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Bobo-Dioulasso : Licenciés depuis 2005, des ex-travailleurs de la Sap Olympic exigent toujours leurs « droits légaux »

Publié le lundi 22 mai 2023 à 22h46min

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Bobo-Dioulasso : Licenciés depuis 2005, des ex-travailleurs de la Sap Olympic exigent toujours leurs « droits légaux »

Des ex-travailleurs de la Société africaine de pneumatique (Sap Olympic) crient au secours. En effet, une centaine de personnes ont été licenciées de « manière abusive » en 2005, sans aucune mesure d’accompagnement. Après avoir saisi la justice, ils ont remporté le procès plusieurs fois. Mais depuis lors, c’est la croix et la bannière pour faire exécuter cette décision de justice qui leur est favorable. C’est pourquoi, ils demandent une fois de plus aux autorités de s’impliquer, afin que justice leur soit rendue.

Réunis ce matin-là devant la maison des jeunes, juste à côté de l’hôtel de ville de Bobo-Dioulasso, ces désormais ex-travailleurs de la Société africaine de pneumatique (Sap Olympic) réclament toujours leurs droits légaux, depuis leur licenciement en 2005 jusqu’à aujourd’hui. Jean Marie Sanou est leur porte-parole. Vêtu de la manière la plus simple possible avec une chemise manches longues et d’un pantalon de couleur jaune moutarde, Jean Marie Sanou ne cache plus son désespoir, sa tristesse et ses frustrations face à cette « injustice » qu’il dit vivre avec ses camarades, depuis près de 18 ans. Après avoir travaillé pendant plusieurs années pour la Sap Olympic, lui, comme ses autres camarades de lutte demandent de la reconnaissance de la part de leur ex-employeur.

C’est avec un visage qui a perdu toutes ses couleurs que cet ex-employé de la Sap Olympic raconte ses mésaventures. Déjà, ses yeux s’emplissent de larmes lorsqu’il commence son récit. A l’en croire, la Sap Olympic, depuis sa création, a procédé à plusieurs licenciements abusifs. Ainsi en 2005, environ la centaine de personne s’ajoutaient aux licenciements et compressions effectués par le passé. « Aucun de ces licenciements n’a bénéficié de mesures d’accompagnement. En ce qui concerne notre cas, cette situation a provoqué de multiples divorces au sein du groupe et beaucoup d’enfants non scolarisés », a-t-il déploré.

Jean Marie Sanou expliquant les conditions difficiles dans lesquelles ils vivent, lui et ses camarades de lutte

Aujourd’hui, ces ex-employés de la Sap souhaitent que justice leur soit rendue convenablement et que l’article 78 du Code de procédure civile soit également appliqué afin qu’ils entrent dans leurs droits. Ils implorent le gouvernement, à travers le ministère de la Fonction publique, de se pencher sur la situation afin de trouver une issue favorable à cette situation qui, disent-ils, les torture depuis des années déjà. « Nous sommes des hommes mariés, des pères de famille. Aujourd’hui d’autres sont admis à la retraite et nous avons perdu dix de nos camarades. Si nous avons raison, pourquoi ils refusent de nous donner nos droits ? Nous sommes tous des Burkinabè et nous avons toutes les preuves », a-t-il lancé avec un visage attristé.

Le déroulement de l’histoire

L’histoire remonte en août 2005, où ces employés disent avoir été « licenciés abusivement » par leur employeur. Ils disent avoir donc déposé, à l’époque, une plainte à l’inspection du travail de Bobo-Dioulasso, qui n’a pas connu un aboutissement favorable. « Le directeur régional de l’emploi qui, à l’époque, cherchait à réconcilier notre employeur et nous-mêmes déclara n’avoir pas été respecté par l’employeur qui se devait de le tenir, lui, informé de ce licenciement. C’est alors que l’employeur demanda à l’inspecteur du travail chargé de la réconciliation d’envoyer notre dossier à la justice », a-t-il relaté. C’est ainsi que le dossier a été déposé au tribunal du travail de Bobo-Dioulasso en novembre 2007.

Après deux reports du jugement, le 17 septembre 2009, le président chargé de juger l’affaire a établi que les employés avaient raison. C’était la première instance et ce même jour, la société a fait appel à la Cour d’Appel. Il y eut au moins six renvois avant que le dossier ne soit jugé. « Après délibération 36 personnes ont été déboutées et n’ont donc absolument rien reçu comme dédommagement. Quant aux autres personnes, on leur a alloué des sommes dérisoires, très mal calculées et ne tenant pas compte de la loi. Nos deux avocats étaient conscients de cette situation. Le président chargé de délibérer à la Cour d’Appel, après lecture du délibéré, a fait savoir que si nous n’étions pas satisfaits de la délibération, que nous disposions de deux mois et quinze jours pour faire appel en cassation à Ouagadougou », a-t-il expliqué. Etant donné qu’ils ne résidaient pas à Ouagadougou, ils avaient 15 jours supplémentaires.

Licenciés depuis 2005, des ex-travailleurs de la Sap Olympic exigent toujours leurs « droits légaux »

« Nous avions été déçus. Nous avons toutes les preuves que les 36 personnes qui été déboutées ont travaillé à la Sap. Nous avons les contrats de travail et leurs bulletins. C’est pourquoi nous avions fait appel à la cassation et nos deux avocats nous ont abandonné. Nous avons donc fait appel à un autre avocat à Ouagadougou. Cela faisait deux mois et cinq jours qu’il nous avait été notifié que nous pouvions faire appel. Le jugement a été programmé pour le 20 octobre 2016. A ce jugement, la présidente du tribunal a évoqué un dépassement du délai qui, selon elle, est de deux mois. Alors que nous étions dans le délai pour faire appel nous disposions de deux mois et quinze jours parce que nous ne sommes pas à Ouagadougou », s’est offusqué Jean Marie Sanou.

Cette affirmation a été réfutée par les plaignants et leur avocat en faisant valoir l’article 78 du Code de procédure civile relatif aux délais. Le dossier a donc été maintenu et programmé pour être délibéré le 23 novembre 2016. « Le président de séance a, à notre très grande surprise, déclaré que notre dossier (Dossier Sanou Jean-Marie et 100 autres contre la SAP) est irrecevable pour non-respect de l’article 78 du Code de procédure civile alors qu’à notre avis cet article accorde 15 jours au-delà des deux mois parce que nous résidons à Bobo-Dioulasso et que la juridiction se trouve à Ouagadougou. Nous sommes donc bel et bien dans les délais », a-t-il persisté.

Le désespoir des ex-travailleurs de la Sap Olympic

Face à cette situation, le désespoir s’est installé peu à peu. Mais très vite, ces ex-employés de la Sap ont décidé de prendre leur destin en main afin d’avoir gain de cause. Et c’est ainsi qu’ils ont décidé de saisir le Haut conseil pour la réconciliation et l’unité nationale (HCRUN) à l’époque, après avoir écrit également au ministre en charge de la fonction publique et au ministère de la Réconciliation sous le président Roch Kaboré.

« Après donc la cassation, nous avons saisi le HCRUN qui s’est déplacé venir à Bobo-Dioulasso nous rencontrer et nous avons livré toutes les preuves. Le HCRUN a également rencontré la direction de la Sap Olympic. C’est à la suite de cette rencontre que le HCRUN nous a fait savoir que la Sap a reconnu qu’elle avait tort et que tout était rentré dans l’ordre. Depuis lors, nous n’avons plus eu de suite », a laissé entendre Jean Marie Sanou.

Jean Marie Sanou invite les autorités du pays à se pencher sur la situation pour une issue favorable

Aujourd’hui le HCRUN n’existe plus et avec le coup d’Etat qui a renversé le régime de Roch Kaboré, ils ne savent plus à quel saint se vouer car, disent-ils, ne pas savoir où se trouve leur dossier actuellement. Mais ils ne comptent pas baisser les bras de sitôt. Jean Marie Sanou et ses camarades affirment avoir adressé un nouveau courrier au ministre en charge de la fonction publique pour lui demander son aide. « Pour l’instant nous n’avons pas reçu de retour », a-t-il dit.

Quant à la question de savoir s’ils ont été approchés par la direction de la Sap, Jean Marie Sanou répond : « Nous sommes devenus aujourd’hui des ennemis de la Sap. Nous n’avons plus accès à la Sap donc nous n’avons plus de dialogue. Nous souffrons beaucoup ; nous réclamons nos droits de 2005 jusqu’à nos jours », a-t-il clamé.

Romuald Dofini
Lefaso.net

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