraiment d’y prendre part, on s’est jeté dedans pour que les choses puissent se dérouler comme il faut. Mais Dieu merci notre engagement, notre décision ont porté fruit avec tout ce que nous avons pu abattre comme travail au niveau de la structure tant au niveau des infrastructures mais aussi au niveau des enfants.

Vue du reste de ciment reçu comme premier prix de la meilleure école inclusive

Qu’avez-vous reçu comme prix ?

Nous avons reçu deux tonnes de ciment qui équivalent à 40 sacs plus une attestation de mérite. Ça nous a fait du bien.

Quels étaient les critères de sélection ?

Il y avait beaucoup de choses. Il était demandé que chaque structure dispose de rampes d’accès, prenne des dispositions pour que l’inclusion soit une réalité c’est-à-dire avoir des enfants autres que les enfants en situation de handicap qui sont mélangés aux enfants normaux et aussi les formations reçues sur l’inclusion au niveau du personnel étaient vraiment un atout. L’autre élément très important est de disposer de bons sanitaires pour les enfants, qu’ils soient en situation de handicap ou pas. Donc nous avons essayé d’avoir un peu tous ces éléments et c’est ça qui a prévalu à notre succès au niveau de ce concours.

Quel a été l’impact de ce concours au sein de l’établissement ?

Je pense que c’était quelque chose de positif. Nous avons pu réaliser des briques avec pour projet de développer des classes. C’est un projet qui est en cours et qui consiste à mettre en place au moins trois classes du préscolaire, refaire et réaménager les sanitaires pour les rendre plus modernes. Pour le moment, ce n’est pas encore une réalité mais nous souhaitons vraiment que d’ici là, nous puissions réaliser quelque chose.

Vue des briques confectionnées en vue de la construction de nouvelles classes

Avez-vous d’autres projets au-delà de ce prix ?

Oui parce que les projets au niveau de l’établissement ne manquent pas parce que comme nous agissons en faveur des enfants en situation de handicap et d’autres enfants. Aujourd’hui les enfants, bien vrai qu’ils sont encore petits et d’autres qui sont au niveau de la classe de CM2, au sortir de ces élèves, il faut vraiment tout faire pour les orienter dans les ateliers de formation professionnelle ou encore au collège. Mais au collège, tout dépendra de leur admission au certificat d’études primaires ou bien à l’entrée en 6e.

À défaut, avec les parents d’élèves on va essayer de leur trouver quelque chose surtout au niveau de la formation professionnelle pour leur permettre d’apprendre au moins un métier. En dehors de ça, on a pas mal de choses : il y a des formations des parents d’élèves et le renforcement des capacités des enseignants aussi en langues des signes, et aussi il faut penser au renforcement des capacités des chefs d’atelier de formation professionnelle et, pourquoi pas, des encadreurs pédagogiques pour leur permettre de pouvoir nous accompagner. S’ils nous accompagnent, comprennent et savent ce que c’est que la langue des signes, s’ils maîtrisent et pratiquent un peu, je pense qu’ensemble on pourra s’accompagner. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Haoua Touré
Lefaso.net

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