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Burkina/Institution du 15 mai : « Si l’Afrique ne décide pas d’une révolution religieuse, son développement va en pâtir », prévient Konomba Traoré

Publié le mercredi 15 mai 2024 à 22h09min

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Burkina/Institution du 15 mai : « Si l’Afrique ne décide pas d’une révolution religieuse, son développement va en pâtir », prévient Konomba Traoré

Le gouvernement de la transition a adopté le 6 mars 2024, un décret portant institution de la Journée des coutumes et traditions au Burkina Faso dans le cadre de la valorisation des coutumes et traditions. Le 15 mai est la date choisie pour la commémoration de cette journée. En marge de cette journée, Lefaso.net est allé à la rencontre de Konomba Traoré, adepte de la religion traditionnelle et Trésor humain vivant. Administrateur civil et plusieurs fois préfet et maire, Konomba Traoré salue cette décision et appelle à exorciser le pays des crimes « crapuleux » commis dans les années passées. Pour lui, la solution aux problèmes des Noirs ne se trouve ni dans une église, ni dans une mosquée. Il dit pratiquer la « sorcellerie » dans le bon sens, c’est-à-dire soigner et protéger les gens. En ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, Konomba Traoré a laissé entendre que la guerre n’est pas seulement l’affaire des armes conventionnelles (fusils, drones, bombes) mais elle est aussi mystique. Selon lui, c’est une honte de négocier avec les groupes armés et appelle à se battre jusqu’à la victoire finale. Tout en saluant l’instauration de la journée du 15 mai, Konomba Traoré appelle donc les Africains à retourner aux valeurs traditionnelles (le culte des ancêtres). Entretien !

Lefaso.net : Qui est Konomba Traoré ?

Konomba Traoré : Je suis Konomba Traoré, je suis administrateur civil, j’ai été plusieurs fois préfet et maire. En plus de ça, je suis professeur de musique, donc je suis artiste-musicien et fabriquant d’instruments traditionnels de musique comme vous le constatez derrière moi. Sur le plan artistique, je suis peintre et dessinateur, écrivain aussi. J’écris un livre sur le balafon. Sur le plan traditionnel, je suis guérisseur, maître dozo, je suis voyant. Voilà ce que je fais. J’ai pris ma retraite en 2003, donc je totalise 21 ans de retraite.

Sur le plan spirituel, d’aucuns disent que votre pratique ressemble un peu à la sorcellerie, qu’est-ce que vous en dites ?

Non je suis maître dozo et guérisseur. Ce sont des choses qui renvoient à des connaissances mystiques forcément, à la science occulte, le savoir endogène mystique. Ça englobe en fait tout le savoir qui n’est démontrable par la science, donc le savoir occulte. La connaissance n’est pas que physique, métaphysique, chimique, technologique et technique. La science, la connaissance est aussi mystique. Il y a des choses qu’on ne peut pas démontrer par A+B.

Donc, la sorcellerie fait partie des sciences, du savoir endogène mais il y a deux sortes de sorcellerie. On a la sorcellerie dans le sens du savoir, le haut degré du savoir occulte, ça veut dire tout simplement, tout ce que l’homme sait faire et qui épate les gens. Les cameras que vous avez là, les portables, on dit vulgairement dans le langage africain que c’est la sorcellerie du Blanc.

C’est-à-dire, c’est tellement fort que ça dépasse souvent l’entendement, la compréhension des gens. On dit vulgairement, un tel type est sorcier, c’est-à-dire qu’il connaît beaucoup de choses, c’est un magicien, il est extraordinaire, il a beaucoup de talent. Vous savez, il y a un footballeur à Bobo qui s’appelait « sorcier » mais ce n’est pas la sorcellerie dans le mauvais sens, c’est la sorcellerie dans le sens du talent, le haut degré du talent.

De l’autre côté, il y a la sorcellerie négative, c’est-à-dire, tuer les gens, manger les gens, handicaper les gens, leur faire du tort. Ça c’est négatif, donc il y a les deux. Moi je suis sorcier dans le sens du bon, guérisseur, artiste-musicien, détenteur de savoirs pour résoudre les problèmes quotidiens des gens. Donc, la sorcellerie, c’est la connaissance, le savoir au plus haut degré, c’est le sommet de la connaissance.

Autrement dit, ça ne vous dérange pas qu’on vous appelle sorcier ?

Il n’y a pas de problème si vous voulez m’appelez sorcier Konomba, puisque moi j’ai des fétiches qui combattent les sorciers. Donc je ne peux pas être sorcier et manger les gens, ce n’est pas possible, mon fétiche va me tuer, parce que ce fétiche, le « Konon », ce sont des fétiches sénoufos, c’est fait pour défendre la société contre les nuisances mystiques des gens justement. Donc tu ne peux pas être le défenseur de la société et en même temps le destructeur de cette société, ça ne va pas ensemble.

Le gouvernement de la transition a adopté le 6 mars 2024, un décret portant institution de la Journée des coutumes et traditions au Burkina Faso dans le cadre de la valorisation des coutumes et traditions. Le 15 mai est la date choisie pour la commémoration de cette journée. Quelle est votre appréciation ?

Pour moi, justice a été faite. Vous constatez que depuis notre indépendance en 1960 jusqu’à nos jours-là, jusqu’en 2024, personne n’avait osé toucher à ce volet-là. Dès que tu parles de religion ici au Burkina, c’est comme si c’est une chasse gardée, on ne doit pas parler de ça. Les religions dites révélées même, le christianisme, l’islam ne veulent pas qu’on en parle. Pourquoi ? Il n’y a pas de sujet tabou. Pour moi, dans une société, il n’y a pas de sujet tabou. Si quelque chose est tabou et on ne veut pas qu’on en parle, c’est que ça cache des lacunes, ça cache des choses. On doit en parler, je dis que justice a été faite même cela n’a pas été fait à temps.

Donc remercions le président Ibrahim Traoré et son gouvernement d’avoir osé toucher à cette affaire. C’est de la témérité, ils ont bravé beaucoup de choses pour prendre ce décret. La preuve, il y a combien de présidents qui ont défilé et qui n’ont pas osé mettre le doigt sur cette gâchette ? Le gouvernement est à féliciter, à encourager et à remercier. Nos ancêtres qu’ils ont consacrés par la prise de ce décret vont les bénir.
C’est inscrit dans toutes les constitutions des Etats africains en général, que l’Etat est laïc.

L’Etat est laïc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que les religions qui sont dans cet Etat doivent être traitées, respectées à égalité, mais jusqu’à présent ça n’a pas été le cas. Ce sont les religions révélées qui ont pris le dessus sur notre religion traditionnelle qui est la vraie religion de l’Afrique, c’est-à-dire l’animisme, le culte des ancêtres. Nous avons banalisé, négligé, abâtardi notre culture en privilégiant la culture d’autrui, or on ne peut pas se développer dans la culture d’autrui, ce n’est pas possible.

Donc nous sommes revenus à nous-mêmes maintenant par la prise de ce décret qui institue le 15 mai, journée nationale des traditions et des coutumes. Le rétablissement de notre culture traditionnelle, que les ancêtres ont vécu depuis l’aube des temps et que nous refusons aujourd’hui pour adopter des comportements étrangers.

La colonisation n’a pas été seulement que politique, économique et administrative, la colonisation a surtout été religieuse. On nous fait abandonner nos fétiches, on nous a importé un mode d’accès à Dieu mais un mode d’accès étranger comme si le Noir ne connaissait pas Dieu. Dans toutes les ethnies, dans toutes les langues africaines, le mot Dieu existe, si quelque chose n’existe pas, ça n’a pas de nom. Donc cela veut dire que le Noir n’est pas athée.

Ce n’est pas une négation de Dieu, le Noir n’est pas athée, il croit en Dieu. Seulement, son mode d’accès à Dieu est différent. Si les uns préfèrent s’adresser directement à Dieu en disant que Dieu les écoute, le Noir africain, son mode d’accession à Dieu est le culte des ancêtres. Après Dieu pour le Noir africain, viennent les ancêtres parce que les ancêtres ont vécu sur terre, ils savent ce qu’il y a ici et là où ils sont, nous on ne le maîtrise pas. Donc, quoi de plus précieux et de plus réaliste de les prendre comme intermédiaires pour accéder à Dieu, il n’y a pas de mal à ça.

La religion traditionnelle, le culte des ancêtres, c’est la vraie religion du Noir. Dieu n’a pas besoin de collaborateurs, le Noir africain n’a pas besoin de prophète, ses ancêtres suffisent. Dieu n’a pas besoin de collaborateurs, Dieu a besoin de serviteurs. Donc les ancêtres sont les serviteurs de Dieu et nous les humains, nous sommes les serviteurs et en même temps les collaborateurs des ancêtres avec nos fétiches et nos cultes. La religion traditionnelle dit que premièrement, il faut honorer Dieu, ce qui veut dire que le Noir sait que Dieu existe sinon on parle d’honorer quelqu’un qui n’existe pas. Deuxièmement, honorer son père et sa mère qui sont des ancêtres dans la réalité et leur consacrer des funérailles en guise de respect et d’hommage. Troisièmement, aimer son prochain.

Quatrièmement, venir au secours des personnes vulnérables, la veuve, l’orphelin, l’handicapé et respecter les interdits sociaux, c’est-à-dire respecter la morale sociale. Et c’est ce qui fait le problème des gens aujourd’hui, il n’y a pas d’interdits. Vous croyez que la culture du Blanc, il y a des interdits dedans ? Chacun fait ce qu’il veut. L’homosexualité, c’est un interdit social dans les coutumes africaines mais les Blancs ont adopté ça comme mode de vie, que c’est bien pour eux.

Mais c’est bien pour eux, pas pour nous. Alors pourquoi nous allons adopter ça ? Le respect de la morale sociale et c’est pourquoi je dis même que la Bible et le Coran ne nous ont rien apporté de nouveau, n’en déplaise à leurs adeptes. Ce n’est pas un dénigrement que je fais, c’est la vérité et eux-mêmes le savent.

Ils sont venus trouver nos civilisations avec ça, seulement les religions dites révélées ont eu pour but de dénaturer notre culture, de nous faire oublier nos ancêtres, de nous faire adopter un mode de vie nouveau, qui est le leur. Et malheureusement, complexés et bêtes, nous sommes plongés dans ce qu’ils avaient prévu pour nous, dans ce piège. Mais il ne sert à rien de savoir que nous sommes tombés dans un trou, que nous avons été dupés, il faut chercher à en sortir. Mais pour en sortir, il faut revenir aux sources. Les gens disent qu’on ne peut pas revenir aux sources, c’est de la mauvaise volonté. Si tu pars à la mosquée et l’autre part à l’église, qui vous oblige à aller là-bas chaque vendredi ou chaque dimanche ?

C’est vous qui y allez, donc c’est de la mauvaise volonté. Vous ne voulez pas seulement sinon, on en sort. Et il faut que nous ayons le courage de sortir de cet enfer religieux parce que ce n’est pas notre mode de vie. Vous savez, la religion véhicule forcément une culture. Si tu es musulman, déjà tu es dans la culture arabe, si tu es chrétien c’est pareil. Donc, tu n’es plus dans le mode de vie quotidien africain.

C’est pourquoi j’ai dit que nos chefs coutumiers sont les garants, les préservateurs et les défenseurs de notre culture, parce qu’ils ont derrière eux, un monde, un territoire qu’ils commandent. Si eux ils sont protestants, catholiques, musulmans, quelle culture, ils défendent ? Ils s’ajoutent aux adeptes des autres religions pour défendre les religions étrangères. Et moi la question que je me pose, est-ce que ce sont les ancêtres qui leur ont donné leurs bonnets de chefs ou bien c’est Jésus et Mohamed ?

Eux-mêmes savent que ce sont les ancêtres. Donc aller à contre-courant de ce que nos ancêtres veulent là, nous n’en voudrions qu’à nous-mêmes si des mauvaises choses nous arrivent. Les maux de l’Afrique noire aujourd’hui, c’est de ne pas accepter cette religion, c’est d’être une chauve-souris qui n’est ni avec les mammifères, ni avec les oiseaux. Nous sommes devenus comme cela.

Comment allons-nous nous développer ? Il faut que nous nous affirmions. Celui qui aime ses ancêtres, qui est fier de lui, de ses origines ancestrales, ne peut pas être dans la culture d’autrui, il ne peut pas défendre autre chose que les intérêts de ses ancêtres. Si vous ne reconnaissez même pas que vous avez des ancêtres, c’est très grave pour le Noir africain. La solution aux problèmes des Noirs, ce n’est ni à l’église, ni à la mosquée, ni au temple. C’est devant nos fétiches et nos ancêtres, c’est ça la réalité.

On a vu le terrorisme, il y a eu combien de prières des religions révélées. On est même allé tuer des gens dans des églises, dans des mosquées, cela veut dire que la prière n’est pas la seule solution. La solution est aussi mystique. Nous avons laissé tomber nos coutumes, nos lieux sacrés, on a rasé ça pour implanter des églises, des mosquées, des maisons d’habitation.

Maintenant, nous n’avons plus de défenseurs, parce qu’avant les lieux de culte, nos fétiches étaient notre défenseur contre les guerres, les épidémies, les inondations, etc. Maintenant que ça n’existe plus, on a tourné le dos à ça, ce qui nous arrive, c’est nous qui avons cherché. Les Asiatiques, ils pratiquent le bouddhisme comme religion, Bouddha est leur ancêtre. Les musulmans, ils ont Mohamed comme prophète, c’est leur religion.

Les Américains, les Européens, eux ils ont la chrétienté. Mais nous, c’est quoi ? Nous refusons d’être ce que nous sommes, c’est ça notre malheur. Tu ne peux pas aller prier les ancêtres d’autrui et prétendre chercher des bénédictions là-bas, c’est faux, archifaux. C’est de tes ancêtres que tu peux avoir les bénédictions. Si tu vas ailleurs, cela veut dire que tu as banalisé tes ancêtres, c’est de la foutaise et ils te sanctionnent. Donc, il y a beaucoup de choses que nous subissons aujourd’hui, ce sont les sanctions des ancêtres. Et aucune prière ailleurs ne peut être la solution de ces malédictions, de ces problèmes que nous avons.

La solution, c’est nous-mêmes et le retour aux sources, à nos ancêtres, à nos origines. Le Noir sera heureux, le jour où le continent aura sa religion propre. Pour moi, il faut qu’il arrive un jour où on ne verra aucun Noir dans une église, dans une mosquée, dans un temple, même si c’est dans 1000 ans, ça va arriver. Parce que les jeunes et les générations qui viennent ont pris conscience de la chose. Dès que quelqu’un a un problème ici en ville, vous croyez qu’il court aller à la mosquée, à l’église ? il court aller au village avec des poulets et je suis bien placé pour le savoir chaque jour. Moi je suis guérisseur, je résous les problèmes des gens, avoir du boulot, etc.

En fait, le Noir pratique deux religions, parce qu’après la prière à l’église et à la mosquée, ils viennent chez nous les féticheurs pour arranger leurs affaires parce qu’ils n’ont pas la solution là-bas. Si tu as la solution quelque part, tu ne quittes pas là-bas pour aller ailleurs. Mais au lieu de faire ça, soyez dans un seul endroit, au lieu de t’écarteler à vouloir monter sur deux chevaux en courant. Ils ont beau être côte à côte, tu peux t’écarteler. Un cheval, ce n’est pas mieux ? Le Noir ne croit pas en ce qu’il est même. Son problème, c’est ça même, c’est un problème de complexe et de bêtise, il ne croit pas en lui-même, il n’est pas fier de lui-même. Notre premier problème, c’est ça.

Donc la journée du 15 mai, c’est une journée mémorable, historique, parce que ça va nous faire revenir désormais à nos valeurs traditionnelles. Même dans les préséances, les protocoles, quand on dit les confessions religieuses, ce sont les imans, les pasteurs et les abbés qui sont là-bas. On dit les chefs coutumiers mais y a certains qui sont dans les églises, dans les mosquées, est-ce que ces gens représentent la culture africaine ? Non, ils représentent la culture d’autrui, on ne doit même pas les appeler pour représenter la religion traditionnelle.

Ce sont les chefs de terre qui devraient être là-bas. Donc cette affaire de 15 mai, il ne faut pas que quelqu’un croit qu’il part prier chaque jour à l’église et à la mosquée. Certains mêmes ont dans leurs cours des petites mosquées, des petites églises pour prier là-bas. Ces gens vont représenter les ancêtres comment ? Ce n’est pas de la sincérité, c’est du mensonge. Ils ont peur, ils ont honte des yeux des gens hors ce sont des dirigeants d’un peuple (leur territoire où ils sont chefs).

Est-ce que ce sont des exemples pour revenir à nos sources. Eux-mêmes ils parlent de source, quelle source ? La source c’est les ancêtres. Si le Noir se refuse lui-même, il veut que qui l’accepte ? Nous refusons ce que nous sommes et on ne peut pas demander aux autres de nous respecter.
Le 15 mai, non seulement c’est la journée nationale des traditions, mais moi j’ajoute qu’on doit continuer en disant que désormais c’est notre fête du nouvel an, notre jour de l’an.

Le 1er janvier, c’est une fête chrétienne, ce n’est pas une fête africaine. Moi je ne fais pas de vœux le 1er janvier, ma famille non plus. Si on me fait je prends mais je ne considère pas ça comme le jour de l’an, c’est une fête étrangère à nos ancêtres. Donc désormais le 15 mai, c’est notre jour de l’an comme les Béninois, je rends hommage aux Béninois, je les félicite, ils ont le 10 janvier leur fête chômée et payée, la journée du Vodou. C’est-à-dire, la journée des ancêtres, depuis 20 ans.
Vous savez qu’en Afrique de l’Ouest surtout, il y a des Etats dans les constitutions desquels la laïcité est consacrée mais ces Etats fonctionnent comme des Etats musulmans, pas comme des Etats laïcs.

C’est la culture arabe qui est là-bas. Certains dirigeants de ces États quand ils ont la parole, ils disent bismillahi, allahou akbar ou font signe de croix. Est-ce l’Afrique traditionnelle ça ? Non, ils devraient dire au nom de nos ancêtres paternels et maternels, nos discours désormais devraient commencer par ça. ‘’Au nom de Dieu et de nos ancêtres paternels et maternels’’. Mais le Noir a honte de sa culture, de lui-même, il a peur aussi des gens des autres religions. Il faut qu’on sorte de ce piège, on nous a dupé, on nous a trompé.

Regardez notre état civil, il est défiguré, sous la colonisation religieuse. Tu t’appelles Mohamed ou Aboubacar, Jean-Pierre, est-ce que tes ancêtres s’appelaient comme ça ? Il faut qu’on sorte de là aussi. Nos noms traditionnels, il faut préférer s’appeler Tiga, Gomtibo, Bèma, des noms traditionnels comme ça que les jeunes d’aujourd’hui appellent noms botaniques. Ah non, ça c’est insulter les ancêtres et ça va te proférer des malédictions. J’invite donc la jeunesse à ne pas dire que c’est un nom botanique. Dès que tu dis ça, ça t’attire des problèmes. Botanique, c’est péjoratif, c’est une insulte. Est-ce que les arrières-parents portaient ces noms. En portant ces noms, ils doivent en pleurer.

On peut dire que vous les jeunes, vous êtes une génération sacrifiée. Ton papa te donne des noms importés, tu n’as pas choisi de porter ça mais à votre tour, je vous invite à ne plus donner ces noms là et au fur et à mesure, ces noms vont disparaître de notre vocabulaire et de notre état civil. Donc il faut une révolution religieuse. Si l’Afrique ne décide pas d’une révolution religieuse, son développement même, sa culture, le socle du développement vont en pâtir, parce que le développement c’est une question de mentalité.

Le développement commence par la culture et tu ne peux pas te développer dans la culture d’autrui avec les plans de développement extérieur aux réalités de ton pays. C’est impossible. Nous avons intérêt à concevoir nos modèles de vie et de développement en fonction de nos réalités propres. C’est pourquoi j’ai dit que nos législateurs devraient concevoir nos lois en fonction de nos réalités nationales et ne pas copier des lois extérieures, calquer des dispositions venant d’autrui, ça ne nous arrange pas.

Pour moi, la constitution, c’est l’acte fondamental, ce sur quoi on se fonde. Donc c’est notre première loi, donc elle devrait être de telle sorte que nous-mêmes, on se sente dedans, qu’elle ne soit pas autre chose. On dit que la constitution, c’est l’émanation du peuple, ça doit venir du peuple mais malheureusement, nos constitutions et nos lois ne viennent pas du peuple. Ça vient d’une poignée d’individus qui s’asseyent et qui regardent les constitutions et les lois d’autrui, comment ça fonctionne et on parle de mondialisation. Moi je ne crois pas à ça, chacun doit avoir ses réalités propres et tenir compte de ça.

La mondialisation est un mot inventé par les Blancs pour nous ‘’avaler’’, il faut que nos dirigeants soient malins, que nos législateurs soient malins pour contourner tout ça. La première chose que le Blanc pense, c’est revenir nous coloniser encore. La preuve, nous sommes toujours dedans. Nos états-civils, même nos modes de vie quotidienne. Dans combien de familles, on mange toujours à la main, l’enfant se lève et part dire bonjour à ses parents avant d’aller à l’école ? Nous sommes devenus des ‘’extraterrestres’’, nous ne respectons rien, les totems rien.

L’homosexualité, les Blancs ont décidé et disent mariage gay, c’est leur civilisation. Il ne faut pas qu’on leur en veuille mais ils ne devraient pas nous l’imposer, c’est une question de courage et de philosophie de vie. Dans la philosophie de la vie africaine, il n’est pas question que deux personnes du même sexe aient des rapports entre eux, même les animaux ne le font pas. Donc, nous sommes moins que les animaux maintenant. Ils disent même de légaliser ça. Vous voyez, ce qu’on court comme danger d’acculturation ? Le Blanc veut nous recoloniser d’une autre manière. Par la force, il a pu, maintenant, c’est par la ruse et la corruption. Mais nous devons refuser ça.

« Le 15 mai, on doit exorciser le pays même… »

Nos ancêtres nous en veulent, le 15 mai, on doit exorciser le pays même. Donc, j’invite les chefs traditionnels, les chefs de terre, c’est-à-dire ceux qui croient au culte des ancêtres. Je ne dis pas les chefs coutumiers, s’il y a des chefs coutumiers qui croient aux ancêtres qui ne sont pas dans les églises, les mosquées, il y a pas de problème. Mais ceux qui sont en dehors de ça, je me n’adresse pas à eux. Je m’adresse à ceux qui sont vraiment dans la religion animiste. Je les invite chacun, à trouver quelque chose de traditionnel à faire le 15 mai. Le culte des ancêtres, s’adresser aux ancêtres pour demander pardon.

D’abord, pour les fautes qu’on a commises parce qu’on a commis énormément de fautes et la terre de Ouagadougou est souillée. Il faut exorciser la terre, il y a eu trop de crimes crapuleux, on a tué des gens cadeau ici, trop de sang versé pour rien. Il faut exorciser la terre d’abord, les génies de la terre, les ancêtres sont sous la terre. Il faut demander pardon aux ancêtres pour toutes les bêtises qu’on a commises.

Deuxième acte, demander à ce que le pays recouvre sa liberté, sa paix d’antan, son bonheur, donc qu’on ait la victoire sur le terrorisme, parce que sans paix, il n’y a pas de développement.

Quelle peut être la contribution des adeptes de la religion traditionnelle à la lutte contre le terrorisme ?

J’ai dit, autrefois, dans chaque village, il y avait des moyens de défense, y avait des lieux où les chefs de terre et les coutumiers faisaient des offrandes pour protéger le village contre les agressions, contre les épidémies, contre la mauvaise saison. Maintenant que ça n’existe plus, les gens sont dans les temples, dans les églises, dans les mosquées. Y a quels repères encore ? Donc je les invite à revenir en arrière pour honorer nos ancêtres en faisant des offrandes aux lieux de culte, aux endroits qu’il faut, c’est tout.

Le 15 mai, celui qui croit que ses ancêtres sont en Arabie Saoudite, à Jérusalem, ils n’ont qu’à aller fêter ça là-bas. Ceux qui croient que les ancêtres sont ici, nous allons célébrer nos ancêtres.

En marge de cette fête, certaines personnes appellent certains devanciers à partager leurs expériences, leurs connaissances. Est-ce que vous êtes prêts à partager vos connaissances pour le retour aux sources ?

Il n’y a pas de problème. Souvent, nous en voulons à la jeunesse, la jeunesse est acculturée. Mais si nous-mêmes les devanciers, nous ne sommes pas des repères, des modèles, comment la jeunesse va faire ? Il y a une grosse partie qui est de notre faute, qui dépend de nous. Si on est égoïste sur notre savoir, c’est nous qui devons guider la jeunesse. On doit leur apprendre ce qu’est la culture africaine.

Si nous nous enfermons égoïstement dans nos connaissances, la jeunesse va avoir quoi demain ? Et si nos devanciers s’étaient enfermés dans leurs connaissances en ne nous donnant pas ça, est-ce que nous allons connaître ? Parce ce que c’est un héritage à préserver, un héritage précieux légué par nos ancêtres et on a le devoir de perpétuer, de garder ça et de transmettre, de promouvoir sinon un jour tout ça disparaît et ça nous sert à quoi. Donc, je demande l’ouverture vers la jeunesse.

Je vous ai dit, la guerre, ce n’est pas seulement une affaire d’armes, de drones, de bombes et de fusils. Il y a l’aspect mystique dans la guerre. Nos anciens combattants qui sont allés faire la guerre 1914-1918 et 1939-1945 et qui en sont revenus, vous pensez qu’ils sont revenus parce qu’ils savaient tirer ? C’est parce qu’ils sont partis d’ici avec des bénédictions, des wack, le savoir qui protège. Ils sont partis d’ici avec ces choses. Donc, ces savoirs existent toujours, pourquoi on ne va pas également vers ces savoirs ?

Dieu merci, le président Ibrahim Traoré avait appelé les connaisseurs, la chefferie coutumière à se pencher sur ce problème, que chacun à son niveau fasse ce qu’il peut pour qu’on ait raison du terrorisme. Il y va de notre survie, nous n’avons qu’un seul pays, le Burkina Faso. Si nous nous laissons prendre ça, on va aller où ? On va nous partager encore comme dans les années passées entre nos voisins. Est-ce que ça, c’est de la fierté pour nous ? Nos ancêtres vont en pleurer chaque jour.

Moi j’ai déjà vu des gens, quand on a voulu leur donner le wack pour aller à la guerre et revenir, fusil, mine, rien, ça ne rentre pas. Ils ont dit qu’ils sont musulmans, chrétiens, qu’ils ne prennent pas ça. Vous voulez quoi encore si les gens refusent ça en croyant que ce sont des savoirs sataniques ? La preuve, ceux qui ont pris ça, ils sont partis, ils sont revenus, ceux qui ont refusé y sont restés. Pourquoi leurs prières ne les ont pas sauvés. La réalité est là, nous ne sommes pas un pays arabe, ni un pays européen. C’est chez nous ici, faisons la guerre avec nos moyens propres. S’il y a des prières, elles doivent être adressées à nos ancêtres et pas aux ancêtres d’autrui. Ça ne prend pas, je préviens les gens, ça ne prend pas.

Quelqu’un n’a qu’à venir réciter sa prière dans une religion importée et on va lui tirer dessus voir si ça ne va pas rentrer. Mais chez nous, il y a des médicaments à laver. Ça, c’est le savoir endogène et on te tire dessus, Il n’y a rien, les balles mêmes ne sortent pas. Et ce ne sont pas des rêves, c’est la réalité. Sinon les gens n’allaient pas fuir au Nord là-bas laisser des églises et des mosquées et venir se réfugier à Ouagadougou ici. Je n’insulte personne, c’est la vérité. Tout le monde le constate. Mais comme les gens n’aiment pas la vérité, ils aiment le mensonge, les cache-cache.

Quel est votre message à passer à l’occasion du 15 mai ?

Il y a d’abord le 14 mai, la veille, j’ai dit que c’est désormais notre jour de l’an le 15 mai. Donc, la manière dont on fêtait le 31 décembre à minuit, c’est maintenant la nuit du 14 mai qu’on doit faire ça. Le 14 mai, vous apprêtez avec votre gobelet d’eau, dès que minuit passe, vous vous accroupissez, vous versez un peu d’eau sur la terre en demandant à vos ancêtres paternels et maternels et aux ancêtres paternels et maternels de votre femme, de vous pardonner pour les fautes que vous avez commises. Et maintenant, vous demandez des bénédictions, là ça prend parce que vous êtes excusés. L’Afrique, c’est le pardon. Et puis, c’est fini.

Et c’est individuel, chacun peut faire ça. Il ne faut pas que les gens pensent que le gouvernement va organiser ça pour nous. Le gouvernement n’organise pas la fête de Ramadan, de Noël, de Pâques pour les adeptes de ces religions. Donc, il convient que nous traditionnalistes, on s’organise aussi. Chaque village peut faire ça, individuellement d’abord et puis collectivement. Les notables se réunissent, ils cherchent leurs poulets et leurs chèvres pour tuer pour réhabiliter les lieux sacrés, les lieux de culte. Si quelqu’un dit que lui, il est d’une religion révélée, qu’il n’a pas besoin de se protéger, je ne sais pas si cette personne est réaliste.

Les lieux de culte, ça protège tout le village. Il faut revenir aux sources. Vous les jeunes, je vous invite à revenir courageusement aux sources. La honte c’est quoi ? Il y a trois vendredis, tu n’es pas parti à la mosquée, tu as honte qu’on dise on ne te voit pas, avais-tu voyagé ? Je n’ai pas de compte là-bas, je n’y pars plus. La solution aux problèmes des Noirs, c’est le ‘’Tinkougri’’, par la voie de nos ancêtres et non ailleurs. On va aller au-delà du 15 mai même, la lutte continue.

Il faudrait que nos gouvernants (présidents du Faso, présidents d’institutions, ministres, tous ceux qui prêtent serment, FDS, financiers), au lieu de jurer sur la Bible et le Coran qui sont des choses étrangères et qui n’ont jamais tué quelqu’un ou sur la Constitution qui un tas de papiers, ils n’ont qu’à jurer désormais sur la terre, sur les génies de la terre et les ancêtres. Les présidents arabes ont raison de jurer sur le Coran, c’est leur affaire, c’est leur document saint. Les chrétiens, les Israéliens, ils ont raison de jurer sur la Bible, c’est leur affaire, c’est leur culture. Et pourquoi nous allons jurer sur ces documents, est-ce que c’est notre affaire ?

Moi je pense qu’il faut qu’on en arrive là comme au Bénin. Là vous allez voir si des gens vont oser détourner de grosses sommes pour se construire des bunkers et il n’y a rien. La sanction des ancêtres, ce n’est pas la prison, ni retirer tes biens, c’est la mort. Tu vas les rejoindre pour expliquer. Toi seul, si tu as le droit de prendre ce qui appartient à tout le monde, privant les autres de ce qu’ils devraient faire avec ce que tu as détourné. Est-ce que c’est normal ?

Donc les ancêtres, ce sont les gendarmes de la société. Les ancêtres, ce sont ceux qui sont morts avant nous, nos grands-parents. Qui peut dire qu’il n’y a pas quelqu’un qui est mort avant lui, qui peut dire qu’il n’a pas d’ancêtres ? Tout le monde a des ancêtres, nous voulons refuser cette réalité. On nous a eus, on continue de nous avoir en pensant que le Noir est bête. Mais comme on constate sur le terrain que nous nous faisons duper bêtement.

Désormais que le juron se fasse désormais sur les génies de la terre et sur les ancêtres. Vous allez voir, y a des gens qui ne vont même pas se présenter à des postes parce qu’ils savent qu’ils ne sont pas clairs. Cela va décanter la situation. Les gens disent qu’on doit sensibiliser les gens, on a trop sensibilisé. Les gens savent qu’on ne doit pas voler et ils volent. Si on a fini de sensibiliser et il n’y a rien, on va maintenant passer aux sanctions.

La sanction des ancêtres est imparable. Allons-y là-bas courageusement et on verra clair dans notre vie quotidienne. Et il y a des dirigeants qui vont dire qu’eux, ils ne jurent pas sur la terre, cela veut dire qu’ils savent qu’ils ne sont pas honnêtes, ils ont peur de ce qui va leur arriver. On devra mettre le verrou, si tu ne pas vas jurer sur ça, tu ne te présentes même pas. C’est tout. Il faut que l’Afrique en arrive là. C’est ça la réalité que nous voulons refuser.

Donc la lutte continue au-delà du 15 mai. Mais déjà le 15 mai, c’est une grosse affaire gagnée et longue vie à ceux qui ont pensé, qui ont lutté pour instituer ce 15 mai. Les musulmans, ils ont des fêtes, chômées et payées, les chrétiens, plus de deux fêtes. Nous les traditionnalistes, on n’en avait pas, ce n’est pas normal. On n’était pas pris à égalité, hors c’est ça notre réalité, notre affaire même. On prend pour les autres, on met ça en avant.

On nous décrète deux journées comme chaque religion à deux journées chômées et payées. Si on doit s’arrêter au 15 mai, qu’on demande aux autres confessions religieuses, de choisir parmi leurs fêtes, une seule fête qu’on va chômer et payer. Ça va nous faire gagner trois jours au lieu de six. Si les animistes ont deux, les chrétiens et les musulmans, deux ou plus, ça fait trop de fêtes chômées et payées. Ils n’ont qu’à se consulter et que chacun choisisse une seule fête.

Les pays africains n’ont pas intérêt à avoir trop de jours chômés et payés. On a besoin de travailler. On ne vit pas seulement que de prières. Si tu ne pars pas prier à la mosquée ou à l’église, ça te fait rien du tout mais si tu ne pries pas tes ancêtres, tu auras oublié tes origines. Et c’est ça qui peut te faire quelque chose. Donc, aies plus peur des ancêtres de tes ancêtres paternels et maternels que de quelque chose qui vient de l’extérieur. Si tu respectes tes ancêtres, tu les honores, rien ne peut te déstabiliser. Voilà la réalité.

Sur la question du terrorisme, d’aucuns estiment que vous avez un pouvoir surnaturel et se demandent pourquoi vous ne vous mettez pas au-devant des combats ?

Attention, ce sont des choses qui s’organisent. Il y a deux mois, le ministre de la défense a présidé une réunion des dozos à Bobo. Réunion au cours de laquelle il a demandé l’union des dozos, l’union de toutes les forces occultes puisque on ne doit pas laisser la guerre aux FDS et VDP seulement. La guerre, c’est l’affaire de nous tous et chacun doit y contribuer pour ce qu’il peut. Si quelqu’un a de l’argent, il peut contribuer avec son argent, même s’il a acheté un fusil pour un VDP, c’est déjà bon.

Ce fusil peut éliminer combien de terroristes, c’est beaucoup. Donc, notre contribution, ce sont les connaissances mystiques, faire de telle sorte que nos combattants soient protégés. La guerre, ce n’est pas une affaire seulement des armes conventionnelles (des drones, fusils et bombes). C’est la guerre tout court, généralisée, prise sous toutes ses formes.

Je n’aime pas parler de moi comme ça mais moi j’ai déjà protégé combien de combattants ici ? Sans prendre le moindre sou avec les combattants qui viennent me voir. Ils sont partis et ils en sont revenus. Je n’ai pas besoin de monnayer mon savoir là-bas. La Patrie, ça appartient d’abord à nos ancêtres. Et si tu aimes tes ancêtres, tu dois lutter pour préserver la patrie.

C’est une lutte commune et chaque citoyen doit consentir un sacrifice. Le totem du Burkinabè, c’est le consentement du sacrifice. On demande trop à l’Etat. L’Etat ne peut pas tout faire, l’Etat n’a pas les moyens financiers même pour tout faire. Chacun à son niveau doit se demander, qu’est-ce que je fais pour l’Etat et non qu’est-ce que l’Etat doit faire pour moi. Donc ça implique le sacrifice.

Les jeunes qui partent mourir au front, c’est le sacrifice suprême ça. Nous qui ne sommes pas au front, nous devons les encourager, soutenir leurs familles en leur absence. Laurent Bado a bien dit, le Burkinabè est méchant, égoïste. Il a dit ça et depuis 15 ans, il parle de ça. On constate ça clairement aujourd’hui. Personne ne veut se tuer pour personne. C’est un pays comme ça ? Le pays ne peut pas être viable avec cette mentalité, or la Patrie, c’est pour tous. Et personne ne peut aller vivre ailleurs, on est mieux chez soi, personne ne peut inventer une autre terre qui s’appelle Burkina Faso.

Donc, nous avons intérêt à ce qu’on ne prenne pas notre pays. On a qu’à se sacrifier, chacun à son niveau. Si le forgeron peut fabriquer des armes, il n’a qu’à faire, celui qui peut faire quelque chose, il n’a qu’à faire. C’est ça la patrie. La patrie, ce n’est pas une seule personne, ce n’est pas les dirigeants qui se mettent à se débattre avec le peu d’argent qu’on a dans nos caisses.

On doit avoir conscience de notre existence, de notre devoir de préserver notre territoire. Si on nous prend ça, c’est une honte. Et qu’est-ce que les terroristes cherchent ? S’ils prennent un territoire, qu’est-ce qu’ils font, qui les a aidés à faire la guerre, ils ne fabriquent pas d’armes, c’est l’Occident et ils vont appeler les Blancs à venir gérer ce pays. Donc, nous n’avons pas intérêt à nous laisser faire.

Moi j’entendais des gens dire qu’on va négocier avec les terroristes. On lutte seulement pour gagner, c’est ça qui convainc, ce n’est pas la négociation qui convainc. Si j’ai gagné, je t’ai terrassé, c’est ça qui prévaut. Ma philosophie, c’est de ne pas négocier. Qu’est-ce qu’il prouve que dans la négociation, quand ils auront accepté, ils seront sincères ? Une affaire est de négocier et une autre est de respecter la parole donnée, ce qu’on a dit, de ne pas trahir la négociation. Combien de fois, les négociations ont été trahis.

Donc, ne nous laissons pas faire, soyons malins. L’expérience montre qu’il faut gagner, c’est tout. Il n’y a pas de négociation à faire. Si on négocie et après, ils reviennent encore dire qu’ils s’en foutent de ça, comment on fait. Non, anticipons, faisons tout pour gagner notre guerre et c’est tout, il n’y a pas deux chemins. C’est une honte même de négocier. Jusqu’au dernier Burkinabè, on doit lutter. Si maintenant, ils ont réussi à nous gagner, on sait qu’on n’a pas pu. C’est tout mais négocier, c’est de la faiblesse. Celui qui veut négocier c’est qu’il est en position de faiblesse. Celui qui est en position de force ne négocie jamais.

Votre mot de fin ?

Je souhaite que les Burkinabè sachent qu’ils font un peuple malgré la soixantaine d’ethnies. La preuve, nous avons des parentés à plaisanterie. C’est un bel héritage. Nous avons des atouts ici qui font qu’on peut bien vivre en commun. Préservons la cohésion sociale et on pourra lutter, parce que si on n’est pas unis, c’est difficile de lutter. La cohésion sociale, préservons ça d’abord, l’entente entre nous, on n’a qu’à s’aimer. Et maintenant, le courage de lutter. Soyons des patriotes et la jeunesse d’aujourd’hui a beaucoup à faire dans cette affaire.

C’est un problème d’éducation même. L’éducation commence au berceau. Si on apprend aux gens ce que c’est le pays, on inculque le patriotisme à travers même l’éducation de l’enfant, il va s’en dire qu’il n’y aura pas de problème après. Si on n’éduque pas un enfant, il ne connaît pas les interdits sociaux, ce qu’il doit faire et ce qu’il ne doit pas faire, il va dire quoi demain ? Nous serons une société d’animaux, chacun fait ce qu’il veut, la loi de la jungle.

Donc soyons patriotes, aimons-nous les uns les autres et soyons fiers surtout de nous et de notre culture. N’aidons pas les autres à valoriser leurs cultures. Si tu vas à la mosquée, à l’église, tu aides les autres à valoriser leurs cultures. Et ça, c’est de la trahison, c’est trahir les ancêtres. Si les gens peuvent se sortir de ça là, ils n’ont qu’à sortir vite. Je ne suis pas en train de dénigrer des religions, je précise mais ma vérité passe par là. Les gens vont interpréter, Konomba insulte les religions des gens. Non, c’est ma religion que je défends. Regardez dans les prêches des autres religions, ils nous insultent là-bas. Tout ce qu’on fait, le culte des ancêtres, égorger des animaux, ils disent que c’est satanique.

Ce n’est pas une insulte ça ? Nous on ne répond pas à ça. Ce sont les religions révélées qui on fait des guerres de religion, les croisades au moyen-âge, on tuait ceux qui n’étaient pas de la religion chrétienne. Le djihad, c’est des guerres de religion. Mais les religions traditionnelles, l’animisme n’a fait aucune guerre de religion. Donc, c’est la religion de la paix même par excellence. Tu as déjà vu un animiste obligé quelqu’un, tuer quelqu’un parce qu’il n’égorge pas des poulets, parce qu’il ne reconnaît pas les ancêtres.

C’est la religion de la paix et de la cohésion sociale par excellence. On entend tous les prêches, nous sommes tous dans le village, Ouagadougou c’est un village. On écoute les gens prêcher, ils nous insultent. Que c’est du satanisme, certains disent même que si tu es malade, il ne faut pas aller voir des guérisseurs traditionnels. Il faut faire des prières seulement. La prière a déjà guéri quelqu’un ? La prière qui guérit, c’est la prière aux ancêtres, à tes ancêtres, ils auront pitié de toi et ils vont te guérir. Mais la prière aux ancêtres d’autrui, ça ne peut guérir personne.

Je suis fier de porter mon nom ‘’Konomba’’, c’est le nom du fétiche de mon père. Et c’est le fétiche que je détiens et je ne regrette pas d’être Konomba, d’être dans la religion traditionnelle. Ça m’a apporté plus de bien, je ne peux pas vous démontrer ça mais ça m’a apporté plus de bien.

Interview réalisé par Mamadou Zongo
Lefaso.net

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