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Dédougou : Une unité de broyage au bonheur des femmes

Publié le lundi 27 février 2023 à 11h52min

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 Dédougou : Une unité de broyage au bonheur des femmes

Le recyclage de matériau plastique est une source de survie pour des femmes dans la ville de Dédougou. Mahamadou Sanogo excelle dans cette activité. Il emploie une trentaine de personnes, dont des femmes déplacées internes, dans son unité de broyage. Lefaso.net est allé à la rencontre des acteurs le mercredi 22 février 2023.

L’atelier de broyage de matériaux plastiques usagés de Mahamadou Sanogo est à quelques jets de pierre de l’unique château de l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA) à Dédougou. Située au secteur n°2 en plein cœur de la ville, à proximité d’un terrain crevassé, englouti de hautes herbes séchées, c’est une entreprise à ciel ouvert. Un hangar de quelques dizaines de tôles, une maisonnette et des tas de matériau en plastique de toutes sortes d’objet, c’est tout ce qu’on retrouve sur les lieux. A cela s’ajoutent la broyeuse et l’équipe de travailleurs constituée essentiellement de femmes. Parmi elles, des déplacées internes.

De ce lieu, non extraordinaire à première vue, vingt-cinq personnes tirent, tous les jours, leur pitance quotidienne. « L’idée de mettre sur pied une entreprise comme celle-ci vient du fait que je veux donner la possibilité à d’autres personnes de gagner ne serait-ce que modestement leur vie », indique le propriétaire des lieux, Mahamadou Sanogo.

Propriétaire de l’atelier de broyage, Mahamadou Sanogo veut compter sur l’aide des autorités pour développer son entreprise

Depuis 2020, l’entrepreneur Sanogo fait tourner sa machine à broyer pour le bonheur de quelques dizaines de personnes, dans un espace sans clôture jonché, par endroits, de morceaux de bouteilles. Par prudence, il faut se protéger avec des chaussures de sécurité pour être à l’abri d’éventuelles blessures à la bouteille cassée. Mais hélas ! Ceux qui y travaillent ne portent que de simples nu-pieds. « Nous sommes conscients que nous devons porter des chaussures de sécurité et des gants. Mais, nous n’avons pas encore suffisamment de moyens pour nous acheter ces matériels de protection », s’est excusé le manipulateur de la broyeuse, Abdoulaye Zoungrana, tout couvert de poussière.

« Ce travail m’a sauvé »

Malgré les potentiels risques liés à la sécurité au travail, les employés semblent voir plus les avantages pécuniaires liés au métier ; leur permettant de pouvoir empocher à la fin de chaque journée de travail, la somme de 1 000 f CFA. « Il y a longtemps que nous travaillons sur ce site, mais rien de grave ne s’est encore produit. Nous souhaitons qu’il en soit ainsi pour toujours », espère Zoénabou Rakistaba.

Pour Zoénabou Rakistaba, c’est peut-être peu ce qu’elle gagne, mais c’est le fruit de son travail

D’après elle, le gain journalier par personne est passé de 750 f CFA à 850 f CFA pour atteindre 1 000 f CFA aujourd’hui. Cet argent, obtenu à la sueur de son front, permet à dame Rakistaba de participer à la gestion et au bien-être de sa famille, selon ses dires. « Ce travail me permet de scolariser mes enfants. Je l’utilise pour certaines dépenses familiales », poursuit-elle avec fierté.

A la différence de Zoénabou Rakistaba, habitante d’un quartier périphérique de la ville de Dédougou, sa coéquipière Kilé Kanko est une déplacée interne venue de la commune rurale de Sanaba dans la province des Banwa. « Ce travail m’a sauvé », affirme-t-elle spontanément. Kilé Kanko, devenue veuve, doit faire face aux charges familiales. Grâce à ce job, elle tire son épingle du jeu tant bien que mal, depuis son arrivée forcée à Dédougou après les attaques terroristes qui ont visé son village. « Ce travail me permet de nourrir mes enfants et d’honorer le loyer à la fin de chaque mois », tranche celle qui ne tarit pas d’éloges pour le propriétaire de l’atelier. Comme ces deux employées, les femmes sont nombreuses, notamment les mères déplacées, à vanter l’utilité de l’atelier de broyage mis sur pied par Mahamadou Sanogo.

Malgré l’âge avancé, ces femmes bossent dur

C’est pourquoi la trentaine de femmes dont des femmes déplacées internes restent engagées sur le site de broyage. Leur âge avancé n’a pas eu raison de leur détermination dans l’exécution des différentes tâches au sein de l’entreprise. Au sein de la boîte, le travail se fait à la chaîne. Munies de machettes, les unes s’affairent à réduire en morceaux des bidons de 20 litres et autres sortes de plastiques. D’autres se chargent de les transporter jusqu’à la machine à broyer. Une troisième équipe de femmes intervient après le broyage. Elles passent au tamis le produit broyé. Un quatrième groupe termine le cycle avec la mise en sac de la matière broyée. Le tout rythmé par les grondements assourdissants du moulin à broyer piloté par Abdoulaye Zoungrana.

Sur ce site, les jours passent et se ressemblent. Ces femmes issues de milieu défavorisé commencent le service à 8h pour ne finir qu’à 16h avec une pause de deux heures entre 12h et 14h.

Mariam Yirya craint la fermeture de l’entreprise à cause de l’insécurité

Effets de l’insécurité dans la région

Mais, la dynamique de départ ne fait que s’estomper, depuis un certain temps à cause de la situation sécuritaire dans région de la Boucle du Mouhoun.

Selon le chef de l’atelier, son usine s’approvisionne en matières premières dans des localités comme Tougan, Gassan, Nouna et Djibasso. Maintenant que presque toutes ces localités sont soit inaccessibles soit vidées de leurs populations, l’entreprise prend le coup en pleine face. « La matière dont nous avons besoin pour travailler ne vient plus ou encore n’est pas à portée de main. C’est avec le peu que nous gagnons à l’intérieur de la ville de Dédougou que nous fonctionnons », se désole Mahamadou Sanogo. La donne sécuritaire a fait opérer des réaménagements au sein de l’atelier. « L’année passée, nous avons beaucoup travaillé. Il y avait plus de femmes qu’aujourd’hui. Mais, comme il y a moins de travail cette année, j’ai divisé l’équipe actuelle en deux groupes. Même avec cela, nous ne pouvons pas démarrer la machine tous les jours par manque de matière à broyer », regrette-t-il. Il n’est pas le seul à ressentir l’impact de l’insécurité sur la marche de l’entreprise. « On aurait voulu travailler tous les jours, mais la situation sécuritaire fait qu’il n’y a pas de matière en permanence. Ça ne nous arrange pas », a déploré Mariam Yirya, la tête entièrement ceinte d’un foulard qui ne laisse voir que son visage.

Ce boulot permet à la veuve Kilé Kanko de s’occuper de sa famille

A cet obstacle de terrain, se greffent le manque de ressources financières pour clôturer l’atelier et une tracasserie administrative dont Monsieur Sanogo dit être victime. « Les services environnementaux nous causent beaucoup de soucis avec les questions de papiers », a déclaré cet entrepreneur de trente-quatre ans. Il explique avoir fait une déclaration qui l’autorise à ouvrir son atelier, mais ce document ne l’exempte pas de contrôles onéreux au cours du transport de sa marchandise vers Ouagadougou et souvent en direction d’autres pays comme le Ghana. En ce qui concerne l’obtention de l’attestation qui pourrait le libérer définitivement de cette situation qu’il traîne comme une bosse d’ordre administratif, Mahamadou Sanogo décrit le processus très protocolaire, coûteux et aux rebondissements non maîtrisables.

Yacouba SAMA

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