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Burkina/Migration irrégulière : « Les histoires de visas-là, il faut s’en méfier. Je n’ai pas pitié des personnes victimes de facilités » (Procureur du Faso)

Publié le lundi 4 décembre 2023 à 21h55min

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Burkina/Migration irrégulière : « Les histoires de visas-là, il faut s’en méfier. Je n’ai pas pitié des personnes victimes de facilités » (Procureur du Faso)

C’est l’histoire d’un ‘’deal’’ et surtout d’une perspective d’obtention de « visa » pour l’Eldorado qui a atterri, la semaine écoulée, précisément lundi, 27 novembre 2023, dans une des salles d’audience du Tribunal de grande instance Ouaga I. Quel est le contentieux ? M. L a attrait Z. Y pour « diffamation » et « outrage », pour l’avoir, dans cette affaire, qualifié de « voleur », « escroc », « diable ». Une affaire sur un sujet crucial de migration clandestine, dont l’ampleur au Burkina également semble dépasser son actualité. En tous les cas, le Tribunal a saisi l’instant offert pour sensibiliser les populations via l’assistance.

Que faut-il comprendre de ce litige ? C’est l’histoire d’un expatrié, se présentant comme le national d’un pays européen dont l’ambassade est située à Ouagadougou, qui offre une « formation » pour l’obtention de « visa » pour le pays dont il dit être d’origine (son identité n’a pas été remise en cause devant le tribunal). La formation dure une journée. Pour y accéder, il faut débourser la somme de 180 000 FCFA par personne. Cette formation-là a réuni 250 participants.

Le hic, c’est que des participants se sont rendus compte que la formation ne donne pas droit au visa. Dans une sorte de confusion, des participants contactent Z.Y (initiales empruntées), un citoyen burkinabè, actif sur les réseaux sociaux et qui semble avoir une certaine maîtrise des rouages de la migration régulière.
Z.Y va alors entreprendre des démarches, dit-il à la barre, auprès de l’ambassade de ce pays à Ouagadougou, aux fins de vérifier non seulement si le nommé M. L (initiales attribuées) était bien connu de la représentation diplomatique comme son national, mais également si elle était imprégnée de la ‘’prestation pour visa’’ qu’il offrait.

La représentation diplomatique répond par la négative, a expliqué Z. Y. Commencent alors des publications par Z. Y à travers sa page Facebook pour, dit-il, « dénoncer » M.L. Il qualifie ce dernier de « escroc », « diable », « voleur ». Dans la foulée, une plainte est déposée devant des services compétents burkinabè par des présumées victimes.

Des propos qui n’ont pas été du goût de M.L, qui a ainsi intenté une action en justice contre Z. Y pour « diffamation » et « outrage ».
A la barre, Z. Y reconnaît les faits, mais souligne que son intention par cette publication était de sensibiliser le public.
Le tribunal fait observer à Z.Y, et entre autres, qu’il n’a pas la qualité de qualifier quelqu’un de « escroc », « voleur »…, tant que la personne n’est pas condamnée par un tribunal pour ces infractions.

L’avocat de Z. Y estime, lui, que son client a fait un « travail formidable, celui d’éveil des consciences à travers les réseaux sociaux ». Il soutient que son client a certes agi avec émotion par des termes durs, mais que dans le fond, le problème reste réel. Aussi, a-t-il poursuivi, Z. Y a été convaincu par le fait que M.L a déjà été condamné par la justice burkinabè, tant au pénal qu’au civil (les motifs de ces condamnations n’ont pas été révélés).

Profitant de l’actualité qu’offre l’audience sur ce sujet, Parquet et juges du siège n’ont pas raté le coche d’ouvrir une lucarne de sensibilisation à l’assistance de cette salle, que les récits n’ont d’ailleurs pas laissé indifférente.

Le Parquet a donc, tout en soulignant qu’il fait, là, une observation générale, attiré l’attention de l’assistance sur l’ampleur du phénomène et a invité à la vigilance. « Les histoires de visas-là, il faut s’en méfier. Moi, je n’ai pas pitié de gens qui se font dépouiller pour ce genre d’histoires ; s’ils veulent-là, ils n’ont qu’à prendre tous vos biens. Les gens qui aiment la facilité, qui ne veulent pas suivre les procédures normales, moi, je n’ai pas pitié pour eux », a-t-il craché.
Dans un ton comique et pédagogique, le président du tribunal va enfoncer le clou : « Si vous tous, vous partez, qui va rester ici au pays ? ».

Il titille une des présumées victimes : « Vous qui ne comprenez pas français…, comment avez-vous eu l’information et comment avez-vous pu assister à la formation ? Et comment comptiez-vous vous en sortir… ? (…). Là-bas là, il n’y a pas ‘’baabêda’’, ‘’moui baongo’’, hein ! (mets locaux, ndlr) ! ». De quoi faire pouffer de rires la salle. Le délibéré est attendu dans les jours à venir.

Selon plusieurs sources, l’immigration clandestine, phénomène récurent, est devenue une préoccupation à multiple interrogations, depuis que plusieurs localités du pays subissent les attaques terroristes.

Pas plus tard qu’il y a quelques semaines, courant novembre 2023, le chef de mission de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) au Burkina, Aïssatou Guissé Kaspar, et le ministre des affaires étrangères, de la coopération régionale et des Burkinabè de l’extérieur, Olivia Rouamba, ont, dans une perspective de rapatriement, évoqué la situation de migrants burkinabè bloqués à la frontière entre le Niger et l’Algérie.

Lire la suite ici Immigration clandestine : 400 000 FCFA pour un rêve gabonais qui se solde par un naufrage !

Oumar L. Ouédraogo
Lefaso.net

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