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Pénurie du gaz à Ouagadougou : « Tu peux lancer une commande de 300 bouteilles de 12 Kg et ne recevoir que 150 », Sayouba Zongo, gérant d’un dépôt

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Publié le mardi 14 février 2023 à 22h05min

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Pénurie du gaz à Ouagadougou : « Tu peux lancer une commande de 300 bouteilles de 12 Kg et ne recevoir que 150 », Sayouba Zongo, gérant d’un dépôt

Depuis plusieurs mois, le gaz butane se fait rare au Burkina Faso et en particulier dans sa capitale Ouagadougou. Quelle que soit la marque de la bouteille, les populations de certaines villes du pays ont pour la plupart du mal à se la procurer. La pénurie de cette denrée a occasionné plus d’une fois la hausse de son prix, malgré la subvention de l’État. Cette situation crée beaucoup d’amertume dans le quotidien des citoyens qui ne savent plus à quel saint se vouer

Enfant au dos, une bouteille de gaz attachée à l’arrière d’un vélo, et pédalant sous un chaud soleil, voici ainsi dépeint la situation de plusieurs femmes à la recherche, sans succès, de gaz butane dans la capitale burkinabè. Nous sommes mercredi 25 janvier 2023, aux environs de 12h, ces femmes qui ont du mal à trouver du gaz pour des besoins domestiques ne sont point d’humeur à parler au micro d’un journaliste. Tant les signes de la fatigue et du désespoir se lisent sur leurs visages.

Après plusieurs tentatives d’arracher un mot à l’une d’entre elles rencontrée dans le quartier Tampouy, à proximité du collège Notre Dame de l’Espérance, communément appelé “Avé Maria’’, celle-ci nous informe que cela dure des jours qu’elle parcourt les quartiers sans gain de cause. Frustrée et abattue par ses vains efforts, elle ne nous en dira pas plus avec le pneu arrière de son vélo qui venait de crever. Comme on s’y attendait, cette dernière refusera également de se faire enregistrer ni se faire prendre en photo.

Une illustration de ces femmes qui peinent à se procurer du gaz à Ouagadougou

L’appel d’une citoyenne à l’endroit des autorités

Nous poursuivons alors notre chemin espérant rencontrer une dame qui accepte de s’exprimer devant notre caméra. Mais hélas, notre persévérance n’aura pas porté ses fruits ce jour-là.
Alors que nous étions de passage au quartier de Bissighin, situé sur la route nationale n°2 de Ouagadougou, nous apercevons en bordure de la voie, un attroupement. Nous sommes au mercredi 1er février 2023. Pour comprendre ce qui se passe nous nous approchons de plus près. Et là, nous voyons des femmes, des hommes, des jeunes mais aussi des enfants alignés en file indienne pour ne pas rater cette belle opportunité d’obtenir du gaz. Ici encore, nous serons face à la réticence de plusieurs personnes de nous accorder ne serait-ce qu’une minute pour dire ce qu’elles pensent de la pénurie du gaz.

File d’attente dans un point de vente de gaz à Bissighin, quartier situé dans l’arrondissement n°8 de Ouagadougou

Biba Sawadogo, l’une des dames venues s’approvisionner en gaz, accepte cependant de se confier. Cependant, elle s’oppose à un enregistrement vidéo. « Ce n’est pas simple, c’est très difficile en ce moment de trouver du gaz. Et ce, peu importe la marque de la bouteille. Cela fait plus de deux semaines que je n’ai pas de gaz. Et nous nous rendons tous les jours ici pour espérer en trouver. Soit nous procédons par consignation pour que l’on nous fasse appel lorsque le gaz est disponible, soit c’est par coup de chance pendant notre passage comme aujourd’hui. », a-t-elle déclaré pour nous expliquer les difficultés qu’elle rencontre dans la recherche du gaz.

« La commande n’est pas satisfaite à 100% »

Face à cette pénurie devenue de plus en plus récurrente qui entraine la vente du gaz dans des circuits parallèles et un renchérissement des prix (à certains endroits, il est vendu entre 2500 et 3000 FCFA) malgré sa subvention par l’État. Madame Sawadogo demande aux autorités de bien vouloir se pencher sur cette problématique afin d’alléger la souffrance des populations. « Mais si nous n’avons pas le choix, nous serons obligés de nous rabattre sur le bois de chauffe. Ce qui va provoquer davantage l’avancée du désert », a-t-elle rappelé.

« Parce que le gaz est d’une grande utilité pour nous. Il nous permet d’éviter la coupe abusive du bois », Biba Sawadogo, citoyenne

Ainsi, son souhait est de voir l’État prendre à bras le corps cette situation pour que la disponibilité du gaz soit désormais permanente.
Pour comprendre les causes de cette pénurie intempestive, nous avons rencontré le gérant d’un dépôt de gaz de marque Oryx dans la ville de Ouagadougou. En effet, pour Sayouba Zongo, le problème de disponibilité du gaz s’est accentué à partir du mois de novembre 2022. « Depuis le mois de novembre à aujourd’hui, le même client peut défiler jusqu’à dix fois dans notre dépôt pour se procurer du gaz », a-t-il indiqué.

« Le fait de ne pas pouvoir nous fournir les quantités que nous commandons, nous handicap face aux charges que nous avons à couvrir », Sayouba Zongo, gérant d’un dépôt de gaz Oryx à Tampouy (arrondissement n° de Ouagadougou)

Effectivement, avant que M. Zongo nous accorde cet entretien, une cliente était de passage pour acheter la bouteille de 12 kg qui était indisponible. À la question de savoir à quel niveau se situe le problème, le gérant du dépôt affirme que les camions, qui mettaient une journée au sein de la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) pour s’approvisionner, mettent désormais plus de temps que prévu.
« Le problème se pose au niveau de la SONABHY. Car le camion qui devait attendre un jour à la SONABHY se retrouve à faire trois jours afin d’être chargé pour à son tour ravitailler les différents distributeurs agréés que nous sommes », a-t-il souligné.

Les100% de vos commandes sont-elles satisfaites ?, demandons-nous à notre interlocuteur. « La commande n’est pas satisfaite à 100%. Si je prends le cas des bouteilles de 12 kg, tu peux lancer une commande de 300 bouteilles et n’en recevoir qu’entre 100 et 150 », répond M. Zongo.

Avant de mentionner qu’il y avait auparavant de la diligence dans la livraison des bouteilles de gaz et les commandes étaient respectées à la lettre. « Bien avant le mois de novembre 2022, quel que soit le nombre de bouteilles que vous commandez, la livraison est automatiquement faite dès le lendemain. Si tu commandais par exemple 300 bouteilles, tu recevais sans problème tes 300 bouteilles », dit-il.

Le dépôt de gaz géré par Sayouba Zongo

Cette situation qui engendre beaucoup de perturbations dans la commercialisation du gaz ne lui permet plus de pourvoir satisfaire sa clientèle, déplore-t-il. Cela conduit même plusieurs personnes à poursuivre le camion chargé de gaz, jusqu’à sa destination. Ce, afin d’avoir la certitude de pouvoir s’acheter une bouteille, laisse-t-il entendre.

La réaction de Sodigaz

Plusieurs personnes à qui nous avons posé la question de savoir qui était le fournisseur du gaz attitré au Burkina Faso, ont répondu que c’était la Sodigaz. Une réponse que va démentir Noraogo Sawadogo, directeur de la communication et des affaires corporatives de Sodigaz APC, lorsque nous sommes allé à sa rencontre dans le quartier de Pissy pour éclairer la lanterne des citoyens.

« Chaque année, nous nous battons pour satisfaire le maximum des Burkinabè partout où cela est nécessaire. C’est ce que nous nous sommes fixé comme objectif. Cependant, quel que soit le nombre de bouteilles dont nous disposons, c’est des bouteilles pleines dont les gens ont besoin. Et nous ne sommes pas ceux-là qui remplissent les bouteilles de gaz. Nous emmenons nos bouteilles à la SONABHY, et c’est elle seule qui détient le monopole de l’emplissage des bouteilles », a précisé M. Sawadogo.

À en croire ses propos, un marketeur ne peut servir à ses clients que les quantités qui sont fournies par la SONABHY. Car la loi dispose que c’est la seule entité nationale habileté à importer, stocker et emplir les bouteilles de l’ensemble des marketeurs. Selon lui, le phénomène de pénurie du gaz au Burkina Faso est désolant, d’autant plus que le gaz figure de nos jours parmi les besoins essentiels des populations.

« Nous sommes vraiment désolés de devoir encore une fois réagir sur la pénurie du gaz. Notre souhait le plus ardent était qu’une solution soit rapidement trouvée à ce problème qui perdure. Parce que cela fait mal au cœur quand on voit ces consommateurs parcourir de longues distances pour s’offrir du gaz. C’est triste lorsque l’on voit des gens qui suivent nos camions pour savoir quelles sont leurs destinations pour aller chercher du gaz », s’est-il indigné.

Pour M. Sawadogo, la hausse du nombre de nouveaux consommateurs s’évalue autour de 13% l’an. Un taux qui a connu aujourd’hui une croissance avec la survenue de la crise sécuritaire. Car, affirme-t-il, les personnes déplacées internes (PDI) qui étaient des ruraux, constituent de nouveaux consommateurs du gaz. D’autant plus que les PDI, refugiés dans les villes à cause du terrorisme, n’ont plus d’autres alternatives que d’utiliser le gaz, ne pouvant plus exploiter le bois de chauffe et le charbon qui se font aussi rares sur le marché.

« Je le répète à toute et à tous, seule la SONABHY rempli les bouteilles de gaz des marketeurs à Ouagadougou comme à Bobo-Dioulasso », Noraogo Sawadogo, directeur de la communication et des affaires corporatives de Sodigaz APC

« Il est évident que ceux-là même qui étaient réticents à utiliser le gaz en sont devenus des consommateurs aujourd’hui. C’est pourquoi il est capital de comprendre que le stock total de gaz disponible dans le pays ne suffise plus. Parce que le nombre des consommateurs ayant connu une croissance fulgurante fait que les quantités servies aux marketeurs n’arrivent plus à couvrir les besoins », soutient M. Sawadogo.

Le directeur de la communication et des affaires corporatives de Sodigaz APC émet le vœu que les promesses de réformes faites par le ministère du Commerce lors de la crise du carburant puissent s’étendre au secteur du gaz. Il appelle par conséquent l’État burkinabè à réunir l’ensemble des acteurs de la chaîne autour d’une table de discussions en vue de trouver des solutions concrètes au problème du gaz. À ce titre, M. Sawadogo estime d’ores et déjà que le secteur privé a les moyens de contribuer à la résolution de cette problématique.

Dans la même dynamique de vouloir éclairer l’opinion publique et dans le souci de l’équilibre de l’information, nous avons joint la SONABHY le 23 et le 25 janvier 2023 pour obtenir une réaction de la société sur la question de la pénurie du gaz. La société nous avait promis de nous revenir.

Nous sommes ainsi restés sans réponse de la SONABHY jusqu’à ce que paraisse dans les journaux l’article intitulé : Perturbations de la distribution du gaz : Immersion sur les sites de dépôts de Bingo à Ouaga et Péni à Bobo pour comprendre les raisons

Hamed NANEMA
Lefso.net

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