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Corruption et terrorisme : « La sécurité est un bien sensible, mais pas exempt du principe de transparence », relativise Issouf Ouattara du CIFOEB

Publié le lundi 12 décembre 2022 à 23h22min

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Corruption et terrorisme : « La sécurité est un bien sensible, mais pas exempt du principe de transparence », relativise Issouf Ouattara du CIFOEB

Dans le cadre de la 17e édition des Journées nationales de refus de la corruption, le Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC) a organisé un panel, vendredi 9 décembre 2022 à Ouagadougou. Réunis autour de l’enseignant-chercheur en philosophie, Mahamadé Ouédraogo, les panélistes ont exposé autour du thème de ces journées : « Corruption et terrorisme au Burkina : quelles perspectives ? »

Issouf Ouattara du Centre d’information, de formation et d’études sur le budget (CIFOEB) a ouvert le bal des communications avec le sous-thème « Transparence et redevabilité des dépenses dans les secteurs de La Défense et de la sécurité ». Initialement, ce sous-thème devait être développé par le panéliste et un représentant du ministère de la Défense nationale. « Mais compte tenu des impératifs, informe le RENLAC, ce dernier ne sera pas présent. »

De la disponibilité de l’information et de la gestion budgétaire

« La transparence budgétaire se définit avant tout par l’accès à l’information par les citoyens. L’argent public, c’est l’argent que le citoyen a accordé à travers ses impôts. Il est normal qu’il soit informé sur comment cet argent est distribué », a indiqué Issouf Ouattara, avant d’ajouter qu’en plus de la disponibilité de l’information, le CIFOEB s’intéresse à la gestion budgétaire notamment aux marchés publics, au processus de publication jusqu’à la livraison du bien ou du service.

Issouf Ouattara du CIFOEB a exposé sur la transparence et la redevabilité des dépenses dans les secteurs de la défense et de la sécurité

« Dans le domaine de la défense et de la sécurité, la publicité n’est pas la pratique la plus courante. La défense et la sécurité font partie des biens publics, c’est-à-dire que ce sont des biens qui ne sont pas exclusifs. La sécurité est un bien sensible, mais ça ne veut pas dire que c’est un bien exempt du principe de transparence, du principe de l’accès à l’information », a déclaré le panéliste. Pour lui, si les autorités militaires donnent par exemple l’information qu’elles ont acquis un hélicoptère, alors elles ne devraient entretenir le mystère sur le coût de l’appareil.

Des réticences malgré les textes

Dans son exposé sur « Secret-défense et contrôle des dépenses de l’armée », Constant Ouédraogo de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat et de Lutte contre la corruption (ASCE-LC) dira que l’institution rencontre des difficultés pour l’obtention de certaines pièces justificatives de dépenses, en vertu du secret-défense dans l’exécution des contrôles.

Selon Constant Ouédraogo, les contrôleurs de l’ASCE-LC rencontrent des réticences pour l’obtention de certaines pièces justificatives de dépenses

« Depuis 2016, nous faisons des audits, mais nous rencontrons des réticences pour l’obtention de certaines pièces justificatives de dépenses. Pourtant, l’article 47 de la loi organique de l’ASCE-LC stipule que dans l’exécution de leurs missions, les membres de l’ASCE ne reçoivent instruction d’aucune autorité extérieure », précise Constant Ouédraogo. A l’en croire, les contrôleurs d’Etat ont des statuts d’officiers de police judiciaire, et le secret-défense ne devrait pas leur être opposé.

Le secret-défense, « une fenêtre ouverte aux abus »

Pour le panéliste, le recours au secret-défense est parfois une fenêtre ouverte pour des abus de tout genre dans la gestion des ressources : non-respect du mode de passation des marchés, non-respect du principe de traitement égalitaire, surfacturation, non-exigence des quittances d’achat, etc.

Comme piste de solution, il a recommandé une clarification du concept de secret-défense pour un meilleur encadrement sur le terrain et un renforcement des capacités de l’Inspection générale des forces armées nationales pour lui permettre d’assurer son rôle d’anticipation et de contrôle. Constant Ouédraogo prône, dans le cadre de l’exécution des marchés, que les acteurs constituent des garanties de bonne exécution pour éviter les pertes.

Atiana Serge Oulon, journaliste d’investigation

Des « brebis égarées » dans tous les corps de métier

Dans son exposé, le directeur de publication du bimensuel l’Événement, Atiana Serge Oulon, a fait un tour d’horizon des manifestations de la corruption dans le milieu des Forces de défense et de sécurité : eaux et forêts, douanes, sécurité pénitentiaire, police municipale, police nationale et gendarmerie, armée nationale. Les exemples de « brebis égarées » sont légion dans tous les corps de métier. À titre d’illustration, l’ancien directeur de la Maison d’arrêt et de correction de Ziniaré a été jugé et condamné pour des faits d’extorsions sur des détenus. Un juge d’instruction qui a reçu une partie des cadeaux a, lui aussi, été condamné.

« Pour 2020 et 2021, plus d’un milliard trois cent cinquante mille francs CFA ont été dépensés en termes de frais de fonctionnement des Volontaires pour la défense de la patrie, étant donné que chaque groupe de VDP doit percevoir 200 000 FCFA par mois. Et il y a beaucoup de témoignages sur cette question. L’argent n’est souvent pas versé et il y a toute une panoplie de droits que les VDP devraient pouvoir avoir, mais ils ne l’ont pas. Il y a par exemple le soutien financier aux ayants droit des VDP qui décèdent au front, la prime d’invalidité qui devrait être payée chaque mois pendant cinq ans pour chaque VDP blessé », a confié Atiana Serge Oulon.
« Mieux vaut se tromper en agissant que de refuser d’agir »

Le contrôleur général de police à la retraite, Paul Sondo, appelle les Burkinabè à une profonde introspection

Pour le contrôleur général de police Paul Sondo, lorsque s’installe la corruption au cœur de la défense et de la sécurité, « ses effets sur la paix et la sécurité peuvent être catastrophiques et entraîner la dégradation de la sécurité humaine, l’effondrement de l’Etat de droit et la perte de confiance dans les institutions ». Il a souhaité que chaque Burkinabè fasse une introspection et prenne des engagements fermes pour lutter contre le fléau. « C’est à ce prix, pense-t-il, que nous redonnerons à notre pays sa légendaire réputation de pays des hommes intègres ». En citant l’Américain William Gilmore Simms, il dira que « mieux vaut se tromper en agissant que de refuser d’agir ».

Fredo Bassolé
Lefaso.net

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