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Béchir Ben Yahmed : Mort d’un patron de presse

Accueil > Actualités > Multimédia • par Jean-Pierre Béjot, fondateur de La Dépêche Diplomatique • mercredi 5 mai 2021 à 16h42min
Béchir Ben Yahmed : Mort d’un patron de presse

Jean Peter, l’initiateur, Affif Ben Yedder, le continuateur, Serge Marpaud, l’imprimeur, Georges Ghosn, le « fossoyeur » (cette caractérisation n’est pas de moi mais dit bien ce qu’elle veut dire). En plus de cinquante années encarté comme journaliste, « spécialiste de l’Afrique » (mais qui peut avoir cette prétention ?), j’ai connu des figures significatives de l’édition et de la presse panafricaine dans le cadre de Ediafric, Marchés Tropicaux, Marchés africains…

Mais, dans cette aventure qu’aura été ma vie professionnelle (que je ne peux pas dissocier de ma vie tout court), il y a un fil rouge : Béchir Ben Yahmed. Un patron de presse, plus encore, le patron du groupe Jeune Afrique.

Je suis de la génération des indépendances africaines et, surtout, des luttes pour ces indépendances. Economiste, j’avais choisi, dès 1967, de me spécialiser en rejoignant l’institut africaniste de la Sorbonne. C’est dire que Jeune Afrique a accompagné, semaine après semaine, mon parcours intellectuel et professionnel. C’est en 1970, de retour de Zanzibar et de Tanzanie où j’avais étudié le « socialisme » (Ujamaa) de Julius K. Nyerere, que j’ai eu mon premier contact avec Béchir. Mais l’Afrique orientale n’intéressait pas ses lecteurs et du même coup Béchir lui-même. J’ai donc fait carrière ailleurs.

Ce n’est qu’en 1987 que Béchir m’a appelé. Sophie Bessis était alors rédactrice en chef de Jeune Afrique Economie, le mensuel spécialisé du groupe. Mais indisponible un certain temps. Béchir m’a proposé d’assurer son intérim. C’était un temps partiel ; cela m’était possible. Après que Béchir ait fait réalisé, comme il en avait l’habitude, une analyse graphologique, restait à passer l’épreuve qu’il affectionnait : vous mettre entre les mains un article de The Economist et vous demander ce que vous en pensez. J’étais bon pour le service. Avec même un « rab » : ayant longtemps exercé dans les newsletters, j’ai eu à assumer la rédaction de Télex Confidentiel.

A la fin de l’année 1988, l’homme d’affaires camerounais Blaise Pascal Talla – pour le compte de qui j’avais réalisé au printemps 1988 un énorme hors série sur le Cameroun de Paul Biya – a « racheté » Jeune Afrique Economie. Il m’a demandé de mettre en place la transition entre le groupe de Béchir et sa propre société d’édition : Gideppe. L’opération a été menée, confidentiellement, à Washington alors que j’étais en reportage au sein du FMI où Alassane D. Ouattara était sur le départ pour rejoindre le gouvernorat de la BCEAO.

La cession se passera mal. C’était un marché de dupes dont personne ne voulait être la… dupe. Et pourtant. Cette rupture m’a amené à côtoyer Béchir plus que je ne le faisais lorsque j’étais un de ses rédacteurs en chef. L’estime que nous avions l’un pour l’autre (et moi surtout pour lui ; mais il appréciait ma capacité de travail, ma connaissance des dossiers et du terrain) n’a pas, pour autant, été remise en question.

Au printemps 1995, alors que mes relations avec Talla n’étaient plus ce qu’elles avaient été, Béchir m’a recontacté. Il avait eu vent de nos dissensions. Il souhaitait que je réintègre son groupe comme rédacteur en chef. Il m’a, à nouveau, soumis à une analyse graphologique. J’étais cette fois encore bon pour le service. Nous avons multiplié les contacts téléphoniques, les rencontres dans ses nouveaux locaux ; son épouse, Danielle, a participé à quelques uns de nos entretiens. Je n’ai pas donné suite à ses propositions. Le JA de 1995 n’était plus celui des années 1970-1980. Je n’étais plus le même homme non plus : j’avais d’autres exigences professionnelles.

Avenue des Ternes, c’était autre chose !

J’avais la nostalgie du JA de l’avenue des Ternes où on côtoyait des personnalités incontournables du continent. Les journalistes économiques n’y étaient pas bien vus des journalistes politiques, vraies stars du groupe. Les journalistes africains étaient chez eux ; c’était un mode de vie. Pour beaucoup d’entre eux, nous n’étions que des pros de l’info, rien d’autre. Ce n’était pas totalement faux. Sauf qu’il faut bien des pros de l’info pour assurer les fins de mois des entreprises de presse.

A la fin des années 1980, François Soudan n’était encore qu’un journaliste n’ayant pas accédé aux responsabilités qui sont les siennes depuis. Zyad Limam, le beau-fils de Béchir, débarquait des Etats-Unis et s’essaya au reportage vidéo dans le cadre de JA avant de se consacrer à Afrique Magazine qui, par la suite, prendra son autonomie. Christine Kerdellant débutait ; depuis, elle a fait carrière dans la presse économique française. Hugo Sada cherchait encore sa voie entre édition, politique et organisations internationales. Aldo de Silva était l’interface entre les rédactions et la fabrication. Chantal Landry s’efforçait d’assurer une gestion toujours chaotique. Combien d’autres ont marqué de leur empreinte l’histoire du groupe.

Avenue des Ternes, il n’y avait ni confort ni véritables moyens. On se battait pour accéder à un poste téléphonique. JAE travaillait dans des locaux provisoires. Un provisoire qui n’aura jamais cessé de durer. Mais quand nous étions sur le terrain pas besoin de présenter Jeune Afrique. Tout le monde savait qui nous étions. Les envoyés spéciaux de Béchir Ben Yahmed !

Jean-Pierre Béjot
La Ferme de Malassis (France)
4 mai 2021

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