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« Notes sexuellement transmissibles » : Un danger pour l’éducation de la jeune fille au Burkina, selon Alitus Femina

Publié le mercredi 24 mai 2023 à 23h35min

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« Notes sexuellement transmissibles » : Un danger pour l’éducation de la jeune fille au Burkina, selon Alitus Femina

Alitus Femina veut briser le tabou sur le phénomène des notes sexuellement transmissibles dans les établissements scolaires et de façon générale, améliorer aussi la qualité de l’enseignement au Burkina Faso. C’est dans cette dynamique que cette association a organisé ce mardi 23 mai 2023 à Bobo-Dioulasso, un atelier de partage et d’échanges avec des acteurs du monde de l’éducation.

Si les institutions scolaires et académiques sont des milieux de socialisation, d’éducation, force est de constater qu’elles sont aussi devenues des lieux où les antivaleurs règnent. Le système éducatif fait face à un phénomène qui défraie la chronique, celui des notes sexuellement transmissibles. En effet, selon des acteurs du monde éducatif, cette pratique fait de plus en plus la loi des enseignants dans les établissements scolaires. Pour les responsables de Alitus Femina, le constat est désolant, car les notes sexuellement transmissibles (NST) tuent la qualité de l’enseignement. D’où l’importance d’agir vite.

Les acteurs du monde éducatif réfléchissent sur les moyens de lutte contre les NST

Qualifié souvent de « prostitution scolaire », le phénomène des NST intervient quand les enseignants, contre des relations intimes, distribuent de bonnes notes à leurs élèves. Mais, aussi attrayant que cela pourrait l’être, le revers est dur à supporter. La plupart du temps, les élèves qui acceptent les NST se laissent aller et ne consentent plus à fournir le moindre effort dans leurs études. Si cette réalité est bénéfique pour les évaluations de classe, elle l’est moins pour les examens officiels, car le jour de l’examen, l’élève se retrouve seul face à son destin. Cette pratique, en plus d’avoir des effets négatifs sur la qualité de l’éducation, peut avoir des conséquences sur la santé des élèves ou étudiantes.

C’est dans le but d’apporter sa contribution pour l’éradication de cette pratique au Burkina Faso et de promouvoir une éducation de qualité, que l’association Alitus Femina a vu le jour au Burkina. Elle est une entité partenaire d’Alitus Femina du Canada dont l’un des principaux partenaires reste le Fonds pour l’Innovation et la Transformation (FIT) et Affaires mondiales Canada. Pour les autorités municipales, cette association vient à point nommé pour combattre ce phénomène de notes sexuellement transmissibles.

La photo de famille des participants à cet atelier de partage et d’échanges

En effet, Alitus Femina travaille sans relâche dans le domaine du renforcement de la qualité de l’éducation, mettant l’accent sur la prévention et la lutte contre les violences faites aux filles et aux femmes en milieu scolaire et estudiantin. Son approche novatrice et son engagement envers la sensibilisation aux notes sexuellement transmissibles sont à la fois remarquables et essentiels pour promouvoir un apprentissage sûr et équitable pour tous, en particulier pour les jeunes filles et femmes.

« Notre singularité se manifeste à plusieurs niveaux. Nous sommes uniques en ce sens que nous avons osé aborder des questions demeurant taboues au sein de notre société, notamment la pratique des notes sexuellement transmissibles. De plus, notre unicité réside dans notre capacité à aborder un problème d’envergure avec des ressources limitées, dans l’ambition d’instaurer un modèle de changement tant au sein de notre pays qu’au-delà de nos frontières », a laissé entendre Dr Nourou Barry de l’association Alitus Femina.

Dr Nourou Barry expliquant les objectifs de l’atelier qui vise à permettre aux participants de réfléchir sur les pistes de solutions pour améliorer la qualité de l’enseignement au Burkina

Cet atelier qui se tient ce mardi 23 mai est l’une des activités phares de l’association. Il est financé par Alitus Femina Canada qui est lui-même financé par le FIT qui est un programme financé par Affaires mondiales Canada. Ce Fonds, selon Dr Nourou Barry, œuvre dans le domaine de l’éducation ainsi que dans beaucoup d’autres domaines du développement. Il vise à appuyer les petites et moyennes organisations dans la mise à l’essai de solutions novatrices visant à promouvoir l’égalité des genres dans les pays du Sud. Pour notre part, ce fonds met l’accent sur l’amélioration de la qualité de l’éducation en milieu scolaire et estudiantin avec un zoom sur le genre. Cet atelier a réuni des responsables d’institutions de l’éducation, des autorités municipales, des acteurs de la communication, des leaders coutumiers et religieux, des parents d’élèves ainsi que des élèves et étudiants.

Réfléchir sur des pistes de solutions pour éradiquer les NTS en milieu scolaire

Il s’est agi pour ces acteurs de discuter sur les actions d’Alitus Femina et de réfléchir ensemble sur les pistes de solutions, afin d’améliorer la qualité de l’enseignement au Burkina Faso. Plus précisément, améliorer la qualité de l’éducation chez les jeunes filles et femmes. « Les NST sont un sujet tabou et délicat, mais qui constitue une réalité dans nos institutions éducatives. Et Alitus Femina vient à point nommé pour essayer de comprendre le phénomène. C’est ainsi que des données ont été collectées à travers une enquête sur le terrain. Cet atelier vise à partager ces informations avec les différentes parties prenantes et recueillir leurs avis également sur le sujet, afin d’améliorer le système éducatif », a-t-il expliqué.

La cérémonie d’ouverture des travaux a été présidée par le président de la délégation spéciale de l’arrondissement 5 de la commune de Bobo-Dioulasso, Yoma Etienne Bako. Il a fortement salué l’initiative de la création de Alitus Femina. « Nous saluons cette noble initiative à sa juste valeur parce que cette association vise à moraliser le monde éducatif. Pour que l’éducation soit porteuse pour le développement d’un pays, il faut qu’elle se base sur des valeurs très nobles. Et cette association se donne les moyens de sensibiliser les acteurs du monde éducatif sur le phénomène des NST. Ce qui est une bonne chose », s’est-il réjouit.

Le président de la délégation spéciale de l’arrondissement 5 de la commune de Bobo-Dioulasso, Yoma Etienne Bako a fortement salué l’initiative de Alitus Femina

Il reste convaincu que les propositions issues de cet atelier vont permettre à Alitus Femina d’améliorer ses interventions sur le terrain dans le cadre de la lutte contre les NST. D’où son engagement, au nom de la délégation spéciale de l’arrondissement, d’accompagner l’association dans sa mission. Cet atelier s’est articulé autour des communications, des échanges entre acteurs ainsi que des travaux de groupe, afin de proposer des pistes de solutions. A l’issue donc des travaux, des propositions ont été faites pour non seulement améliorer la qualité de l’enseignement au Burkina mais aussi aider Alitus Femina à améliorer ses interventions sur le terrain.

Parmi les propositions, l’on peut retenir, entre autres, la création d’un numéro vert pour dénoncer tout acte des NST ; maximiser sur les campagnes de sensibilisation à travers des théâtres fora, des thés débat, les émissions télévisées et radiophoniques ; appliquer des sanctions aux acteurs de la pratique ; impliquer les parents d’élèves dans cette lutte ; etc. Toutes ces propositions sont bien accueillies par les responsables de l’association. Safiatou Lingani est la directrice de la promotion du genre et de l’action sociale de la commune de Bobo-Dioulasso. Selon elle, l’exploitation sexuelle dans les écoles est devenue un phénomène tellement répandu qu’elle se réjouit du combat de Alitus Femina.

« J’entends parler des NST mais j’ignorais l’existence d’une association qui lutte contre la pratique. Donc c’était d’abord une découverte pour moi et j’avoue que nous avons beaucoup appris au cours de cet atelier. Je suis très contente. Nous attendons beaucoup de cette association sur le terrain afin qu’on arrive à éradiquer ce phénomène parce qu’il joue négativement sur l’éducation de nos enfants et sur le rendement de l’élève », a-t-elle laissé entendre.

La directrice de la promotion du genre et de l’action sociale de la commune de Bobo-Dioulasso, Safiatou Lingani pense que l’exploitation sexuelle dans les écoles est devenue un phénomène répandu qu’elle se réjouit du combat de Alitus Femina

Kati Mireille Ouédraogo, étudiante en anthropologie à l’université Nazi Boni, a pris part à cet atelier. Elle affirme n’avoir jamais été victime de cette pratique. Pour elle, « lorsqu’on parle de NST, on pense que ce sont uniquement les élèves ou les étudiantes qui sont des victimes alors que les enseignants sont très souvent des victimes et personne n’en parle. Donc la sensibilisation doit se mener à tous les niveaux », a-t-elle conseillé. Qu’à cela ne tienne, elle invite ses camarades à utiliser leur intellect pour pouvoir avoir les meilleures notes car, dit-elle, « ce n’est pas avec les jambes qu’elles vont acquérir les meilleures qualités pour pouvoir espérer diriger un jour ce pays ».

Le proviseur du lycée Tatana de Banfora, Moussa Koné, pour sa part a salué également cette initiative. A l’en croire cet atelier vise à apporter une contribution pour améliorer le système éducatif au Burkina. Il a reconnu que la question des NST demeure toujours un sujet tabou dans la société. C’est pourquoi, il trouve intéressant que Alitus Femina s’intéresse à la problématique. Tout en saluant les actions de cette association, il a réaffirmé son engagement à œuvrer au côté de ses responsables dans cette lutte qu’il juge noble. « Il est très important de lutter contre cette pratique qui peut amener plus tard ces élèves dans la prostitution », a prévenu Moussa Koné.

Pour une lutte efficace sur le terrain, Alitus Femina collabore avec les acteurs du monde éducatif, dont les institutions scolaires. A cet effet, l’association a doté certains établissements scolaires d’outils de collecte de données sur le terrain. Ainsi, plus d’une dizaine d’établissements ont bénéficié de tablette pour faciliter le travail. Après avoir reçu le matériel des mains de la présidente de Alitus Femina, Maïmouna Traoré, les bénéficiaires se réjouissent et promettent d’en faire bon usage.

Romuald Dofini
Lefaso.net

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