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Moov Africa Burkina : Les travailleurs interdits d’accéder aux locaux

Publié le vendredi 30 décembre 2022 à 22h55min

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Moov Africa Burkina : Les travailleurs interdits d’accéder aux locaux

Les mouvements d’humeur des travailleurs de Moov Africa Burkina ont repris encore ce vendredi matin 30 décembre 2022 à Ouagadougou, depuis la direction générale du réseau mobile.

Aux différentes entrées de la structure, sont postés des policiers CRS pour empêcher les grévistes d’y entrer. Aux abords de la voie qui traverse la direction générale de l’opérateur de téléphonie mobile, Moov Africa Burkina, travailleurs et forces de l’ordre s’observent.

Des heurts ont failli éclater entre les travailleurs et ces policiers, lorsque ces derniers ont voulu détacher les banderoles affichées au pied de la direction. Sur ces banderoles, l’on peut lire des messages comme « Les Burkinabè ne sont pas des sous hommes. Seule la lutte libère » et « Monsieur le directeur général, halte aux injures ».

Les travailleurs tenant les banderoles en face de la Direction générale de Moov Africa Burkina

Le Syndicat national des travailleurs des télécommunications dénonce entre autres une mauvaise gestion de la société. « Les travailleurs sont disponibles pour sortir de cette crise. Nous avons même fait des propositions qui sont balayées du revers de la main par le directeur général. C’est le mépris total ! Quand on veut réellement résoudre une crise on doit pouvoir s’asseoir sereinement pour la régler une bonne fois pour toute. Mais si au lieu de cela, l’on fait face au mépris, à l’arrogance, ça devient compliqué. Nous ne pouvons pas admettre que des gens viennent pour gérer l’Onatel (devenu Moov Africa Burkina) et nous réduisent en esclaves ! », s’est indigné François Sandwidi, salarié à Moov Africa Burkina.

L’Onatel est en déclin, selon M. Sandwidi, soulignant, que même l’organe de régulation des téléphonies mobiles, l’ARCEP, l’a bien attesté. « Nous sommes en régression, alors que nous étions les leaders du domaine. Nous dénonçons également le mauvais management de nos premiers responsables. Car un patron doit être en bons termes avec ses employés. Ce qui n’est pas le cas ici », déplore-t-il.

« C’est le mépris total », regrette François Sandwidi, travailleur de Moov Africa Burkina

À en croire M. Sandwidi, en plus, de ne plus rien apporter à la boîte, ces responsables en question travaillent à « bazarder » le patrimoine acquis. « On a même la preuve du terrain qu’ils ont vendu à projet ZACA. Sans parler de ce dont on a pas encore de preuve », confie-t-il.

Des tensions ont eu lieu la veille du présent évènement pour les mêmes raisons. Cependant, les salariés de Moov Africa disent avoir su raison garder pour ne pas en venir aux extrêmes. Venus ce matin comme d’habitude pour exercer leurs fonctions, François Sandwidi dit avoir été surpris de constater que les CRS possédaient une liste pour décider de qui peut ou ne peut pas accéder à l’entreprise.

Pour soulager la dame qui s’est écroulé, un bronchodilatateur lui est administré bien avant d’être évacuée dans un centre de santé le plus proche

Début des hostilités

Après cette interview que nous a accordée M. Sandwidi, le mot d’ordre est lancé pour s’introduire au sein de la direction générale. « Nous voulons travailler ! », clamaient-t-ils en avançant vers le portail.
L’entrée bloquée par les forces de l’ordre, les manifestants ont dû forcer le passage. Il est environ 11h, lorsqu’ils réussissent à accéder aux locaux, chantant l’hymne national tout en ayant les mains en l’air. Cependant, ce triomphe n’aura duré qu’une poignée de minutes. Car aussitôt entrés, les protestataires ont été obligés de rebrousser chemin.

Les gaz lacrymogènes projetés dans la cour où sont allés se réfugiés les manifestants

Sous l’effet des gaz lacrymogènes, une femme s’écroule, et les grévistes sont dispersés. Plusieurs souffrent des conséquences de ce produit chimique, dont une journaliste de BF1 qui a dû prendre la clé des champs pour éviter le pire. Certains d’entre eux qui se sont retranchés dans la cour d’en face, ont été rejoints par les CRS. En vue d’avoir la maîtrise de la situation, les forces de l’ordre ont interdit l’accès des deux entrées.

À l’issue de ces épisodes, nous rejoignons quelques-uns des travailleurs abrités dans une des cours pour recueillir leurs réactions face à ce qui venait de se produire. Bonaventure Kafando est celui qui se porte volontaire. « Comme vous l’avez constaté, on nous a empêché d’accéder à notre lieu de travail et seuls les Marocains avaient eux, ce droit-là. Chose que nous trouvons anormal, car on ne peut chasser des Burkinabè au profit de travailleurs marocains », est-il revenu sur les faits, tout révolté.

Bonaventure Kafando, travailleur à Moov Africa Burkina, tient l’une des bombes lacrymogènes utilisées contre eux

M. Kafando n’en revient pas devant cette situation. Comment comprendre que des gens qui viennent se faire de l’argent dans un pays, l’exploitent et vont jusqu’à chasser même les travailleurs à leur profit ?, s’interroge-t-il. Pour lui, il est hors de question d’accepter cela.

En rappel, la crise entre les responsables de Moov Africa Burkina et ses travailleurs dure depuis le 17 novembre 2022. Ce “torchon brulant” demeure la satisfaction de la plateforme revendicative des travailleurs. Outre la gestion de l’entreprise, ils déplorent aussi le faible niveau d’investissement et le non-respect du cahier de charges en matière de recrutement du personnel.

Hamed NANEMA
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 30 décembre 2022 à 13:07, par A qui la faute ? En réponse à : Moov Africa Burkina : Les travailleurs interdits d’accéder aux locaux

    Vous avez vu ? quand on veut éviter la casse et la délinquance on peut. Sauf quand ça arrange l’Etat.
    Quant au fond du problème, il faut aller voir l’Etat. Les marocains sont là pour se faire le maximum de frics avec toujours toujours la validation de l’Etat. Si on ne demande assez de comptes aux décideurs ils continuent de vendre le pays. C’est la preuve que l’ont tape souvent sur les mauvaises personnes, puisque le problème est toujours le même

  • Le 30 décembre 2022 à 13:30, par TANGA En réponse à : Moov Africa Burkina : Les travailleurs interdits d’accéder aux locaux

    Si on peut empêcher RFI d’être là et semer la merde, alors on peut empêcher un directeur étranger d’être là et insulter, fustiger les Burkinabè.
    Il fait que ça se resolve, si non les travailleurs souffrent et seront peut être capables d’autres choses

  • Le 30 décembre 2022 à 14:00, par Jonassan En réponse à : Moov Africa Burkina : Les travailleurs interdits d’accéder aux locaux

    Si eux-là étaient des français le traitement et la mobilisation pour la cause auraient été différente. Ceux-là sont des arabes alors chers travailleurs, vous n’avez aucune chance de compassion de la part de la rue.

  • Le 30 décembre 2022 à 17:42, par S. DIALLO En réponse à : Moov Africa Burkina : Les travailleurs interdits d’accéder aux locaux

    A la privatisation Maroc telecom possédait 51% le Burkina 26% et le reste des 23% à la Bourse. Dans les 26% de l’état il y’avait les 10% prévu pour être cédé au travailleurs mais ces derniers dans leur gloutonnerie voulaient les actions cadeaux ce qu’on a jamais vue et résultat des comptes contrairement à leurs homologues sénégalais qui ont pu posséder 10% des actions ( à prix réduit) de la SONATEL lors de la privatisation de leur société, les Burkinabé de l’ONATEL se sont retrouvés sans actions. Le PF Roc Marc Christian KABORE avec son argentière Rosine Sori-Coulibaly ont rétrocédé ensuite encore 10% à Maroc telecom qui se retrouve aujourd’hui avec 61% du capital contre 16% à l’état. Sur le marché des télécoms Burinabè Orange Burkina s’arroge 60% du marché Moov Burkina (ONATEL) 33% et Telecel 7% . En 2021 ORANGE Burkina a fait 283 milliards de chiffre d’affaire contre 154 pour ONATEL.
    Ces travailleurs qui ont des réflexes de fonctionnaires burkinabés oublient que la société est privée et dans un secteur concurrentiel ( il’ya 12 ans quand ONATEL fonctionnait avec environ 700 agents Airtel Faso n’avait que 400 agents) . Il ne sont pas conscients qu’il faut se battre contre les concurrents pour ne pas perdre des parts de marché mais hélas…..A mon humble avis il faut une nouvelle génération de travailleurs à l’ONATEL pour relever les défis auxquels la société est confrontée.

    • Le 31 décembre 2022 à 21:46, par Renault HÉLIE En réponse à : Moov Africa Burkina : Les travailleurs interdits d’accéder aux locaux

      @S. DIALLO
      M. DIALLO, vous êtes certainement plus compétent que moi pour diagnostiquer, mais je suis d’accord avec vous. Le mal terrible du Burkina Faso depuis un demi-siècle est la « fonctionnarite ». 90% des jeunes lycéens burkinabè de 18 ans se rêvent déjà fonctionnaires avec un beau ventilateur-climatiseur, et sortie à 15h pour le maquis-poulet-télévisé-3-Brakinas.
      Le mot « entreprise privée qui travaille » est considéré comme obscène par les petits « lettrés », et depuis longtemps.

  • Le 30 décembre 2022 à 19:02, par akenaton En réponse à : Moov Africa Burkina : Les travailleurs interdits d’accéder aux locaux

    BONJOUR
    concentrons nous sur la question sécuritaire.
    c’est simple.
    on ne doit pas se laisser distraire
    chassez le Directeur
    envoyez les CRS au front pour gazez les terroristes
    reprenez les toutes les sociétés qu’on nous a soutirez, avec cette escroquerie de programme d’ajustement structurel accompagné de ces privatisations.

    toute cette scène me rappelle cette citation de THOM SANK :
    ( Il n’y a plus de duperie possible. Le Nouvel Ordre Economique Mondial pour lequel nous luttons et
    continuerons à lutter, ne peut se réaliser que :
    – si nous parvenons à ruiner l’ancien ordre qui nous ignore,
    – si nous imposons la place qui nous revient dans l’organisation politique du monde,
    – si, prenant conscience de notre importance dans le monde, nous obtenons un droit de regard et de
    décision sur les mécanismes qui régissent le commerce, l’économie et la monnaie à l’échelle planétaire......)

  • Le 31 décembre 2022 à 10:45, par TANGA En réponse à : Moov Africa Burkina : Les travailleurs interdits d’accéder aux locaux

    M’saam biisih, directeurs yaa larbah.
    Pourquoi l’état ne reprend t il pas L’ONATEL ?
    La boîte pourra être revendue a Appoli ire COMPAORE de TELECEL. Lui au moins est Burkinabè.

  • Le 31 décembre 2022 à 12:47, par clairvoyance En réponse à : Moov Africa Burkina : Les travailleurs interdits d’accéder aux locaux

    Il faut que les travailleurs de l’ONATEL se ressaisissent et se débarrassent de leur esprit de fonctionnaire qui les animent toujours. L’ONATEL n’est plus une société d’État, c’est fini cà ! C’est devenu la propriété de quelqu’un et il en fait ce qu’il veut, pour peu qu’il n’enfreigne pas aux lois du pays. L’Etat même n’y peut rien. L’ONATEL est maintenant géré en mode purement privé ; où le propriétaire ne cherche que le profit maximum. Donc tout ce qu’il peut faire pour économiser de l’argent et se faire du bénéfice, il est preneur, pourvu que les décisions ne soient pas en porte-à-faux avec les lois. Si les décisions des dirigeants conduisent l’entreprise à la faillite, c’est leur problème et personne n’y peut rien. Est-ce qu’on voit des mouvements d’humeurs chez les opérateurs privés ? Mais il y a certainement des problèmes similaires que ce que les travailleurs de l’ONATEL soulèvent ; mais C’est la loi du privé qui s’applique : Le propriétaire avec sa chose. Il faut continuer dans la concertation ; mais au finish vous êtes obligés de vous contenter de ce qu’il vous accorde. Si les travailleurs n’ont pas encore compris ça il y aura toujours des problèmes.

  • Le 1er janvier 2023 à 10:32, par Jepenseque En réponse à : Moov Africa Burkina : Les travailleurs interdits d’accéder aux locaux

    Jepenseque S. DIALLO a tout dit.
    Les agents de ONATEL même sont les mieux payés sur la place. Ils n’ont rien à envier à des banquiers côté salaire.
    Mais comme l’africain reste ce qu’il est voilà. Des revendications bidons pendant que vous êtes à l’aise ??
    Restez la seulement.
    Leur prime annuelle la plupart du temps c’est des prêt qu’un fonctionnaires catégorie A avec bonne ancienneté ne peut avoir que sur 5ans.
    Donc imaginer leur aisance. La moyenne de leur salaire c’est le million

  • Le 4 janvier 2023 à 08:01, par Alpha2025 En réponse à : Moov Africa Burkina : Les travailleurs interdits d’accéder aux locaux

    Il faut toujours avoir à l’esprit, l’intérêt des générations futures lors des prises de décision. A la privatisation, on a cédé L’ONATEL corps et biens à MAROC TELECOM. Il eu fallu créer une société de patrimoine, et une société d’exploitation, comme cela a été le cas pour les chemins de fer. Il fallait aussi autoriser l’exploitant à recruter son personnel comme il voulait. Nous prenons souvent des décisions contre productives au nom de la préservation de l’emploi. Les revendications des travailleurs de L’ONATEL sont compréhensibles, sauf que c’est maintenant une société privée, qui est gérée avec une logique de profit maximum. Cependant, les engagements pris à la privatisation doivent être respectés par toutes les parties. A l’Etat aussi d’exiger cela (s’il en est capable). A toutes les parties de s’asseoir maintenant pour trouver une solution. A la base, le contrat est boiteux. Les marocains le savaient bien. Les burkinabè ont fait semblant de l’ignorer. Maintenant, il faut une solution.

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