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Etudiants burkinabè incarcérés en Algérie pour "cyber- escroquerie" : Un proche explique

Publié le dimanche 28 août 2016 à 23h49min

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Etudiants burkinabè incarcérés en Algérie pour

Trois étudiants burkinabè accusés de cyber-escroquerie ont été arrêtés en Algérie où ils étudient. Il s’agit de Jean Paul Dondassé, étudiant en 2e année BTS Maintenance Industrielle, Tatiana Parkuda étudiante en 2e année BTS Informatique Base de données et de Cissé Ibrahim étudiant en 2e année Licence Anglais. Une histoire rocambolesque que nous détaille un étudiant qui a requis l’anonymat et que nous avons nommé M.X. Rappelons que lorsque nous avons eu vent de cette nouvelle, le trimestre dernier, nous avons joint le ministère des affaires étrangères pour comprendre. L’on a toujours promis de nous revenir… Lisez !

Lefaso.net : Trois étudiants burkinabè résidant en Algérie ont été convoqués par la police. Qu’est-ce qu’on leur reproche exactement ?

M.X : Trois étudiants burkinabè ont été convoqués par la Police. Tout a commencé en décembre 2015 quand Tatiana (une des trois étudiants) a été contactée par l’une de ses amies. Cette amie cherchait quelqu’un en Algérie qui pourrait récupérer l’argent de sa scolarité chez sa sœur qui travaillerait en Algérie et lui remettrait l’équivalent de la somme à Ouaga. Car ici en Algérie il est très difficile d’envoyer de l’argent hors du pays. Ainsi Jean Paul s’est proposé pour venir en aide à cette dernière. La fille récupère alors le numéro de compte de caisse et la soi-disant sœur y dépose l’argent que Jean Paul se charge d’envoyer à Ouaga. Quelques semaines plus tard, Jean Paul reçoit une convocation de la Police pour justifier une somme qu’il aurait reçue sur son compte. Il recontacte la fille pour avoir le numéro de sa sœur pour qu’elle l’aide à justifier auprès de la police, mais cette dernière laisse savoir d’emblée que sa sœur n’est plus en Algérie mais plutôt en France. Apres quelques menaces, la fille finit par avouer qu’elle n’a jamais eu de sœur ici en Algérie. C’était juste un coup monté pour recevoir l’argent. Elle agit de connivence avec un certain monsieur de nationalité ghanéenne résidant à Accra.

C’est ainsi qu’ils se sont rendus (à quatre : Jean Paul, Tatiana, et deux de leurs camarades) au commissariat pour répondre à la convocation. Les deux camarades disent que dès qu’ils sont rentrés, ils ne sont plus ressortis. Apres quelques heures d’attente, ils décidèrent de se renseigner auprès des policiers qui les ont reçus de manière brute tout en les chassant. Ils leur ont juste dit que les présumés coupables seront jugés le lendemain. Le lendemain les deux camarades se rendirent à la cour de justice, effectivement les deux étudiants innocents sont arrivés menottés. Ils sont rentrés dans la salle. Les deux témoins voulant prendre part au procès se sont vu l’accès refusé. Moins de quinze minutes plus tard, ils sont ressortis toujours menottés et conduits à la prison. Et jusqu’à présent, on n’a plus de nouvelles les concernant. Quant au troisième étudiant CISSÉ Ibrahim, lui il a été convoqué deux mois plus tard et a reçu le même traitement sans aucun respect des droits de l’homme. On leur reproche d’avoir escroqué des citoyens algériens.

Lefaso.net : Qui a déposé la plainte contre Jean Paul ?

M.X : Les victimes de cette dite escroquerie.

Lefaso.net : Avez-vous des contacts de la supposée amie de Tatiana et de sa sœur qui seraient maintenant en France ?

M.X  : La sœur n’était qu’une ruse pour pouvoir recevoir l’argent sans qu’il n’y ait trop de questions. Nous avons appris que l’amie de Tatiana et son complice Ghanéen ont été mis aux arrêts et seraient entre les mains d’Interpol.

Lefaso.net : Les parents de vos amis sont-ils au courant de la situation ?

M.X  : Oui les parents des victimes sont informés, ce sont eux d’ailleurs qui ont déposé les plaintes contre l’amie de Tatiana, ce qui a conduit au démantèlement du réseau.

Lefaso.net : Que dit l’ambassadeur du Burkina vivant en Algérie ?

M.X : Rien Jusqu’à présent. Nous constatons juste une indifférence totale de l’Ambassadeur vis-à-vis de la situation. Nous considérons que s’il avait manifesté depuis le temps, les choses auraient pu se dérouler autrement. Nous avons déjà entendu parler de ce genre de problèmes qui seraient arrivés à d’autres étudiants sub-sahariens, mais leur Ambassadeur s’est déplacé sur le lieu de détention et le problème a vite été réglé. Précisons que l’ambassade même avait demandé à ce qu’on fasse taire l’affaire en attendant qu’il trouve une solution.

Lefaso.net : Avez-vous essayé de votre côté de prendre un avocat ?

M.X : Oui, nous avons cotisé entre étudiants pour prendre un avocat pour une demande de libération provisoire en attendant un jugement équitable, mais la demande a été rejetée.

Lefaso.net : Votre dernier mot

M.X : Ce n’est pas la première fois que notre ambassade montre un désintéressement total vis-à-vis de nos problèmes, ici nous sommes vraiment déçus et à bout de souffle. Nous espérons vraiment que cet article fera bouger les choses en faveur de nos amis détenus, déjà que ce n’est pas facile de vivre libre dans ce pays. Dieu seul sait ce qu’ils endurent en prison.

Entretien réalisé en ligne
Lefaso.net

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