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Réné N’Guettia pour l’industrialisation de l’Afrique : « Notre continent doit se départir des financements extérieurs »

Publié le jeudi 4 avril 2013 à 21h25min

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Réné N’Guettia pour l’industrialisation de l’Afrique : « Notre continent doit se départir des financements extérieurs »

Réné N’Guettia est le directeur des Affaires économiques à la Commission de l’Union africaine. Présent à la 6ème conférence des ministres de la CEA-UA qui s’est tenue à Abidjan du 21 au 26 mars 2013, il s’est prononcé sur le thème de la rencontre à travers cette interview qu’il nous a accordé. Lisez !

Pourquoi ce thème « L’industrialisation au service de l’émergence de l’Afrique » pour cette 6é conférence des ministres de la CEA-UA ?

Beaucoup de pays africains se sont fixés des objectifs à des échéances précises pour devenir émergents. Mais quels moyens pour y parvenir ? Nous avons beaucoup de secteurs d’activités tels que l’agriculture, l’industrie, l’élevage... Nous nous sommes donc interrogés de savoir si nos pays peuvent arriver à l’émergence sans passer par le créneau de l’industrialisation. Puisque l’histoire indique que l’ensemble des pays émergents ont réussi leur processus d’industrialisation, ou qu’ils soient et qu’ils sont en passe de le réussir. La question fondamentale est de savoir pourquoi l’Afrique doit s’industrialiser ? Quels sont ses atouts industriels ? Pourquoi tarde-t-elle à s’industrialiser ? Et, est-ce qu’elle peut devenir émergente sans l’industrialisation ? Ce sont toutes ces interrogations qui nous ont amené à choisir ce thème, à l’examiner sérieusement pour faire des recommandations aux ministres des finances et de l’économie de l’Union africaine.

Est-ce que l’Afrique a les moyens de cette politique d’industrialisation ?

Bien sûr que l’Afrique en a les moyens ! Elle a de sérieux atouts pour son industrialisation. Par exemple, si on part du principe que le processus d’industrialisation doit s’appuyer sur l’agriculture, l’Afrique détient 60 % de la surface cultivable dans le monde. Elle a une population jeune (environ 1 milliard d’habitants), donc un grand potentiel de consommateurs. La part de l’industrie dans le PIB, dans le volume de l’emploi est encore très faible. 90 % de la matière première ne sont transformées… Bref, il y a d’énormes potentialités sur lesquelles l’Afrique peut s’appuyer pour assurer le décollage de son processus d’industrialisation.

Cinquante ans après les indépendances, l’heure a donc sonné pour que les pays africains s’industrialisent. Pourquoi avoir attendu si longtemps ?

Depuis les années 60, il y a eu des tentatives d’industrialisations en Afrique. Il y a eu par exemple, des politiques d’imports – substitutions qui invitaient les pays à produire localement ce qu’ils avaient l’habitude d’importer. Il y a eu d’autres types de tentatives mais l’on n’est pas parvenu à les réussir pour des raisons diverses. La politique d’import-substitution a été mal appliquée. Mais c’est une politique qui avait des contraintes énormes à cause de l’étroitesse du marché de nos pays… Et l’import-substitution comprend deux phases. L’une consistant à produire localement les biens de premières nécessités tels que l’huile, le savon… et la deuxième phase consistant à produire les équipements à savoir les machines, les outils, les tracteurs…Mais jusqu’à nos jours, l’Afrique s’est contentée de la phase facile de l’import-substitution. En outre, nous avons une production qui n’est pas très avancée. Malgré les nombreuses tentatives, l’Afrique n’a pas réussi à s’industrialiser.

Sans être défaitiste, est-ce qu’une industrialisation en Afrique est-elle possible ? Peut-elle s’étaler sur combien de temps ?

On n’a pas le choix. Il faut forcément aller vers l’industrialisation. Parce que, sans cela toutes les promesses d’émergences ne seront que des mots. L’industrialisation a un impact considérable sur l’économie. On ne peut pas prétendre à l’émergence sur la base de l’agriculture, de l’artisanat…Nous avons les atouts et il faut en profiter.

Avec quoi va-t-on donc financer l’industrialisation ?

L’Afrique doit se départir des financements extérieurs. L’aide publique aux développements extérieurs n’est pas suffisante. C’est pourquoi, nous demandons aux pays africains d’ouvrir les chantiers à des financements innovants. C’est-à-dire qu’il faut exploiter les pistes jusque-là inexploitées pour trouver d’autres sources de financements. Il faut par exemple élargir « l’assiette fiscale » (taxe sur les billets d’avion, les prélèvements sur les prestations touristiques….). Il faut être beaucoup plus imaginatif pour trouver des fonds additionnels aux fonds déjà existants. Il faut avoir le courage de l’ambition et être beaucoup plus pragmatique.

Est-ce que les politiques africaines sont animées de cette ambition ?

Vous posez là le problème de la « bonne gouvernance » qui sous-entend la culture du respect des décisions prises. Heureusement que les décideurs politiques africains en sont de plus en plus conscients. On ne peut pas utiliser les mêmes instruments du passé. Je pense que les politiques vont être plus attentifs. En outre, nous avons une génération montante assez exigeante, quant au développement de nos pays. Nous ne saurions donc être pessimistes.

Interview réalisée par Bassératou KINDO

L’Express du Faso

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