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Abbé Jean-Baptiste Sanou : L’ouverture des ministères du lectorat et de l’acolytat aux femmes dans l’Eglise « constitue une avancée »

Publié le mercredi 31 mars 2021 à 16h00min

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Abbé Jean-Baptiste Sanou : L’ouverture des ministères du lectorat et de l’acolytat aux femmes dans l’Eglise « constitue une avancée »

Le 11 janvier 2021, le pape François a, à travers la bulle pontificale ou Motus proprio Spiritus Domine, ouvert les ministères du lectorat et de l’acolytat aux femmes dans l’Eglise catholique romaine. Selon lui, « il y a aujourd’hui un sentiment d’urgence croissant pour redécouvrir la coresponsabilité de tous les baptisés dans l’Eglise, en particulier la mission des laïcs. » Dans cette interview, l’abbé Jean-Baptiste Sanou, formateur au grand séminaire saint Pierre-saint Paul de Kossoghin et enseignant chercheur à l’université saint Thomas d’Aquin (Département de philosophie) fait une analyse de la décision du Souverain Pontife.

Lefaso.net : Le 11 janvier 2021, le pape François a, à travers le Motus proprio Spiritus Domine, ouvert le ministère du lectorat et de l’acolytat aux femmes. Pouvez-vous expliquer le sens de ces deux ministères à nos lecteurs ?

Abbé J-B Sanou : Un ministère répond toujours à un besoin dans l’Eglise. Dans la célébration de l’Eucharistie, on distingue deux grandes parties qui constituent ce qu’il est convenu d’appeler les deux tables de la Parole et de l’Eucharistie où sont servis deux types de nourriture qui, en réalité, n’en constituent qu’une sous forme de Parole de Dieu et sous forme de Pain en tant que Corps du Christ.

Les deux ministères du lectorat et de l’acolytat sont au service de ces deux tables : le premier au service de la table de la Parole et le second au service de la table de l’Eucharistie. Comme l’indique son nom, le lectorat est un ministère qui institue des fidèles baptisés et confirmés comme lecteurs officiels lors des célébrations liturgiques.

Mais l’exercice de ce ministère ne se limite pas aux célébrations liturgiques. Dans tous les rassemblements où il est utile de faire la proclamation de la Parole de Dieu, celles et ceux qui ont été institués lectrices ou lecteurs peuvent exercer de façon stable et officielle ce ministère de lectorat. Cela suppose, en amont, une formation, parce qu’on ne lit pas la Parole de Dieu comme un roman ou comme une poésie. C’est un genre propre qui commande une manière spécifique de lecture ou de proclamation publique.

Le lecteur doit prendre conscience qu’il lit une parole qui n’est pas la sienne. Il devient un instrument pour que cette parole puisse faire l’objet d’une réception fructueuse chez les auditeurs. C’est pourquoi il doit recevoir une formation en vue d’intérioriser la parole de Dieu et de s’en nourrir, de sorte à pouvoir la transmettre de façon digne et respectueuse à l’intérieur d’une célébration liturgique. On peut faire une extension de l’exercice de ce ministère à l’activité catéchétique qui a lieu en dehors d’un cadre liturgique.

Le second ministère institué est celui de l’acolytat. Un acolyte est celui qui est institué pour servir l’autel, pour assister le prêtre en apportant les offrandes, les vases sacrés et, comme ministre extraordinaire, en distribuant la communion aux fidèles ou en l’apportant aux malades. Il peut également, si nécessaire, faire l’exposition du Saint-Sacrement.

C’est ce ministère que certaines femmes seront appelées à exercer quand elles seront instituées comme acolytes, à l’instar des hommes. Bien entendu, elles recevront une formation avant leur institution comme acolytes. Le jour de l’institution comme lecteurs ou acolytes, les candidats hommes et femmes revêtent, en général, une aube blanche qu’ils pourront porter désormais quand ils exerceront leur ministère.

Pendant longtemps, ces deux ministères institués ont été réservés aux hommes, parce qu’ils avaient été intimement liés aux ministères ordonnés du diaconat et du presbytérat, comme des étapes préparatoires à ceux-ci. Dans les grands séminaires, ils sont en effet considérés comme des étapes dans le cheminement vers le sacerdoce.

On devient généralement lecteur en première année de théologie et acolyte en deuxième année, avant d’aller en stage pendant lequel on a l’occasion d’exercer ces deux ministères comme séminariste. Et comme les femmes ne sont pas admises à aux ministères ordonnés, le droit canonique n’avait pas prévu qu’elles accèdent de façon stable et ordinaire à ces deux ministères « préparatoires » du lectorat et de l’acolytat.

Est-ce une avancée pour les femmes et une meilleure reconnaissance de leur place dans l’Eglise ?

En termes de reconnaissance de la place des femmes dans l’Eglise, cette ouverture constitue une avancée parce que celles-ci seront désormais admises à exercer ces ministères non plus de façon extraordinaire, mais de manière ordinaire et stable. L’exercice de ces ministères ne requiert rien d’autre que le baptême.

Je pense que c’est une manière de souligner l’égalité fondamentale entre les hommes et les femmes en vertu de leur commun sacerdoce baptismal, car on n’a pas besoin d’être candidat au diaconat ou au presbytérat et encore moins d’être ordonnés diacres ou prêtres pour exercer ces ministères. Le baptême seul suffit. C’est une manière de prendre en compte le désir de participation de tous les fidèles – hommes et femmes - au service de l’Eglise et d’accorder aux femmes des responsabilités et des fonctions plus grandes dans l’Eglise.

Pour rappel, ce Motus proprio a été publié le 10 janvier 2021, au lendemain de la fête du baptême du Seigneur. Quel sens peut-on donner à cela ?

C’est pour souligner que ces services ou ministères dans l’Eglise se fondent sur le baptême en même temps qu’ils le requièrent. Dès que vous êtes baptisé, vous avez le droit et le devoir de servir dans l’Eglise. Le baptême confère à la fois une nouvelle identité et une mission. Cette mission découle logiquement de l’identité chrétienne, car par le baptême le fidèle du Christ devient prêtre, prophète et roi.

Comme prêtre, il a la mission de rendre sacrées les réalités du monde profane, c’est-à-dire de les consacrer à Dieu. Tout baptisé est consacré et tout ce qu’il accomplit passe ainsi du profane au sacré. Comme le recommande saint Pierre dans sa première épitre, les fidèles du Christ ont la vocation d’« offrir à Dieu par Jésus Christ les offrandes spirituelles qui lui sont agréables » (1 Pierre 2,5).

C’est dans cette disposition spirituelle que l’acolytat doit être exercé comme sacerdoce baptismal des fidèles. La relation entre le lectorat et la fonction prophétique des baptisés est évidente, car le prophète est celui qui parle au nom de et à la place de Dieu. La fonction royale, quant à elle, est celle de la bonne gouvernance et du témoignage évangélique des baptisés comme lumière du monde.

La théologienne Anne Soupa a déposé, en 2020, sa candidature pour succéder à l’archevêque démissionnaire de Lyon (en France). Elle a évoqué entre autres raisons, le manque de prêtres dans ce diocèse et la difficulté des fidèles d’accéder à l’eucharistie. L’Eglise ne subit-elle pas une pression de la part des femmes ?

Il est indéniable qu’il existe des activistes des droits des femmes à l’intérieur de l’Eglise, des laïques et des religieuses qui militent pour une plus grande reconnaissance de la place et du rôle de la femme dans l’Eglise. Mais les changements ou les reformes que l’Eglise peut introduire dans sa pratique doivent se fonder sur un certain nombre d’éléments dont la modification requiert l’exercice d’une sagesse prudentielle, car on ne peut pas modifier ou changer, sous la pression de revendications actuelles, une tradition qui est bimillénaire.

Il y a au moins trois critères essentiels à prendre en compte dans l’évolution des pratiques dans l’Eglise : premièrement, il y a l’intention du fondateur, c’est à dire ce que Jésus a voulu réaliser ou instituer ; deuxièmement, il y a les besoins de l’Eglise que les responsables doivent apprendre à écouter et à discerner ; troisièmement, il y a la tradition de l’Eglise qui constitue une loi qu’on ne peut modifier ni abroger sans examen approfondi et éclairé.

Il faut noter que, si l’intention du fondateur Jésus Christ est, dans certaines situations, relativement claire, dans d’autres, en revanche, elle n’est pas explicite. L’institution de l’Eucharistie, qui fonde en même temps celle du ministère presbytéral, est le principal point critique du débat sur la place de la femme. L’Eglise catholique considère que l’intention du Christ, lors de l’institution de l’Eucharistie, le jeudi saint, était de conférer uniquement aux hommes le pouvoir de célébrer ce sacrement.

En d’autres termes, seuls les fidèles de sexe masculin peuvent recevoir l’ordination sacerdotale qui leur confère, entre autres, le pouvoir de célébrer l’Eucharistie. Au cours de son histoire, l’Eglise a fait de l’ordination presbytérale la condition d’exercice de certains offices ou responsabilités dans les communautés. Du coup, ces offices ou responsabilités sont réputés inaccessibles par nature aux femmes dans l’Eglise.

En agissant ainsi, l’Eglise ne croit pas faire de la discrimination à l’égard des femmes mais elle est soucieuse de rester fidèle à l’intention du Christ qui, s’il souhaitait explicitement admettre des hommes et des femmes à l’ordination presbytérale, aurait réuni, pour la sainte Cène, en plus des douze apôtres, d’autres disciples hommes et femmes parmi ceux qui le suivaient.

C’est un fait que Jésus a partagé le dernier repas avec les douze (12) apôtres. C’est au cours de ce repas qu’« il prit le pain, le bénit et le donna à ses disciples en disant : prenez et mangez-en tous, ceci est mon corps, livré pour vous. Prenant la coupe de vin, il dit : prenez et buvez-en tous, ceci est mon sang… Vous ferez ceci en mémoire de moi ».

En interprétant strictement l’intention du Christ, l’Eglise catholique entend le « faites ceci en mémoire de moi » comme un ordre qui confère aux douze apôtres et à leurs successeurs (les évêques) et collaborateurs (les prêtres) le pouvoir de célébrer le sacrement de l’Eucharistie. D’autres traditions ecclésiales ou confessions chrétiennes en font une interprétation plus large qui rend possible l’ordination presbytérale ou épiscopale de femmes ou d’hommes, mariés ou non.

Si les évangiles avaient mentionné la présence de femmes disciples à la sainte Cène ou si Jésus avait dit explicitement qu’il avait l’intention de confier la célébration de l’Eucharistie uniquement aux hommes, le débat n’aurait pas eu lieu d’être. On peut cependant se demander si le fait que Jésus ait réuni seulement les douze apôtres pour la célébration de la sainte Cène a été commandé uniquement par le contexte culturel, si l’on sait par ailleurs qu’un groupe non négligeable de disciples femmes le suivaient.

Le débat théologique qu’animent certaines féministes ou militantes des droits des femmes dans l’Eglise tend à remettre en cause la tradition de l’Eglise qui exclurait les femmes de la réception des ministères ordonnés sur la base de critères plus culturels que théologiques et qui entretient dans l’Eglise un système aliénant de pouvoir patriarcal. Loin d’ignorer ce débat au sein de l’Eglise, le pape François, à la suite de ses prédécesseurs, a entrepris des reformes visant à valoriser la place et le rôle des femmes dans l’Eglise en nommant par exemples quelques-unes à des postes très élevés dans la Curie romaine.

De façon pratique, comment va se passer la mise en œuvre dans les diocèses ?

On peut imaginer que chaque diocèse, en fonction de ses besoins, organisera des inscriptions pour la candidature à ces deux ministères institués, à la suite de quoi aura lieu, par exemple, un travail de sélection des candidats qui présenteront les meilleures dispositions ou le meilleur profil. Avant la célébration au cours de laquelle aura lieu l’institution des candidats comme lecteurs et/ou acolytes, il y aura, en principe, une période de formation dont la durée et le contenu seront définis par les diocèses ou par les conférences épiscopales.

Comme le rituel de célébration de ces ministères existe déjà dans les grands séminaires pour l’admission au lectorat et à l’acolytat des candidats aux ministères ordonnés, il est probable que le même rituel sera utilisé pour l’institution des laïcs hommes et femmes comme lecteurs et/ou acolytes, moyennant quelques adaptations nécessaires. En principe, la réception de tous les ministères dans l’Eglise, qu’ils soient ordonnés ou non, requiert une préparation théologique ou doctrinale, parce qu’il faut comprendre ce qu’on célèbre pour pouvoir en vivre la spiritualité.

Le souverain pontife a expliqué les raisons théologiques de son choix : « Il y a aujourd’hui un sentiment d’urgence croissant pour redécouvrir la coresponsabilité de tous les baptisés dans l’Église, en particulier la mission des laïcs. » Au regard des reformes déjà engagées par François, peut-on s’attendre à l’ordination des femmes prêtres ?

Dans le Motu proprio Spiritus Domini, ce n’est pas le sujet. Il ne faut donc faire aucune conjecture concernant l’avenir. Quand on observe, en revanche, l’évolution de l’Eglise depuis quelques années, on peut déplorer que cette ouverture réalisée par le Motu proprio du pape François intervienne seulement maintenant. Si les hommes sont appelés à servir l’Eglise par l’exercice de ministères institués, pourquoi les femmes en seraient-elles exclues, alors qu’elles ont la même dignité et les mêmes droits que les autres baptisés ?

En vertu de l’égalité fondamentale que réalise le baptême entre tous les fidèles, personne ne peut se prévaloir légitimement d’un sentiment de supériorité au détriment d’autres, car tous les fidèles du Christ sont égaux dans la dignité de fils et filles de Dieu, qu’ils soient pape, évêque ou le plus petit des baptisés. La hiérarchie des charges et des fonctions ne peut nullement remettre en cause cette égalité fondamentale.

En s’efforçant d’être fidèles à la tradition de l’Eglise, le pape François et, en général, les responsables de l’Eglise manifestent leur volonté d’accorder aujourd’hui plus de place aux femmes appelées à exercer toutes sortes de fonctions dans l’Eglise, y compris les plus élevées, quand celles-ci ne requièrent pas le sacrement de l’ordre pour leur exercice.

C’est un fait que les hautes fonctions qui ne requièrent pas la réception préalable du sacrement de l’ordre sont relativement peu nombreuses. C’est pourquoi il me semble important et urgent de réévaluer la nécessité ou l’opportunité de cette condition du sacrement de l’ordre pour certaines fonctions dont l’exercice n’implique pas forcément la charge d’âmes.

Interview réalisée par Dofinitta Augustin Khan
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