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Affaire usine de coton hydrophile : « Tout ce que je souhaite, c’est qu’ils remettent mon unité en place pour que je puisse reprendre mes activités », supplie Dr Céline Kontyaré/Kobéané (SOFACOB)

Accueil > Actualités > Société • Lefaso.net • dimanche 22 janvier 2023 à 22h19min
Affaire usine de coton hydrophile : « Tout ce que je souhaite, c’est qu’ils remettent mon unité en place pour que je puisse reprendre mes activités », supplie Dr Céline Kontyaré/Kobéané (SOFACOB)

Dr Céline Kontyaré/Kobéané est la promotrice de la Société de fabrication de coton burkinabè (SOFACO-B). Une unité de fabrication de coton hydrophile au Burkina Faso, la seule du genre dans la sous-région. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux affirme qu’elle a eu des déboires avec Wendkuni Bank International (WBI).

Après avoir contracté un prêt avec cette banque et malgré l’existence d’une garantie, son unité de fabrication a été démontée et saisie par les huissiers et avocats de ladite banque. Cette situation, difficile à comprendre pour la jeune pharmacienne, a mis plus d’une cinquantaine de personnes au chômage technique et laissé des bons de commandes non honorés. En attendant le règlement définitif de cette affaire, dans un entretien accordé au journal Lefaso.net ce vendredi 20 janvier 2023, Dr Kontyaré souhaite la réinstallation de ses machines afin qu’elle puisse continuer ses activités et honorer ses engagements envers ses créanciers, clients et employés.

Pharmacienne de son état, Dr Céline Kontyaré/Kobéané s’est également lancée dans l’entreprenariat, suivant l’idée du père de la révolution burkinabè Thomas Sankara qui disait ceci : « Produisons ce qu’on nous consommons et consommons ce que nous produisons ». En effet, elle s’est rendu compte que malgré son rang de premier producteur de coton en Afrique à plusieurs reprises, le Burkina Faso importe du coton de la Chine ou de l’Inde à des fins médicaux. Elle décide d’aller se faire former en Chine et de revenir créer son usine de fabrication de coton hydrophile avec du coton 100% burkinabè.

Avec ses économies et le soutien de ses proches, elle va se former et se procurer onze machines d’une valeur de plus de 100 millions de francs pour mettre en place la SOFACO-B. Une usine de production de coton hydrophile 100% burkinabè qui emploie une cinquantaine de personnes. Très rapidement, cette jeune entreprise devient une fierté et une référence dans la sous-région. Mais les rêves et les ambitions de Dr Kontyaré vont se heurter à certaines réalités de l’entrepreneuriat du pays des hommes intègres.

La jeune entreprise de la jeune pharmacienne connaitra ses premières difficultés dès son ouverture en raison de la réticence des autorités sanitaires qui semblaient se méfier de ses produits. « C’est une première au Burkina Faso et dans toute la sous-région. Donc la mise en œuvre du projet était truffée de difficultés. Je suis allé en Chine me former et j’y ai acquis le matériel pour l’installation de l’usine. J’ai mis l’usine en place vers fin 2016, et j’ai produit le coton en 2017, en 2018 et j’ai stocké parce que l’Etat n’avait pas pris l’engagement de m’accompagner. On a stocké et on était en train de fermer l’usine parce qu’ici les gens étaient encore réticents malgré le fait que j’ai fait certifié ce coton par le laboratoire national. En passant, c’est le seul coton qui est certifié au Burkina Faso », assure Dr Kontyaré.

Du coton hydrophile 100% burkinabè produit par la SOFACO-B de Dr Kontyaré

Mais la SOFACO-B sera sauvée miraculeusement par un client malien, fier de consommer un produit 100% africain. « Il a fallu qu’un collègue malien présente le produit et que des pharmaciens maliens s’engagent à m’accompagner. Et grâce à cela, le stock a été vidé au bout de deux commandes. Ce qui a permis à l’usine de tenir et de renaitre. Après cela, j’ai eu l’accompagnement du gouvernement burkinabè et la CAMEG a commencé à consommer nos produits », explique-t-elle.

La demande va ensuite augmenter. Elle va donc contracter un prêt de 25 millions de FCFA à WBI, en laissant comme garantie un permis urbain d’habitation (PUH) d’une valeur de 35 millions afin d’augmenter la capacité de production de l’usine. Après l’acquisition de onze machines d’une valeur de plus de 100 millions de FCFA, elle aura 25 millions de FCFA de la banque pour l’acquisition de trois machines supplémentaires.

Ce prêt sera le nœud de ses problèmes et va signer l’acte de fermeture de son usine. Une fermeture qui dure depuis plusieurs mois, malgré les investissements colossaux. Juste après l’installation des machines sur le site de Kossodo, Dr Kontyaré aura des démêlés avec son bailleur qui lui demande de libérer les locaux. N’ayant pas le choix, elle délocalise l’usine sera à Pabré, sur un site acquis depuis 2014. Malgré les difficultés et ne voulant pas perdre la clientèle qu’elle a eu du mal à conquérir, l’usine fonctionnera avec un groupe électrogène loué un mois sur trois, selon Dr Kontyaré.

C’est alors qu’elle traverse ces difficultés que la banque va lui réclamer le remboursement du prêt allant jusqu’à saisir la justice. Malgré ses explications et supplications, la banque ne cèdera pas. La situation lui fait rater une subvention qu’une ONG voulait lui accorder et éponger une partie de ses dettes. « J’avais eu même une ONG, prête à me subventionner pour le remboursement d’une partie des équipements. J’ai été auprès de cette banque avec un courrier pour les formalités administratives et autres. Malheureusement je n’ai pas eu gain de cause et je n’ai pas pu bénéficier de cette subvention », regrette-t-elle.

Absente au procès pour des raisons qu’elle n’a pas voulu dévoiler, elle recevra de la part d’un huissier, une ordonnance de paiement au profit de la banque. L’huissier procédera par la suite à la saisie de l’usine. Une chose que Dr Kontyaré a du mal à comprendre. Pour elle, l’usine est un bien immeuble, par conséquent ses machines ne devraient pas être arrachées, à ne moins qu’un autre jugement ne le décide.

La pharmacienne va malgré tout contacter un avocat pour négocier avec l’huissier. « Avant que mon avocat me fasse un retour, un matin vers 7 heures, deux cargos de CRS sont venus encercler mon usine. L’huissier me dit qu’ils sont venus pour enlever les machines. Je lui ai fait savoir que le dossier est entre les mains d’un avocat et il répond que l’avocat ne l’a jamais appelé. Je lui ai demandé de m’accorder du temps, afin que je trouve une solution, prouver au moins ma bonne foi. Il m’a répondu qu’il était venu ramasser les machines pour aller les vendre, pas pour faire un débat avec moi », a-t-elle laissé entendre.

C’est après avoir obtenu un branchement de la SONABEL pour la reprise de l’activité que la saisie est intervenue, selon Dr Kontyaré, qui y voit une volonté manifeste de nuire à ses activités. « Dès que j’ai eu la SONABEL (électricité), j’ai pris des avances avec des clients au Mali et au Burkina Faso pour pouvoir payer la fibre. Dès que le coton est venu, dans la même semaine, ils sont venus arracher les machines. Cela veut dire qu’on me surveillait, quand l’usine était fermée, ils ne venaient pas et dès que j’ai eu la SONABEL et que j’ai commencé à fonctionner, ils sont venus. Je leur ai expliqué, supplié de me laisser livrer les commandes afin d’honorer la dette même si c’est 50%. J’étais prête à signer des engagements pour virer l’argent des commandes directement dans leurs comptes mais l’huissier est resté catégorique », confie-t-elle.

« Les machines que les Chinois sont venus installer en un mois, ils les ont arrachés en une demi-journée, trimbalées avec des grues. Quand mon comptable a voulu filmer la scène, ils ont retiré son téléphone et l’ont mis dehors. Ils sont venus trouver le personnel en train de travailler, ils ont mis tout le monde dehors. Ce qui m’a choqué, dix jours après, ils sont venus afficher un avis de vente sur mon portail, qu’ils vont vendre les machines dans les dix jours qui suivent. Comment peuvent-ils trouver un acquéreur en quelques jours alors que personne n’exerce cette activité dans la sous-région ? », s’interroge-t-elle.

Dr Céline Kontyaré/Kobéané

Dr Kontyaré contactera un autre avocat qui s’est focalisé sur le fait que c’est un bien immeuble. Selon elle, lorsque l’avocat de la banque a vu cette plainte, il a sommé l’huissier de restituer les machines qui sont entreposées depuis le mois de mai chez lui toujours à cause de la banque.

« A ma grande surprise, le premier juge à recevoir la plainte a ordonné de surseoir à la vente, donc ils n’ont pas pu vendre. Avant qu’il ne délibère, on m’informe que ce juge a été muté. Le deuxième nous dit que la plainte n’est pas recevable et mon avocat a fait appel. Depuis le mois de juillet 2022, ça fait le 3e ou 4e juge qu’on mute. A chaque fois que le dossier tombe entre les mains d’un juge, il est muté avant d’avoir pu délibérer. Entre temps, l’avocat de la banque était devenu silencieux, on ne comprenait plus. Suite à cela et à notre grande surprise, on a reçu un courrier où la banque dénonce les agissements de l’huissier en question et s’en démarque, le dénonce et déclare que le matériel est saisi par une tierce personne », assure Dr Kontyaré.

Elle qui pensait que c’était un acte de bonne foi de la banque va vite déchanter. Un deuxième courrier suivra, avec un nouvel huissier qui maintient la saisie du matériel et entend le vendre. Selon elle, ils sont allés à l’usine avec la date de vente des machines. « J’estime qu’une usine qui fonctionnait et qui vous demandait du soutien, vous ne pouvez pas venir lui donner un coup de grâce. Vous avez une garantie et quel que soit le problème, vous avez un moyen de pression. D’autant plus que sur 14 machines, votre argent n’a pu acquérir que trois. Vous ne pouvez pas venir vider mon usine, vider tout le coton, le jeter au sol, piocher et défoncer les machines », déplore-t-elle.

Selon ses dires, le lendemain, elle entrera en contact avec la directrice générale de Wendkuni Bank International qui refuse d’aborder le sujet et la renvoie chez l’avocat et l’huissier. Suite à la vidéo de dénonciation publiée sur les réseaux sociaux « contre son gré par son oncle », son problème est mis sur la place publique. Depuis lors, elle reçoit des appels de soutien de confrères, ou des prises de contact des autorités notamment de la primature, du ministère du commerce, de la santé, etc.

A l’heure actuelle, tout ce que Dr Céline Kontyaré/Kobéané souhaite, c’est la reprise effective de ses activités afin de permettre à ses employés de retrouver leur travail. « Ce que j’attends, ce que je souhaite, au-delà de tout contentieux, au-delà de tout préjudice moral, financier que j’ai pu subir, je veux juste récupérer mon unité, rappeler mes employés et reprendre mes activités, honorer mes commandes qui continuent d’arriver, même de l’extérieur, du Mali, du Niger, de la Côte d’Ivoire, etc. C’est mon cri de cœur à l’endroit des autorités », a-t-elle souhaité.
Nous avons contacté la banque pour avoir sa version des faits. Elle promet un communiqué de presse pour situer l’opinion.

Mamadou ZONGO
Photos : Bonaventure Paré
Lefaso.net

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