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Chirurgie pédiatrique : Des jumeaux siamois séparés avec succès au CHU pédiatrique Charles de Gaulle de Ouagadougou

Publié le mercredi 28 avril 2021 à 13h00min

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Chirurgie pédiatrique : Des jumeaux siamois séparés avec succès au CHU pédiatrique Charles de Gaulle de Ouagadougou

Des jumeaux conjoints, communément appelés siamois, ont été séparés avec succès au CHU pédiatrique Charles de Gaulle (CHUP-CDG), il y a deux semaines par l’équipe du Pr Albert Ouandaogo, chef du service de chirurgie pédiatrique. Ce lundi 26 avril 2021, nous avons pu voir les enfants qui sont en parfaite santé.

Venus de Nouna où leurs parents agriculteurs résident, les jumeaux conjoints étaient reliés par l’abdomen et une partie du thorax. Ils ont d’abord été pris en charge à l’unité de néonatologie pendant six mois, le temps d’avoir le poids et la taille nécessaires pour bénéficier de l’intervention chirurgicale qui va les séparer. Et c’est une équipe conduite par le Pr Albert Ouandaogo et constituée de chirurgiens burkinabè et d’un Malien, ainsi que de médecins en formation de DES (Diplôme d’études spécialisées) en chirurgie et de médecins anesthésistes-réanimateurs, qui a mené de bout en bout l’intervention qui aura duré en tout près de sept heures.

Les jumeaux au bloc opératoire

« Lorsqu’ils sont arrivés, ils étaient accolés par une partie du thorax et une partie du ventre. C’est ce que nous appelons dans notre jargon, des thoraco-omphalopages. C’est une séparation qui est compliquée et qui présente souvent des risques lorsqu’on la réalise à la naissance. Ce qu’on a opté de faire cette fois-ci, c’est de les garder, de les faire grandir avant de les opérer. Donc ils ont passé six mois en unité de néonatologie. On les a suivis une partie du temps aussi en externe. On les a suivis sur le plan nutritionnel, poids, etc. Et lorsqu’ils ont eu la taille et le poids suffisants à notre avis, l’équipe anesthésique s’est occupée de préparer l’intervention. Et il y a deux semaines, on a réalisé la séparation qui s’est bien passée », relate Dr Francis Ouédraogo, chirurgien pédiatre en poste au service de chirurgie pédiatrique du CHUP-CDG.

Dr Francis Ouédraogo

Le Pr Isso Ouédraogo, chirurgien pédiatre, responsable de l’unité du bloc opératoire au CHUP-CDG, explique que les jumeaux étaient accolés par le foie et le sternum (partie antérieure du thorax). Il a fallu d’abord séparer les organes qui étaient accolés avant de refermer leurs abdomens. « On a eu la chance que ça se limitait au foie, les intestins étaient séparés. Quand on a séparé le foie, il fallait refermer. Au départ, c’est une équipe qui travaille pour séparer et après il faut deux équipes, une équipe par enfant pour refermer l’abdomen. Ça s’est très bien passé, tout le monde a été professionnel », a-t-il laissé entendre.

Pr Isso Ouédraogo

Un défi pour l’équipe d’anesthésistes

Pour l’équipe d’anesthésistes-réanimateurs, ce cas de jumeaux conjoints thoraco omphalopages était aussi un défi à relever et qui a nécessité beaucoup de préparation. « C’était un défi pour nous, parce que ce sont des cas rares et quand c’est rare, on en a moins l’habitude. En plus de leur principale malformation, ce sont des enfants qui présentaient une malformation associée, donc ces malformations peuvent engager le pronostic vital des enfants à la suite de l’intervention. Au-delà de ça, une telle intervention demande une organisation spéciale, parce qu’on a à opérer deux personnes dans une même salle, ce n’est pas classique. Il faut avoir tout le matériel en double quand on sait que dans nos hôpitaux, on n’a pas toujours ce qu’il faut pour les interventions. Pour un malade, on se débrouille, mais s’il faut avoir tout le matériel en double en une fois, ça peut poser problème. Fort heureusement, on a été équipé il y a quelques temps, donc on a pu réunir le nécessaire pour pouvoir opérer ces enfants », a indiqué Dr Ki Kélan Bertille, maître de conférences agrégée en anesthésie-réanimation et cheffe de service d’anesthésie-réanimation au CHUP-CDG.

Dr Bertille Kélan Ki

C’est donc un véritable travail d’équipe qui a permis de séparer les jumeaux Séni et Lassané Ouédraogo, comme les appelle leur tante Mariam Ouédraogo qui se trouve à leur chevet depuis le début. Deux semaines après l’intervention, ils se portent comme un charme. La seule difficulté, relate la tante Mariam, ce sont les moyens limités pour acheter le lait. Sur ce point, c’est l’action sociale de l’hôpital, appuyée par une autre association, qui leur vient en aide avec du lait et quelques fois les médicaments. Mme Ouédraogo lance donc un appel aux bonnes volontés qui peuvent leur apporter un soutien, de bien vouloir le faire.

Faire beaucoup avec peu de moyens

Le service de chirurgie pédiatrique du CHU pédiatrique Charles de Gaulle réalise environ 7000 interventions chirurgicales chaque année. Selon les chiffres du ministère de la Santé, c’est le service de chirurgie qui opère le plus au Burkina Faso. Pourtant, à en croire Dr Francis Ouédraogo, le service est dépassé et des milliers d’enfants sont en attente d’être opérés depuis des années. Il n’y a que trois salles d’opération, dont deux pour les interventions chirurgicales courantes et une salle pour les pansements des brûlés.

Les jumeaux deux semaines après leur séparation

« On est largement dépassés par les possibilités de prise en charge. Ce qui fait qu’il y a une très longue file d’attente. On est obligés de ne prendre que les cas les plus urgents, les cas vitaux. Tout ce qui ne menace pas immédiatement la vie de l’enfant, on le relègue à une file d’attente qui est de l’ordre de plusieurs milliers d’enfants. Alors on lance un appel de détresse. Le service a besoin d’une extension, d’équipements, d’infrastructures. Nous on fait ce qu’on peut pour l’urgence en attendant d’avoir les infrastructures et les équipements pour offrir les meilleurs soins le plus rapidement à la population », a-t-il indiqué.

Malgré les moyens limités, ce service de chirurgie pédiatrique réalise des interventions plus sophistiquées que la séparation de jumeaux conjoints, a tenu à faire remarquer Pr Isso Ouédraogo. Il cite notamment les cas de bébés qui naissent sans anus ou sans œsophage ou encore ceux dont l’œsophage a été détruit après l’absorption de produits chimiques. « C’est parce que ce sont des siamois, que vous voyez que c’est extraordinaire. Sinon nous réalisons des interventions plus sophistiquées que ça, comme par exemple remplacer l’œsophage de quelqu’un. Nous n’avons pas plus de mérite que d’autres. Mais nous avons une forme de fierté de savoir que ces enfants ne seront pas évacués, parce qu’il y a d’autres pays qui évacuent ce genre de cas », a souligné Pr Ouédraogo.

La tante des jumeaux conjoints, Mariam Ouédraogo

Les chirurgiens pédiatres en poste au CHUP-CDG ont donc les compétences qu’il faut pour prendre en charge les cas difficiles. Ils ne souhaitent qu’être accompagnés pour mieux exercer. « L’intervention (celle des jumeaux conjoints) s’est déroulée avec une équipe 100% burkinabè avec un seul Malien dans le champ opératoire. Ce que je veux dire, c’est que nous avons l’expérience, nous ne demandons qu’à être accompagnés par les équipements. Ces genres d’intervention ne courent pas les rues en Afrique. Nous sommes l’un des très rares pays à avoir tenté des séparations de jumeaux conjoints et qui avons réussi », a indiqué Dr Francis Ouédraogo. Il souligne que les jumeaux qui se portent bien quatorze jours après leur opération, sortiront de l’hôpital dans les jours à venir.

Justine Bonkoungou
Photos : Bonaventure Paré

Lefaso.net

Crédit photo (Bébés au bloc opératoire et après l’intervention) : Dr Francis Ouédraogo

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