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Accès des adolescents et jeunes aux services de santé de la reproduction : L’ISSP pose la réflexion à travers une conférence publique

Publié le mercredi 8 février 2023 à 22h20min

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Accès des adolescents et jeunes aux services de santé de la reproduction : L’ISSP pose la réflexion à travers une conférence publique

L’Institut supérieur des sciences des populations (ISSP) a organisé le 7 février 2023, une conférence publique. Deuxième d’une série de trois, cette conférence a porté sur l’accès des adolescents et jeunes aux services de santé de la reproduction (SR). Elle a été ponctuée par trois panels, en lien avec le sujet principal. Cette activité se tient dans le cadre du programme "Renforcement des capacités, production et diffusion de connaissances sur la population burkinabè", financé par l’Union européenne.

La population burkinabè comprend une frange importante de jeunes. En effet, le 5e RGPH 2019, indique que les moins de 35 ans, représente 77% de la population. Toutefois, le constat est que les besoins spécifiques de ces jeunes, surtout en ce qui concerne leurs droits reproductifs, est peu pris en compte par le système de santé. Ce qui fait que l’on assiste à un nombre croissant des grossesses non désirées, des avortements et des infections aux maladies sexuellement transmissibles. S’interroger sur l’accès des adolescents et jeunes aux services de santé de la reproduction, était donc important, d’où l’importance de la tenue d’une telle activité.

Fiacre Bazié, doctorant à l’ISSP, a présenté les résultats d’une recherche sur les facteurs qui peuvent constituer des obstacles à la fréquentation des centres de santé par les adolescentes et jeunes.

Le premier panel animé par Fiacre Bazié, doctorant à l’ISSP, a consisté en la présentation de résultats de recherche, sur les facteurs qui peuvent constituer des obstacles à la fréquentation par les adolescentes et les jeunes filles, des centres de santé qui offrent des services de SR. L’enquête s’est déroulé sur trois ans, entre 2019 et 2021, et a concerné environ 2600 adolescentes et jeunes de 15 à 24 ans, réparties sur l’ensemble du territoire national. Les enquêteurs se sont intéressés aux éléments de la qualité des prestations en SR et comment ces éléments peuvent influencer l’utilisation continue ou non de la contraception.

La qualité du counseling peut-elle être associée au fait d’utiliser continuellement une méthode de counseling ? "Les résultats ont montré que plus le prestataire fournit un counseling de qualité, surtout en ce qui concerne les effets secondaires, les adolescentes et jeunes femmes ont tendance à utiliser les méthodes pendant une longue durée. Lorsque les effets secondaires sur la contraception sont peu ou mal donnés, cela entraîne des abandons.", explique Fiacre Bazié. La disponibilité des méthodes contraceptives, la formation du personnel, les supervisions qui sont faites, ont aussi été questionnées durant l’enquête. Les résultats indiquent que les formations sanitaires qui n’avaient pas de rupture de stock, qui avaient des personnels bien formés et qui recevaient des supervisions continues, permettaient aux adolescentes et jeunes d’utiliser des méthodes de façon continuelle sans abandon.

Dr Albert Hien de la direction de la santé de la famille s’est appesanti sur la qualité du counseling et les attitudes des prestataires et les défis à relever pour mieux répondre aux besoins en SR des adolescents et jeunes.

Un autre volet de l’enquête s’est penché sur l’expérience des adolescentes et jeunes avec les formations sanitaires, ce qui leur donne satisfaction et peut les encourager à revenir encore ou non. A ce niveau, l’aspect mis en avant est la qualité de l’accueil des prestataires, qui peut encourager ou décourager une prochaine visite. L’étude recommande l’amélioration du counseling, à travers un renforcement des capacités des prestataires, la mise en place d’espaces adaptés aux adolescentes et jeunes comme les centres jeunes pour qu’elles n’aient pas honte de fréquenter les mêmes centres de santé que les femmes plus âgées.

La deuxième communication livrée par Dr Sakina Yasmine Zango, a consisté en un partage d’expérience de l’association burkinabè pour le bien-être familial (ABBEF), sur les stratégies pour une amélioration de la disponibilité des services et espaces adaptés aux adolescents et jeunes. L’ABBEF a développé diverses stratégies pour favoriser l’accès des adolescents et jeunes aux services de SR. Il s’agit des cliniques fixes ou centres d’écoute pour jeunes (CEJ), des cliniques mobiles, de la distribution à base communautaire, la paire éducation. Les cliniques fixes c’est la création d’espaces d’études et de loisirs, l’organisation d’ateliers de clarification de valeurs et d’activités d’information éducation communication, de causeries éducatives par les pairs jeunes, d’offre de services cliniques de SR aux jeunes, ainsi que l’accompagnement dans la réinsertion sociale des jeunes.

vue des participants

Les cliniques mobiles, elles se déportent dans les lieux de forte concentration des adolescents et jeunes tels les établissements secondaires, les cités universitaires, les quartiers et zones péri-urbaines, etc., pour leur offrir des services de SR. Pour accroître l’accès des adolescents et jeunes, Dr Yasmine Zango préconise le renforcement de compétences des prestataires, étendre à l’échelle nationale la stratégie mobile à l’endroit des jeunes, réaliser des études de satisfaction des besoins des clients, former des jeunes pairs éducateurs, impliquer les responsables d’établissements, etc.

La troisième et dernière communication a concerné la qualité du counseling et les attitudes des prestataires et les défis à relever pour mieux répondre aux besoins en SR des adolescents et jeunes. Dr Albert Hien de la direction de la santé de la famille, fait noter que le counseling tel que fait dans les formations sanitaires, n’est pas de très bonne qualité actuellement. Car explique-t-il, même si les prestataires reçoivent une formation en counseling, il n’en demeure pas moins qu’ils se laissent souvent emporter par leurs sentiments personnels, en considérant les adolescents qui viennent à eux comme leurs propres enfants. Si bien que le counseling se transforme souvent en séance de moralisation. Aussi ajoute-t-il, un bon counseling se fait en un temps donné pour plus d’efficacité. Et les adolescents n’ont pas toujours la patience d’écouter jusqu’au bout ce qu’a à dire le prestataire. Il préconise donc de former et superviser les prestataires, procéder à un suivi régulier pour attirer leur attention sur les bonnes attitudes à avoir face aux adolescents, qui ont plus besoin d’écoute, d’accompagnement et d’empathie que de remontrances.

Les participants à la conférence ont eu l’occasion à l’issue des différents panels, de poser des questions de compréhension et apporter des contributions.

Armelle Ouédraogo/Yaméogo
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