LeFaso.net, l'actualité Burkinabé sur le net
Proverbe du Jour : “Le lion et la panthère sont inoffensifs ; en revanche, les poules et les canards sont des animaux très dangereux, disait un ver de terre à ses enfants” Bertrand Russel

Téléphonie mobile au Burkina : Vers la mise en place d’un identifiant unique électronique

Publié le dimanche 19 mars 2023 à 22h50min

PARTAGER :                          
Téléphonie mobile au Burkina : Vers la mise en place d’un identifiant unique électronique

« N’est-il pas nécessaire d’encadrer d’avantage la vente des cartes SIM par les opérateurs de téléphonie mobile dans un contexte de crise sécuritaire ? Qu’en est-il de la sécurisation des données échangées lors des communications électroniques ? » Telles sont les questions que le député Salif Yada a adressé à la ministre de la transition digitale, des postes et des communications électroniques, Aminata Zerbo. C’était au cours de la session parlementaire du vendredi 17 mars 2023 en présence de 42 députés. La session a été présidée par le troisième vice-président de l’Assemblée législative de transition, Ousmane Diallo.

D’entrée de jeu, la ministre fera observer que le problème d’identification des abonnés des opérateurs de téléphonie mobile s’est corsée avec l’exacerbation de la crise sécuritaire qui frappe de plein fouet le Burkina. Pour réduire les affres constatées dans ce milieu, le 31 décembre 2018, le gouvernement prenait un décret portant modalités d’identification des abonnés aux services de communications électroniques et des clients de cybercafés.

L’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) avait en charge de veiller à l’application des dispositions dudit décret ainsi que des sanctions. « Plus de trois ans après son adoption, on peut retenir que le décret a permis d’assainir substantiellement le fichier des usagers des services de communication électroniques dans les réseaux des opérateurs et fournisseurs de services. Cependant, les contrôles annuels effectués par l’ARCEP laissent apparaître l’existence de points de non-conformité tels que les numéros fonctionnant sur le réseau avec des identifications incomplètes, les multiples abonnements les incohérences avec les documents d’identification nationaux. En somme, les difficultés sont essentiellement associées à la problématique globale de l’identification des populations au niveau du pays, plus particulièrement à la non mise en place de l’interconnexion des bases de données des opérateurs avec celle de l’Office national d’identification conformément aux dispositions de l’article 6 du décret, et cela, cinq ans après son adoption ». Par ailleurs, estime-t-elle, même si certains pays tels que le Togo et le Nigéria ont opté pour la limitation des cartes SIM à trois par utilisateur, la problématique fondamentale reste et demeure la qualité d’identification.

Selon l’ARCEP, jusque-là il n’y a pas eu de sanction à l’encontre des opérateurs de téléphonie mobile mais un contrôle a été fait et les rapports sont en cours de finition

Ainsi, pour couper broche et renverser la vapeur, le gouvernement prévoit un projet pour la mise en place d’un identifiant unique électronique de base des personnes au Burkina Faso car dit, la ministre, « notre pays souffre d’un déficit global de traçabilité qui impacte tous les secteurs dont celui du numérique ». « Ce projet ambitieux et transversal nous permettra de disposer d’une identification fiable de toute personne vivant au Burkina Faso, d’assurer l’interopérabilité nécessaire entre les différentes bases de données d’identité, mais surtout de faciliter l’accès de manière sécurisée à une plateforme digitale de vérification de l’identité. Cela permettra d’améliorer la fourniture des services de base aux populations et de renforcer l’action des pouvoirs publics à tous les niveaux, y compris au niveau sécuritaire », explique-t-elle.
En attendant la concrétisation de ce projet le MTDPCE et l’ONI sont lancés dans des phases de concertations, histoire de réduire la casse et améliorer la fiabilité du dispositif actuel.

Pour ce qui est de la sécurisation des données échangées lors des communications électroniques, elle est perceptible à deux niveaux : d’une part au niveau des opérateurs de réseaux et fournisseurs, d’autre part au niveau des pouvoirs publics.
Au niveau des opérateurs de réseaux et fournisseurs, « ils ont l’obligation d’utiliser des systèmes de sécurisation tels que les pare-feu réseaux pour empêcher des accès malveillants à leurs bases de données. En sus, ces bases de données sont cryptées et leurs accès sont conditionnés à une authentification préalable. Par ailleurs, ces bases de données doivent être déployées de manière redondante pour garantir la résilience des services de communication en cas de panne ou d’attaques. Aussi, il faut noter que l’ensemble des sites abritant ces données sont soumis à une surveillance physique à travers les services de sécurité et la mise en place des plateformes numériques (système de vidéosurveillance) ».

Le gouvernement lui intervient dans trois domaines majeurs à travers la mise en place de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI). D’abord, la sécurité du stockage en garantissant la confidentialité, l’intégrité et la disponibilité des données stockées sur les systèmes d’information. Ensuite, la sécurité des réseaux de communication notamment de certains organismes critiques. Enfin, la sensibilisation et la formation à la culture de la cyber sécurité au profit de divers acteurs du cyberespace national. Par ailleurs, un avant-projet de loi portant sécurité des systèmes d’information est en gestation.

Le troisième vice-président de l’ALT, présidant la session parlementaire du vendredi 17 mars 2023

L’exposé de la ministre Aminata Zerbo a laissé place à une vague de critiques allant de l’application des textes aux sanctions prévues pour réprimander les écarts d’irrégularités. « La difficulté majeure en ce qui concerne l’identification se retrouve sur le terrain particulièrement avec les revendeurs qui ne sont pas en mesure de respecter les indications des opérateurs de téléphonie mobile. La mesure pourrait être stricte mais on pourrait songer à stopper la revente des revendeurs parce qu’à leur niveau, ils ont la latitude d’identifier les utilisateurs comme ils veulent. Ils peuvent ramasser des pièces d’identité et faire des identifications en l’absence de l’intéressé. Ils peuvent aussi le faire moyennant de l’argent lorsque quelqu’un apporte une pièce qui n’est pas la sienne. Alors que dans les agences agréées et principales, l’identification se fait en présentiel. Quand vous n’êtes pas là, on ne peut pas faire l’identification, a moins d’apporter une procuration du propriétaire de la pièce d’identité. C’est une mesure très radicale, je le reconnais. Ce n’est pas forcément la bonne solution et il faut poursuivre la réflexion. Mais si on n’a pas de solution à terme, il faudrait y penser, surtout en cette période d’insécurité. Aussi, pour ce qui est de la sécurisation des données, on constate que les arnaqueurs via les mobiles money ont beaucoup d’informations sur leurs cibles. Il faut se demander comment ils font pour avoir ses informations. C’est sur des applications précises qui requièrent des accès précis. Je tiens à préciser que ce ne sont pas forcément les agents qui travaillent dans ces structures de téléphonie mobile qui font cela, mais ça peut être des personnes qui ont eu à travailler là-bas. Il serait donc judicieux pour les compagnies de téléphonie mobile de veiller à ce que tous les accès soient retirés aux agents qui les ont gardés après expiration de leur contrat » a suggéré l’honorable Aboubacar Kabré.

Une vue des parlementaires présents à cette session

Pour ce qui est des sanctions, un autre député estime que l’Etat semble faible face aux opérateurs de téléphonie mobile, au vu des sanctions contenues dans les textes. « Pour moi, la sanction doit être dissuasive. Lorsqu’on lit les sanctions à l’encontre des opérateurs, on voit 50.000 FCFA, 100.000 FCFA par puce, etc. Moi ça m’étonne. Quand on connaît le chiffre d’affaire des réseaux je me demande au final si ce sont des sanctions ou si ce sont des amusements. Il faut qu’on revoit ces sanctions là et aller au-delà en prévoyant des sanctions pénales », dira-t-il.

Il estime par ailleurs que donner la possibilité à chaque utilisateur d’avoir 5 puces, pourrait constituer un nid favorable à l’approvisionnement des terroristes. [ Cliquez ici pour lire l’intégralité ]

Les ministres de la transition digitale et de la sécurité sur la première rangée

Erwan Compaoré
Lefaso.net

PARTAGER :                              

Vos commentaires

  • Le 20 mars 2023 à 12:59, par Baoyam En réponse à : Téléphonie mobile au Burkina : Vers la mise en place d’un identifiant unique électronique

    Il faut faire attention car nous sommes entrain de créer des bases de données juste pour permettre à l’extérieur de surveiller nos vies. Je doute fort que cette mesure préviendra des terroristes d’avoir des cartes sim. Ils chassent et tuent les villageois et récupèrent leurs portables. Une personne décédée ne peut pas aller déclarer une perte de portable. De même, les personnes déplacées et confinées dans des endroits inaccessibles ont pour dernier soucis de déclarer une perte de téléphone portable.

  • Le 22 mars 2023 à 17:30, par LoiseauDeMinerve En réponse à : Téléphonie mobile au Burkina : Vers la mise en place d’un identifiant unique électronique

    Bof ! Ça entre un peu l’embrouille. Qu’en est-il du projet Id unique piloté par l’Ad. Territoriale ou la Justice ? Id unique pa ci Id unique pa là, on ne comprend plus rien. Il faut de la méthode, coordination, armonisation.

 LeFaso TV
 Articles de la même rubrique