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Situation des enfants au Burkina : Trois questions à la Représentante de l’UNICEF au Burkina Faso, Dr Anne Vincent

Accueil > Actualités > Société • LEFASO.NET • mardi 15 octobre 2019 à 22h30min
Situation des enfants au Burkina : Trois questions à la Représentante de l’UNICEF au Burkina Faso, Dr Anne Vincent

La Représentante de l’UNICEF au Burkina Faso se prononce sur la réponse de l’UNICEF à la situation d’urgence liée à l’accélération de la violence et de l’insécurité dans le pays, notamment au Nord et à l’Est. Dans cette interview, Dr Anne Vincent dresse un état de la situation et les réponses qu’apporte l’UNICEF face à la crise.

Face à la crise grandissante, quelle est la situation des enfants au Burkina Faso ?

Le Burkina Faso fait face à une situation très inquiétante pour les enfants avec l’accélération de la violence et de l’insécurité dans le pays, notamment au Nord et à l’Est. On estime que 1,5 million de personnes nécessitent une aide humanitaire d’urgence dont 840 000 enfants. Plus de 480 000 personnes sont aujourd’hui déplacées pour la plupart des enfants et des femmes. Un tiers du territoire national est aujourd’hui touché par l’insécurité, rendant difficile l’accès aux populations dans le besoin.

Des villages entiers se vident à la suite d’attaques perpétrées par des groupes armés non identifiés. Des familles fuient cette horreur en laissant derrière elles, leurs biens, leurs moyens de subsistances et trop souvent des proches tués lors de ces assauts. Les témoignages des enfants et des adolescents qui sont pris en charge dans les centres soutenus par l’UNICEF sont effrayants. Ils sont traumatisés par les tueries auxquelles ils ont assisté. Ils sont en état de choc d’avoir été contraints de quitter leur foyer, leur école, leurs amis derrière eux.

Avec plus de 400 incidents sécuritaires depuis le début de l’année, le pays voit ses services sociaux fermés dans un nombre croissant de provinces. Plus de 68 centres de santé sont hors d’état de fonctionner, laissant plus de 800 000 personnes sans accès à des services médicaux de base.

Des témoignages du personnel médical de centres de santé de secteur de Kaya font état d’un triplement du nombre de cas de malnutrition sévère et chronique en seulement six mois avec l’arrivée d’enfants déplacés. Depuis le début de cette crise, les écoles, les élèves et les enseignants sont pris pour cible, provoquant un climat de peur. Cela s’est traduit par la fermeture de plus de 2 000 écoles à la fin du mois de juin 2019, laissant plus de 330 000 enfants hors de l’école.

Cette crise humanitaire vient mettre une pression supplémentaire sur des services sociaux qui étaient déjà défaillants. A cela s’ajoute l’impossibilité d’atteindre les populations restées dans les zones de conflits, notamment la région du Sahel, qui sont de facto exclues de l’aide. Les familles déplacées sont démunies sans moyens de subsistances et de revenus augmentant les risques de travail et d’abus sexuels pour les enfants et les adolescents. Les populations hôtes sont, elles aussi, dans une situation précaire en continuant d’accueillir un nombre toujours croissant de personnes.

Dans les crises, ce sont toujours les enfants qui paient le prix fort. Nous ne devons pas accepter la souffrance des enfants comme la nouvelle normalité. Les enfants doivent aller à l’école et jouer avec leurs amis, sans devoir se soucier d’attaques ni être forcés de fuir.

Que fait l’UNICEF pour répondre à cette crise ?

Aujourd’hui, plus que jamais, nous accélérons nos actions avec les organisations humanitaires et les communautés locales, y compris dans les régions difficiles d’accès, pour assurer l’acheminement de l’aide aux familles et aux enfants dans le besoin. A ce jour, près de 40 000 enfants ont été soignés de la malnutrition sévère, plus de 25 000 ont eu accès à l’eau potable et des infrastructures d’assainissement et plus de 35 000 enfants ont reçu une prise en charge psychosociale.

Nous avons déjà distribué et prépositionné plus de 6 000 kits de fournitures scolaires supplémentaires pour permettre aux enfants déplacés d’être scolarisés dès la rentrée. Plus de 23 000 cartons d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi ont été distribués ces trois derniers mois (juillet-septembre 2019) au niveau national dont la moitié dans les cinq régions affectées par la crise humanitaire (Sahel, Nord, Centre Nord, Est et Boucle du Mouhoun) afin de permettre au personnel de santé de prendre en charge tous les enfants malnutris aigus sévères. Nous agissons avec nos partenaires tels que Plan International et Oxfam pour installer des centres récréatifs et des infrastructures d’eau et d’assainissement pour 1 700 personnes sur le site de déplacés à Barsalogho dans la région du Centre-Nord.

Nous concentrons aussi notre appui aux systèmes de santé, d’éducation et de protection sociale afin qu’ils puissent surmonter cette pression supplémentaire. Nous sommes en contact régulier avec le Ministère de la Femme, de la Solidarité nationale, de la Famille et de l’Action humanitaire et le Conseil National de Secours d’Urgence et de Réhabilitation (CONASUR) ainsi que tous les ministères sectoriels pour contribuer au quotidien à la réponse d’urgence.

Quels sont les principaux besoins ?

Nous avons besoin d’une plus grande mobilisation nationale et internationale pour venir en aide aux populations et aux enfants. Il nous faut étendre les actions dans les zones affectées et renforcer notre soutien aux populations vulnérables. Les familles hôtes sont aujourd’hui vulnérables. Elles ont besoin d’être écoutées et aidées d’urgence. Les populations du nord du pays, devenu inaccessible, ne doivent pas être oubliées. Nous devons trouver les moyens de les atteindre. Les familles déplacées ont évidemment besoin d’être soutenues. C’est notre responsabilité d’agir avant que cette génération d’enfants ne soit perdue.

Pour cela, il faut davantage de ressources. La communauté humanitaire a besoin de 187 millions de US$ pour assister 1,5 million de personnes. A ce jour, un tiers de ce budget a été financé. Concernant l’UNICEF, nous avons fait un appel à hauteur de 47,6 millions de dollars US. Il nous manque à ce jour 36,2 millions de dollars US.

Au-delà de cette action humanitaire, il faut redoubler d’efforts pour consolider la paix et le développement. Nous avons récemment réuni plus de 100 chefs traditionnels, venus de tout le pays, qui se sont solennellement engagés pour l’élimination du mariage des enfants, de la malnutrition et de la défécation à l’air libre. Grâce à leur influence, il est possible d’améliorer le quotidien des Burkinabé, plus particulièrement des enfants, et ainsi de limiter l’impact de la crise et des groupes armés non étatiques.

Les enfants du Burkina Faso ne doivent pas être oubliés. Ils ont le droit d’être protégés, de vivre en bonne santé et d’accéder à une éducation.

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