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Burkina : Le créateur du Razball, Zakaria Bandaogo, rêve de voir la discipline érigée au rang de sport national

Publié le mercredi 15 mars 2023 à 22h20min

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Burkina : Le créateur du Razball, Zakaria Bandaogo, rêve de voir la discipline érigée au rang de sport national

Le domaine sportif compte plusieurs disciplines à travers le monde. Au Burkina, le magistrat, substitut du procureur du Faso près le Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso Zakaria Bandaogo s’est démarqué avec la création d’une nouvelle discipline sportive : le Razball, officiellement lancé le samedi 31 juillet 2021. Ce sport, assez particulier se joue sur un terrain de 26 mètres de long sur 9 mètres de large, divisé au milieu par un filet bien tendu laissant un espace en dessous d’une hauteur d’un mètre. Ainsi la balle, plutôt que de passer par le haut du filet passe par le bas. Découvrons ce sport de même que son concepteur à travers ces lignes

Lefaso.net : Qu’est-ce que le Razball ?

Zakaria Bandaogo : Le Razball est une discipline sportive à part entière, c’est une discipline autonome qui se joue avec un ballon de football et qui se pratique sur un terrain de 26 mètres de long sur 9 mètres de large en jeu simple et en jeu double sur un terrain de 30 mètres de long sur 15 mètres de large. Le terrain est divisé en deux parties par un filet qui est suspendu à un mètre du sol et le ballon passe en ras de terre. Plus explicitement, le ballon doit passer en dessous du filet d’où le nom Razball parce que le ballon se joue en ras de terre.

L’équipe de Razball est composée de cinq joueurs et peut se jouer en équipe de deux coéquipiers chacune, soit quatre joueurs au total (appelé jeu double) avec trois remplaçants ou à seul soit deux joueurs au total (appelé jeu simple).

Quelles sont les particularités de ce jeu ?

C’est une discipline créée au Burkina Faso, créée en Afrique et c’est une discipline qui, dans sa codification, emprunte nos langues nationales pour pouvoir tenir compte de sa réglementation. La particularité est qu’elle se pratique également sur un terrain réduit en 30 mètres de long sur 15 mètres de large et également 26 mètres de long sur 9 mètres de large selon qu’il s’agit de jeu double ou de jeu simple. C’est une discipline à la portée de tout le monde parce que le terrain étant réduit, cela permet à toute personne qui veut pratiquer le sport de pouvoir le pratiquer aisément. C’est aussi une discipline qui évite le contact avec l’adversaire. C’est donc une discipline qui, dans sa pratique, vous protège du contact avec l’adversaire, ce qui minimise les risques de blessures. Il y a également un hymne dédié au Razball qui s’intitule I ihoronya

Qu’est-ce qui vous a motivé à créer ce jeu ?

Ce qui m’a motivé à créer ce jeu, c’est que lorsqu’on fait une analyse, qu’on fait un constat, on se rend compte aisément que presque toutes les disciplines sportives qui sont pratiquées présentement au niveau mondial, sont des disciplines créées par les autres nations, notamment les nations européennes et américaines. Au niveau africain, il est vrai que nous pratiquons ces sports. Mais nous n’avons pas, à ma connaissance, une discipline règlementée avec des pratiques uniformes qui a ses règles propres et qui a atteint un certain niveau de reconnaissance au niveau mondial.

Zakaria Bandaogo, concepteur du Razball

Donc pour moi, la création de cette discipline s’inscrit dans un ordre de défis à relever pour le Burkina Faso, pour l’Afrique parce qu’il fallait au moins que le Burkina Faso, l’Afrique puissent apporter leur contribution à l’édification de l’humanité en ce qui concerne le sport. Puisque nous sommes dans un monde du donner et du recevoir, il est quand même important que le continent africain, le Burkina Faso en particulier, puisse à travers sa jeunesse apporter sa contribution dans cette construction de l’humanité. J’ai donc créé cette discipline pour participer à l’épanouissement, au bien-être de la population mondiale à travers le sport, à travers le Razball.

Le Razball a été lancé en juillet 2021 dans la ville de Bobo-Dioulasso… ce jeu a-t-il pu s’imposer au Burkina et ailleurs ?

A ce jour, je peux dire que je suis très satisfait du développement du Razball parce qu’effectivement après sa création, il a été lancé officiellement le samedi 31 juillet 2021 à Bobo-Dioulasso. Depuis sa création, le Razball suscite beaucoup d’engouement au sein de la jeunesse, au sein de la population sportive. Présentement, il y a beaucoup de jeunes de différentes provinces du Burkina Faso qui nous ont contacté et qui souhaitent pratiquer le Razball au niveau de leurs provinces, au niveau de leurs communes. Également au niveau africain, il y a des pays, comme le Bénin, qui le pratiquent déjà puisque nous avons là-bas une équipe.

Il y a aussi la République Démocratique du Congo, le Congo Brazza qui pratiquent. Il y a également le Togo, le Gabon, le Mali, le Burundi. Plusieurs jeunes nous contactent pour voir dans quelle mesure ils peuvent implanter une équipe de Razball dans leurs pays. Maintenant, c’est notre incapacité à pouvoir nous déployer dans ces pays pour pouvoir leur donner la formation nécessaire ou notre incapacité à pouvoir les inviter au Burkina Faso pour leur donner la formation nécessaire dans la pratique de cette discipline qui constitue notre handicap pour le moment.

Vous utilisez quelques langues locales pour désigner le terrain, une faute... pourquoi ?

Le Razball dans sa création a une visée de promotion culturelle, de promotion linguistique et de promotion de l’image et de notre pays le Burkina Faso au niveau international. C’est pourquoi dans sa codification, j’ai tenu à ce que les règles soient faites dans nos langues nationales. Le terrain, je l’ai appelé Zangayarè qui veut dire la clairière en bissa. Et lorsque vous touchez le filet de Razball, vous commettez une faute qu’on appelle le Maga qui est en dioula, qui est sanctionné par la soustraction de moins 0,50 point. Lorsque vous tirez le ballon et que le ballon passe au-dessus du filet, vous commettez également une faute qu’on appelle le Lohni qui est dans la langue san, et là c’est sanctionné par la soustraction d’un point.

Lorsque vous jouez également le ballon à la main, c’est une faute que nous avons appelé le Sibgré qui est dans la langue mooré ; on joue ça en un tir. Quant au trophée du Razball, je l’ai appelé Yaarson, composé de deux mots à savoir Yari qui est en quelque sorte le conflit, la guerre, l’adversité et Son qui est en réalité la lance dans la langue bissa. Donc dans la culture bissa le Yaarson c’est comme un trophée qu’on remet lorsqu’au retour des conflits, des guerres on remet à celui qui a fait acte de bravoure, c’est la lance de guerre littéralement. Donc j’ai pris cette image pour en fait baptiser le trophée du Razball. Cette codification est faite pour faire connaître le Burkina Faso à l’international par l’utilisation de ces langues là et également faire connaître aussi l’Afrique à travers l’international par l’utilisation de ces langues parce que c’est d’abord un sport burkinabè, c’est d’abord un sport africain.

Vue d’un terrain de Razball

Quelles sont les difficultés que vous rencontrez pour la promotion du Razball ?

Il faut d’abord dire qu’au moment de la création, nous avions mis en place une association que nous avons appelé APIRAZ (Association pour la promotion et l’implantation du Razball) qui a obtenu son récépissé le 15 septembre 2021. Cette association a pour mission de faire la promotion du Razball au niveau national et international. L’association APIRAZ est ouverte à tout le monde et veille à la promotion et aux défenses des droits et patrimoine du Razball. Maintenant en termes de difficultés, c’est les moyens financiers et logistiques qui nous manquent pour pouvoir faire la promotion efficacement.

Comme je l’ai souligné, il y a des jeunes qui sont dans les différentes provinces comme Koudougou, Gaoua, Kaya, Boromo et autres qui souhaitent pratiquer le Razball, mais nous n’avons pas les moyens nécessaires pour pouvoir nous transporter à leurs niveaux pour leur donner la formation nécessaire et nous n’avons pas non plus les moyens nécessaires pour les inviter vers nous pour pouvoir leur donner la formation nécessaire ; c’est un peu ça notre difficulté. Comme autre difficulté, il y a la logistique du Razball parce qu’il faut un filet, il faut un ballon et acquérir tout cela demande un peu de moyens. A cela, il faut ajouter l’absence d’infrastructures adaptées à la pratique du Razball.

Il est vrai que le Razball peut se pratiquer sur tout type de terrain à savoir les plateaux, les terrains gazonnés et autres, mais la difficulté c’est que lorsqu’on arrive au niveau des plateaux omnisport par exemple, il n’y a pas d’espaces consacrés à la pratique du Razball, il n’y a pas de plateaux dédiés au Razball. Cela se comprend parce que le Razball étant une nouvelle discipline sportive, dans la conception, on ne pouvait pas déjà prévoir des terrains pour un sport qui n’existe pas. Mais nous espérons que dans les prochaines constructions des plateaux omnisport, on puisse intégrer un plateau dédié à la pratique du Razball c’est à dire des Zangayarè à l’intérieur des plateaux omnisport.

Aussi, si nous arrivons à avoir des espaces, des infrastructures sportives notamment les espaces dédiés au sport pour pouvoir pratiquer cette discipline, je pense que ça permettra sérieusement son implantation au niveau national et son exportation par là au niveau international.

En plus d’avoir créé le Razball, vous êtes également auteur d’un roman "La barque du destin" dédicacé le 26 février 2022, comment faites-vous pour allier ces domaines de créativités à votre métier de magistrat ?

Il est vrai qu’en plus de la création de cette discipline, il y a aussi le livre "La barque du destin" qui est un livre vraiment très intéressant. Depuis sa parution, les gens l’apprécient beaucoup en termes de contenu et en termes d’idées innovatrices qui y sont développées dedans. Mais il faut dire que c’est une volonté d’apporter en fait notre contribution à l’édification de notre pays, c’est tout. Lorsqu’on prend le Razball, pour nous, c’est un instrument de promotion de l’emploi puisqu’ à travers le Razball, il y aura des entraîneurs, il y aura des arbitres, il y aura des joueurs professionnels… Et en termes de logistique aussi, il y aura des boutiques par exemple qui peuvent naître pour la vente de maillots, de filets du Razball. Cela participe donc à la promotion de l’emploi et également à la promotion du bien-être parce que c’est un sport.

Quant au roman "La barque du destin", c’est un livre qui fait des propositions en termes de gestion de notre pays, qui fait des propositions pour remédier un tant soit peu aux difficultés sécuritaires, crises économiques et autres que traverse notre pays le Burkina Faso. Pour moi, c’est simplement une volonté d’apporter ma pierre à la construction de notre pays à travers le sport et également à travers des idées dans le livre pour que ceux qui sont appelés à décider, puissent s’inspirer et que la jeunesse aussi puisse s’approprier cette discipline pour en faire sienne, la développer et pouvoir tirer les profits qui vont avec.

Comment voyez-vous l’avenir du Razball ?

Je pense que le Razball a de très beaux jours, il a un avenir radieux devant lui parce qu’en une année, deux ans de sa création, il a déjà traversé les frontières. Comme je l’ai dit, des Béninois, des Congolais, etc., y jouent déjà. Et même au niveau de la France, il y a des personnes qui nous ont contacté pour pouvoir pratiquer le Razball lors de leurs festivals et autres. Nous avons aussi un groupe WhatsApp qui regroupe plein de nationalités différentes qui veulent pratiquer cette discipline. Au vu de tout cela, je me dis que c’est une discipline qui a de beaux jours devant elle parce que c’est très bien conçu, c’est une règlementation bien précise et c’est vraiment très intéressant à pratiquer.

Par ailleurs je pense que le Razball a de très beaux jours devant lui si les autorités de notre pays prennent cette discipline comme un sport national. Cela va participer à faire la promotion de notre pays au niveau international et également ça peut être utilisé dans la diplomatie parce que si on exporte cette discipline sportive au niveau mondial, je pense que l’image de notre pays sera rehaussée au plan international. Cette discipline a été créée en 2021, en pleine période des jeux olympiques de juillet 2021.

C’était pour nous une manière de montrer une autre image du Burkina Faso, c’est-à-dire une image positive, une image d’un pays dont la jeunesse est dynamique, dont la jeunesse est résolue, mais pas d’un pays dont on parle chaque jour en termes de difficultés sécuritaires ! Donc nous avons voulu à travers le Razball donner une image positive aussi à notre pays et par là faire de telle sorte que notre pays soit la destination toujours des autres nationalités parce que le Razball peut faire venir du monde au Burkina Faso si d’aventure on arrive à organiser une coupe d’Afrique de Razball, une coupe du monde de Razball…. C’est une discipline qui a de beaux jours devant elle.

Avez-vous un message à lancer ?

Je voudrais d’abord remercier Lefaso.net pour cette opportunité qui nous est offerte de parler un peu de cette discipline et également inviter l’ensemble de la jeunesse sportive, le monde sportif à s’intéresser au Razball parce que c’est dans les nouveautés que les opportunités naissent. C’est une opportunité de création d’emplois, une opportunité d’épanouissement et surtout une opportunité de travailler aussi à la cohésion de la population du Burkina Faso. A travers l’utilisation des différentes langues, on se sent samo lorsqu’on joue, on se sent bissa, on se sent dioula, on se sent mossi ; donc c’est vraiment une discipline qui, dans sa conception, vise la cohésion sociale. J’invite vivement l’ensemble de la population à s’adonner à la pratique du Razball qui est très, très intéressant à pratiquer.

Propos recueillis par Haoua Touré
Lefaso.net

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