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Université Joseph-Ki-Zerbo : Le club de sociologie s’intéresse au rôle et à la place de la culture dans un contexte de crise

Publié le mercredi 15 mai 2024 à 17h59min

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Université Joseph-Ki-Zerbo : Le club de sociologie s’intéresse au rôle et à la place de la culture dans un contexte de crise

Le Burkina Faso célèbre, ce mercredi 15 mai 2024, la journée des coutumes et traditions. Du côté de l’université Joseph-Ki-Zerbo, le club de sociologie a voulu commémorer la journée à travers une conférence publique, avec pour thème : « Rôle et place de la culture dans une société affectée par de multiples crises comme le Burkina Faso : quel regard socio-anthropologique ? ». Le conférencier de cet échange, modéré par Dr Paul Marie Moyenga, était l’anthropologue Ludovic Kibora.

« On pourrait donner la parole à chacun de vous pour définir la culture. L’on aurait autant de définitions que de personnes présentes dans la salle. C’est un concept difficile à cerner, théoriquement parlant, tant il peut varier d’une personne à une autre. » Voilà, d’entrée de jeu, les mots de Pr Ludovic Kibora, pour planter le décor de cette conférence publique qui a réuni plus d’une centaine de personnes, en ce jour où le Burkina Faso célèbre sa journée nationale des cultures et des traditions.

Reprenant la définition de l’historien Joseph Ki-Zerbo, il dit percevoir cette notion complexe comme le sens donné à l’activité vitale et sociale, un code, une clé d’explication et de transformation du monde. « C’est un programme acquis, un logiciel qui induit les attitudes face aux réalités, aux intérêts et aux valeurs. Mais ce système de lecture et de transformation n’est pas un bloc métaphysique fossilisé et statique ; c’est un processus objet et sujet de l’histoire », a-t-il repris.

Le développement s’appuie sur la culture

Pr Kibora a, dans son analyse, mis en relation le concept de culture et de développement. De ses dires, le développement ne peut se faire sans la culture, car elle en est le levier premier ; et cela, peu importe le lieu, le temps et même les troubles que peuvent rencontrer une localité donnée. « Un rapport de l’UNESCO concluait en 1983 qu’aucun développement ne peut être durable sans une composante culturelle forte. Seule une approche du développement centrée sur l’humain et fondée sur le respect mutuel et le dialogue ouvert entre les cultures peut conduire à des résultats durables, inclusifs et équitables », a-t-il laissé entendre.

Une vue de l’assistance présente à l’occasion de cette conférence publique.

La diversité culturelle est une richesse

Si beaucoup estiment que la pluralité de culture est un frein au développement et à l’émancipation des individus en société, Pr Ludovic Kibora, lui, s’inscrit en faux avec cette réflexion. « On ne peut rien construire sur la base de la monotonie et de la singularité. La diversité culturelle n’est pas un élément de rejet ou de contradiction, même s’il peut y avoir des frictions. Dans l’écologie, on a plusieurs espèces. Et à voir certains insectes par exemple, on a tendance à croire qu’ils sont inutiles. Alors qu’ils apportent quelque chose. C’est pareil en matière de culture. Et comme il n’y a pas de hiérarchie possible entre les cultures, c’est l’occasion pour les plus grands groupes de puiser certains éléments chez les plus petits, et vice-versa, pour s’améliorer et s’enrichir », a-t-il expliqué.

« Il n’y a pas de recette culturelle universelle pour une sortie de crise »

Pour sortir de la crise sécuritaire qui menace le vivre-ensemble au Burkina, l’anthropologue estime qu’il est impossible de prescrire un remède universel, qui s’appliquera partout. « Ce qui se passe au Centre n’est pas forcément ce qui se passe à l’Est. Et ce qui se passe à l’Est est différent de ce qui se passe au Nord. Il n’y a donc pas de recette miracle qu’on peut appliquer pour en finir avec la crise. Ce qu’il faut, c’est analyser la crise dans les différentes localités et voir ce qui est propre à chaque endroit. Il y a certes des valeurs universelles que l’on partage en société. Mais le mal ne peut être partout, résolu de la même manière. Ce n’est pas de la prescription médicale », a clarifié Pr Ludovic Kibora.

« C’est parce qu’on ne comprend pas les cultures, les traditions, que l’on pense qu’elles peuvent être un frein », Pr Ludovic Kibora.

De la crise peut naître une société nouvelle

La crise sécuritaire, avec son lot de victimes, fait souvent peindre totalement le tableau en noir. L’on se dit qu’il n’y a que du malheur. Pour Pr Ludovic Kibora, beaucoup de pays ont pu renaître de leurs cendres, en s’appuyant sur une crise. « Si vous regardez la Charte des chasseurs, proclamée à Kouroukanfouga, vous verrez que c’est juste après une grande guerre qu’elle est intervenue. Beaucoup estiment que la parenté à plaisanterie est du folklore. Mais on voit que, souvent, ce sont des groupes qui se sont fait la guerre par le passé, et qui, aujourd’hui, pour faire la paix, font semblant de se faire la guerre », a développé l’anthropologue.

Par cette journée du 15 mai, on répare pratiquement un tort

La journée du 15 mai est, des dires du Pr Kibora, une journée qui favorise l’inclusion ; une journée qui permet aux uns et aux autres d’accepter les différences existantes dans la société ; une journée qui permet de se construire, chacun, en puisant ce qu’il y a de meilleur chez l’autre. « Avec un collègue, on s’amusait à dire qu’on a tel pourcentage de chrétiens, tel pourcentage de musulmans, mais on a 100% d’animistes. Juste pour dire que même si chacun est issu d’une religion donnée, on peut tirer des ressources des autres, tout en continuant de pratiquer celle qu’on a adoptée. En instaurant cette journée, on répare aussi pratiquement un tort, parce qu’on a laissé pendant longtemps ces croyances-là de côté », a-t-il reconnu.

Plusieurs enseignants de sociologie ont assisté à cette conférence.

Une conférence très appréciée

Cette conférence a été l’occasion pour les jeunes étudiants d’apprendre aux côtés de l’anthropologue chevronné. Toute chose qui satisfait les étudiants, sortis massivement pour assister à cette conférence. « C’est toujours un bonheur de s’abreuver à la source intellectuelle du Pr Kibora. La valeur ajoutée pour moi tient en la conceptualisation qui a été faite. Aller au-delà de ce que l’on a comme connaissances préalables qui nous limitent, et approfondir la compréhension du concept, lui donner une valeur holistique, et non une valeur réductrice. Cette conférence nous met aussi devant notre responsabilité de chercheurs, d’étudiants, quant à la compréhension de la culture et de tout ce qui l’entoure », a soutenu Roger Bindré Dayamba.

« Cette conférence va aussi beaucoup nous aider dans nos démarche scientifiques », Charles Gansonré.

« On avait une compréhension de la notion de culture, mais pas cette ample connaissance du sujet. Pr Kibora a apporté une pierre à l’édifice intellectuelle que nous avions. En tant que futur sociologue, cela va nous servir à être beaucoup plus performants et à transmettre aussi nos connaissances à notre entourage », s’est réjoui Charles Gansonré.

« Cette journée va nous permettre de renouer avec nos valeurs », Basile Farga.

« Il y a beaucoup à apprendre de la culture et des traditions. Et en tenant cette conférence, nous répondons à des aspirations dormantes. Une personne ne peut pas vivre en dehors de sa culture. Quand nous observons ce qui se passe, c’est inquiétant. Et en écoutant les conseils du Pr Kibora, nous sommes interpellés à multiplier ce genre de conférences pour que les étudiants puissent apprendre encore et encore », a laissé entendre Basile Farga, président du club de sociologie de l’université Joseph-Ki-Zerbo.

Erwan Compaoré
Lefaso.net

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