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Burkina / Pratique "anarchique" du graphisme : « Quand on est un professionnel, ces prestataires ne sont pas vraiment un danger », Adrien Tiendrébéogo

Publié le mercredi 16 août 2023 à 21h20min

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Burkina / Pratique

« Il faut faire une affiche ». Voici une phrase que l’on ne tarde pas à entendre lors de la préparation d’une quelconque activité. Les demandes sont nombreuses et les outils de conception eux aussi, croissent. Par des logiciels dit complexes aux plus faciles d’utilisation, il semble aujourd’hui très facile de concevoir des visuels soi-même ou avec l’aide d’une tierce personne. Combiner texte, image et couleur, avec pour ultime objectif que son interlocuteur réponde « oui » à la question « c’est joli ? ». Bien que faire du graphisme demande, à côté la maîtrise des différents logiciels, une bonne dose d’originalité et de créativité, il reste un métier à part entière avec ses exigences et ses particularités. Nous avons tendu notre micro à Adrien Tiendrébéogo, infographiste de profession et directeur général de l’Agence Visu’aile pour avoir son avis sur le graphisme et ses contours au Burkina Faso.

Lefaso.net : Comment définirez-vous le « graphisme », un « graphiste professionnel » ?

Adrien Tiendrébéogo : Je dirai que le graphisme est une discipline créative qui implique l’agencement d’éléments graphiques telles que les images (photo, dessin, peinture, illustration), la typographie, les couleurs, différentes formes dans une certaine harmonie pour communiquer ou transmettre une idée, un message. On le retrouve dans la publicité imprimée ou animée, dans les vidéos, sur les sites web, ou tout autre outil ou plateforme digitale.

Quant au graphiste professionnel, il est celui qui maîtrise les règles du métier. Il est une personne créative qui sait donner vie à des idées abstraites en utilisant des outils et des techniques tels que des logiciels de conception assistée par ordinateur (CAO), des illustrations à la main et des photographies. Le professionnel maîtrise la chaîne graphique et peut conduire un projet en respectant les exigences liées à la discipline ; et en étant présent depuis l’étape de la conception/création, à l’impression ou la diffusion des supports de communication.

Il y a-t-il une différence entre graphiste et infographiste ?

Un graphiste est une personne qui crée des éléments visuels pour tous les types de supports, qu’ils soient numériques c’est-à-dire publiées sur diverses plateformes sociales, sites web, etc. ou imprimés (brochures, plaquettes, affiches, banderoles, etc.). Un infographiste fait pareil, mais a des compétences plus axées sur les outils numériques, avec de l’habilité pour les outils digitaux.

Il faut dire que les frontières sont désormais floues entre les deux. L’un comme l’autre travaille sur la communication visuelle et servent souvent les mêmes besoins.

Quel est le parcours (formation) et quelles sont les atouts (qualités personnelles) pour être un bon graphiste ?

Je dirai qu’il y a deux types de graphistes ; les autodidactes et ceux qui suivent un parcours ou un cursus scolaire et académique. Les autodidactes sont les plus nombreux. Ils apprennent sur le tas. Mais, s’ils veulent se professionnaliser ils doivent se référer aux professionnels pour améliorer leurs connaissances sur le domaine.

C’est un métier qui a ses exigences et ses particularités. Beaucoup de personnes se trompent en pensant qu’il suffit de savoir manipuler un logiciel pour être graphiste. Non, les logiciels ne sont que des outils, comme la daba ou la pioche pour le cultivateur par exemple ; à côté de cela, il faut avoir beaucoup de connaissances relatives à la communication, à l’identité visuelle pour produire des supports professionnels de qualité, à même d’accrocher et de servir des objectifs précis.

Pour sortir professionnel, il faut suivre un cursus académique. Au Burkina Faso, on n’a pas de filière d’infographie au secondaire ou à l’université pour le moment. Il faut donc s’inscrire dans des pays étrangers, pour espérer devenir graphiste professionnel. Dans ces écoles, les offres de formation sont variées et allient parfaitement la théorie et la pratique sur divers domaines de la discipline comme le dessin 2D-3D, animation, graphisme, typographie, PAO, CAO etc. Vous y sortez avec un bagage impressionnant et le choix de vous orienter vers le domaine ou la spécialité que vous souhaitez.

Un des aspects importants, c’est que vous en sortez avec un diplôme, qui est de plus en plus demandé lors des recrutements ou dans les dossiers appels d’offres.
Tout compte fait, que l’on soit autodidacte ou diplômé, il vous faut être créatif, curieux, cultivé, savoir manier les logiciels de création, maîtriser la chaîne graphique, les procédés de fabrication, le sens de la communication pour se démarquer en temps qu’infographiste ou graphiste.

Avec des visuels à 2 000 FCFA et des logos à 5 000 FCFA, des prestataires qui envahissent le marché, comment se porte la profession ?

Pour ma part, ces prestataires sont des gens qui manquent de vision. Ce sont probablement des jeunes qui n’ont pas beaucoup de charges. Ils se rendront vite compte que le temps c’est de l’argent qu’il faut utiliser à bon escient. C’est bien difficile de réfléchir, penser à une image percutante, un message impactant et ceux parfois pendant plusieurs jours, pour les vendre à ce prix, qui est relativement très bas. Quand on est un professionnel, ces prestataires ne sont pas vraiment un danger parce que nos projets sont d’un autre niveau.

Les professionnels sont souvent confrontés à un manque de temps, donc ils prennent les projets qui ont des budgets conséquents, nécessaires pour réaliser des conceptions dignes de ce nom. Ils travaillent pour des entreprises qui veulent des supports de qualité et qui misent ce qu’il faut. En plus, être un professionnel, c’est aussi savoir défendre son travail et savoir se vendre. Par contre, il faut reconnaître que ces prestataires ont quelques peu dégradé l’image du métier avec leur prix bas.

Des logiciels comme Canva ont actuellement le vent en poupe, et permettent au commun des mortels de créer des visuels à partir de templates, qui sont des visuels préconçus disponibilisés sur la plateforme. Le sujet n’a plus qu’à remplacer le texte par le message de son choix et raccorder les couleurs à celles de son logo ou de ses activités. Comment les graphistes professionnels s’adaptent-ils ? Le graphisme nourrit-il encore son homme ?

Au début je considérais que ces applications pourraient être une menace au métier de graphiste. Mais, avec du recul et quelques analyses, je me rends compte que cela permet aux professionnels de se concentrer sur les vrais projets. En réalité, ces applications sont plus utilisées par les jeunes entrepreneurs qui veulent optimiser leur budget de communication. Par exemple, j’ai des amis qui ont lancé leurs entreprises et qui voulaient que je leur offre des visuels pour leur communication digitale. Quand j’analyse le temps que je passe sur leurs visuels, surtout avec les interminables corrections et le budget alloué, ce n’est pas du tout rentable. Alors je leur conseille d’utiliser eux même Canva pour aller vite et économiser.

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes se lancent dans l’entrepreneuriat et se retrouvent confrontés au budget élevé dans la communication. Ils font plus de la communication digitale qui peut coûter moins cher et surtout quand ils font eux même leur visuel. En ce sens, les logiciels de ce genre rendent vraiment service et permettent à ceux qui ont un budget serré, de pouvoir réaliser leurs activités de communication. Mais, en tant qu’infographiste, nous ne sommes pas inquiets, parce que nous savons que plus ils grandiront, moins ils auront de temps à consacrer à la conception de visuels et seront donc obligés de faire appel aux professionnels.

En plus, ces applications ne peuvent pas encore gérer une bonne campagne de communication professionnelle. Un apprenti graphiste me disait un jour : ‘’J’utilisais Canva jusqu’au jour où on m’a demandé de faire une campagne d’affichage’’. Ces applications sont limitées dans le domaine. Elles donnent l’essentiel pour créer, mais il en faut plus pour placer la barre haut. On ne peut pas utiliser Canva et être « original ».

Quels sont les défis du graphiste à l’heure du digital ?

Le défi principal est de se mettre à jour sur les nouvelles technologies en matière de création, les nouvelles tendances, porter un regard sur l’intelligence artificielle. Tout évolue à une vitesse fulgurante. On ne peut donc pas prétendre être définitivement bon ; des remises à niveau s’imposent. Il faut également redoubler d’effort en termes de créativité et de rigueur dans le travail pour espérer se tailler une part de marché de considérable. L’ère du digital est une opportunité en or pour les créatifs, et les professionnels.

C.D
Lefaso.net

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