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Burkina : Hélas ! Nos morts sont morts

Publié le lundi 19 décembre 2022 à 22h30min

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Burkina : Hélas ! Nos morts sont morts

Biraogo Diop a tort ! Nos morts sont morts. Ils ne sont pas dans l’Ombre qui s’éclaire encore moins dans l’ombre qui s’épaissit. Ils sont bel et bien sous la Terre. Et les vivants sont bien heureux de ne pas y être. Ne dit-on pas que la mort, c’est toujours la mort de quelqu’un ?

Que sommes-nous devenus, Burkinabè ? Des êtres hommes et femmes sans âme. Vides. Nous préférons le paraître à l’être, l’artifice au réel. Nous nous voilons la face à longueur de journée. Même face à la mort, nous arborons des masques. Des masques en plein jour côtoyant l’absurde. Nous sommes toujours soulagés de ne pas être à la place des défunts. Tout le monde veut aller au ciel, mais personne ne veut mourir. Comme l’a dit Tiken Jah Fakoly, « Tout le monde veut le paradis, mais personne ne veut payer le prix ».

« Les trois fois saints »

Une sagesse africaine veut qu’on ne dise pas du mal d’un défunt. Car, celui-ci est inhumé avec ses défauts et ses erreurs commises sur terre. Mais de plus en plus, l’on assiste dans les cimetières à une sorte de réquisitoire. Il y a des individus, sans gêne, qui trouvent à redire alors que le mort n’a pas encore rejoint sa dernière demeure. « L’homme n’est rien… C’est ce qui arrive quand on se croit le centre du monde… Ce n’est pas fini maintenant ? ». Ce sont les phrases préférées des « trois fois saints », des adeptes du « Tout est vanité » ; ces personnes qui trouvent toujours à redire même lorsque la douleur est vive.

« Si tu es mort, c’est fini pour toi »

Nous ne parlerons pas de la symbolique minute de silence qui est devenue si insignifiante qu’il ne serait pas indécent de parler plutôt de seconde de chuchotements. Les Burkinabè n’ont visiblement pas le temps. « La vie doit continuer », disons-nous-en notre for intérieur. Nous hâtons toujours le pas à la recherche du temps et du gain. Ce professeur de français avait-il si tort que cela en affirmant ceci : « Si tu es mort, c’est fini pour toi. Les gens vont pleurer, se rappeler les bons moments, ressasser le mal que tu leur as fait. »

« La mort, une statistique »

Le Burkina Faso est en guerre et c’est un truisme. Les nouvelles du front, qui autrefois faisaient tressauter les citadins, réfugiés sous la couette, n’émeuvent presque plus personne. Du reste, tant que le malheur ne touche pas les communes d’origine des uns et des autres, la vie peut continuer. Nous sommes devenus des partisans de la politique de l’autruche. Les morts ne sont devenus que des nombres. Et c’est lamentable. Joseph Staline ne disait-il pas que « La mort d’un homme est une tragédie. La mort d’un million d’hommes est une statistique ? ». Nous sommes si insouciants et imperméables aux différents drames que notre compassion est fonction du nombre de décès annoncés par les médias ou les forces armées nationales. Pauvres vivants !

Eh bien ! Tant qu’une journée de deuil n’est pas décrétée au lendemain d’une attaque terroriste, la bière peut bien couler à flot. Il n’y a qu’à faire un tour les dimanches dans les quartiers chauds de la capitale : Tampouy, Gounghin, Pissy, Patte d’Oie, Karpala, Dassasgho, Tanghin, etc. Les lendemains de « journées de deuil » sont des jours de beuverie et de ripailles. Comme si l’on tenait coûte que coûte à rattraper le temps perdu.

« Atteindre l’humanité »

Au rang des Burkinabè insensibles, il y a aussi ceux ou celles qui voient l’occasion en chaque décès pour se faire des sous. Un proche expliquait qu’une cadre d’une agence de communication qui venait de perdre son père, s’était rendue dans son média pour un communiqué nécrologique. Mais, quelle ne fut pas sa surprise lorsque la bonne dame a négocié une commission agence sur le communiqué qui ne coutait que de 10 000 F CFA. Comment peut-on vouloir « s’enrichir » en surfant sur le décès de son père ? Bien malin qui saura répondre.

Jusqu’à quand va-t-on continuer à banaliser la mort ? Pourquoi se précipiter de tourner la page à la mort d’un proche, d’un inconnu, des compatriotes qui meurent dans le silence ? Etre humain, c’est savoir compatir, se faire discret, se faire petit […] se faire mortel. Comme dirait un sage, l’humanité est une échelle que peu de personnes atteignent. Réfléchissons-y !

HFB
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Vos commentaires

  • Le 20 décembre 2022 à 04:36, par Arsen En réponse à : Burkina : Hélas ! Nos morts sont morts

    Très belle analyse qui traduit les realités d’un pays à la croisée des chemins .À l’heure actuelle, je dirais que la honte a fuit le Faso depuis belle lurette . Comme disait Feu Norbert Zongo ’’Personne n’aura un avenir dans un pays qui n’en a pas ’’ . Vous ne pouvez pas tricher avec vous-même et vouloir des résultats’’. Les valeurs morales intrinsèques au temps de nos arrière grand parents et grands parents n’ont plus leur place dans la société actuelle du Faso. Tant que ca va chez autrui, c’est correct, la vie continue ......... Mais une chose est sûr ,cette poignée de la masse populaire encore soucieuse de l’avenir du Faso vont obligatoirement réveiller ceux qui sont leur profond sommeil. Nous allons y arriver coute que coute vaille que vaille y compris le prix à payer . Puisse Dieu bénisse le Burkina Faso
    * Premier commentaire sur Faso.net depuis 12 ans*

  • Le 20 décembre 2022 à 10:19, par Bila En réponse à : Burkina : Hélas ! Nos morts sont morts

    Merci pour cette piqure de rappel ! Il faut sauver le soldat Humanité . Nous sommes des etres microscopiques qui ne peuvent grossir que par agrégation.

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