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Insertion socio-scolaire d’élèves déplacés internes à Bobo-Dioulasso : « Je me suis adaptée petit à petit à ma vie d’ici », confie Binta, élève déplacée interne

Publié le dimanche 19 février 2023 à 21h30min

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Insertion socio-scolaire d’élèves déplacés internes à Bobo-Dioulasso : « Je me suis adaptée petit à petit à ma vie d’ici », confie Binta, élève déplacée interne

Dans le but d’en savoir plus sur l’insertion socio-scolaire d’élèves déplacés internes dans la ville de Bobo-Dioulasso, Lefaso.net s’est intéressé au cas de Binta (nom d’emprunt) élève déplacée interne originaire de la Boucle du Mouhoun. Elle s’est confiée sur son insertion socio-scolaire après avoir dû quitter son village pour cause de terrorisme et s’inscrire dans un lycée de la place à Bobo-Dioulasso.

Selon le récit de Binta, tout a commencé en début septembre 2022 avec la toute première attaque des terroristes contre le commissariat de sa localité. A cette période, c’était toujours les vacances. En mi-septembre, les professeurs ont pu tenir leur rentrée administrative et le 1er octobre, élèves et enseignants ont effectué leur rentrée scolaire sans incident. Cependant, vers fin octobre, les terroristes sont venus saccager des services publics comme la mairie, la préfecture, l’inspection, en deux nuits successives…mais sans toucher aux infrastructures scolaires. Début novembre, ils reviennent une fois de plus et cette fois-ci pour incendier les antennes téléphoniques et informer la population du fait qu’ils ne veulent plus voir ni les policiers, ni les enseignants… en somme aucun fonctionnaire dans ce village. Cet avertissement a effectivement précipité le départ de tous les enseignants, professeurs, fonctionnaires et policiers au village.

Déboussolés, les élèves ne savaient plus quoi faire avec ce départ des enseignants. Le proviseur du lycée a proposé à ceux qui le peuvent, de trouver de la place ailleurs car il n’y avait pas autres solutions. Mais il avait promis néanmoins d’en référer à la direction régionale de l’éducation de Dédougou pour voir si des solutions pouvaient être trouvées. Plusieurs élèves sont restés trois jours au village sans réseau et donc aucun moyen de communiquer. Pour pouvoir communiquer, il fallait se rendre à deux ou quatre kilomètres du village pour pouvoir le faire.

Les parents de Binta ont pour leur part gardé espoir que le proviseur obtiendrait une solution rapide à la direction régionale de Dédougou pour Binta et sans doute pour d’autres élèves aussi. Cependant près d’une semaine après, aucune nouvelle ne vient du proviseur. C’est dans ces circonstances que Binta décide pour sa part de se déplacer. « J’ai décidé de me déplacer plutôt que d’attendre l’appel du proviseur, étant donné que j’étais en terminale, une classe d’examen et non une classe intermédiaire. Pour me rattraper, il fallait que je me lève tôt pour chercher la place de par moi-même ».

Binta informe alors ses parents de son désir d’aller chercher une place pour gagner du temps plutôt que d’attendre dans l’incertitude l’appel du proviseur. Le père de Binta l’autorise dès lors à se rendre à Bobo Dioulasso pour chercher une place dans un lycée.

Sitôt dit sitôt fait, Binta se rend à Bobo-Dioulasso pour un séjour d’une semaine chez ses oncles maternels. Ainsi, elle se renseigne au niveau de la direction provinciale de l’enseignement post-primaire et secondaire qui l’oriente vers l’annexe d’une école privée dans un quartier de la ville. Le problème de distance se pose et elle négocie avec le directeur de ladite école pour faire une permutation de place. Fort heureusement, cette procédure marche et elle obtient une place dans un autre lycée plus proche de son lieu d’hébergement. Ce changement brusque au niveau social et éducatif fut assez difficile pour Binta comme elle le confie : « Ça n’a pas été facile pour moi puisque nous étions familiarisés avec nos professeurs du village qui nous ont accompagné dans notre cursus scolaire de la 6e à la terminale. Donc avec ce changement brusque de professeurs, ça n’a vraiment pas été simple. Mais je me suis battue pour pouvoir suivre les professeurs d’ici et aussi pouvoir me rattraper en faisant beaucoup d’exercices et de recherches avec les élèves d’ici. Au fur et à mesure, j’ai pu m’adapter, j’arrive à suivre les cours et à comprendre l’explication des professeurs ».

Si au plan éducatif et social Binta s’est adaptée, elle dit éprouver des difficultés pour ses besoins personnels : « Je me suis adaptée petit à petit à ma vie d’ici et maintenant ça va. Sinon au début j’étais traumatisée et j’avais tout le temps peur. J’ai à manger, mais pour mes petits besoins c’est compliqué. Il me faut appeler les parents au village mais avec le problème de réseau, c’est difficile de les joindre pour qu’ils m’envoient de l’argent ».

Elle confie par ailleurs avoir encore la peur d’aller rendre visite à ses parents qui, habitués à la vie du village, ont décidé d’y rester avec les frères de Binta pour prendre soin de leurs champs. « J’ai peur de me rendre au village de façon occasionnelle. Souvent quand mon frère m’appelle du village et s’il insiste alors que je suis au cours, j’ai peur, je me dis qu’il va m’annoncer une mauvaise nouvelle », témoigne-t-elle.

Gardant l’espoir de lendemains meilleurs, Binta a trois objectifs en tête. Son premier objectif et son plus grand rêve est d’intégrer l’armée mais, dit-elle, « l’homme propose, Dieu dispose ».

Aussi, comme deuxième et troisième objectifs, elle compte soit poursuivre ses études à l’université après l’obtention de son baccalauréat ou interrompre ses études pour s’insérer dans le monde professionnel au cas où elle décroche un concours.

Il est à noter que le gouvernorat des Hauts-Bassins, sous l’égide du gouverneur le colonel Moussa Diallo, a diligenté en octobre 2022 un cadre de réflexion qui regroupe en plus du gouvernorat le Haut-commissariat du Houet, le conseil régional, la commune de Bobo-Dioulasso, les directeurs régionaux en charge de l’éducation et de l’action humanitaire de la région des Hauts-Bassins. Objectif, trouver des solutions pour l’insertion scolaire des élèves déplacés internes dont le nombre ne cessait de croître dans la région des Hauts-Bassins.

Ce cadre de réflexion s’était engagé depuis le mois d’octobre 2022 à recenser les élèves déplacés internes et à veiller à ce qu’ils soient recrutés gratuitement au niveau du public. Au niveau du privé, les acteurs du gouvernorat et leurs partenaires avaient opté pour la négociation pour l’inscription gratuite des élèves déplacés internes. Dans le cas de Binta, elle confirme n’avoir payé aucun franc pour son inscription dans son lycée privé d’accueil. Elle n’a payé que ses frais de dossiers d’examen du baccalauréat et a bénéficié de fournitures scolaires de la direction provinciale de l’enseignement post-primaire et secondaire. Ledit lycée accueille par ailleurs gratuitement une vingtaine d’élèves déplacés internes, selon les renseignements reçus.

Haoua Touré
Lefaso.net

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