Actualités :: Cinquième anniversaire du PAREN : La Terre promise est au-delà du (...)
Laurent Bado

Frères et sœurs

Dans mon ouvrage intitulé « Au-delà du libéralisme et du socialisme, publié en décembre 1989, je disais : "La situation du monde en cette fin de siècle et de millénaire est catastrophique... La peur, l’angoisse sont en train de
s’emparer des nations.

Il n’y a plus qu’une alternative : ou l’homme se détourne de l’orgueil et du mensonge ou il se condamne à l’auto-destruction. Seule la sagesse africaine peut sauver le monde, car la société traditionnelle avait opté pour l’être et non l’avoir, pour la solidarité et non l’individuel. C’est cette société traditionnelle qu’il faut réhabiliter dans le contexte de la modernité pour une civilisation humaine, digne de la vocation de l’espèce humaine. Et il faut agir vite : si la civilisation de l’être ne triomphe pas de la civilisation de l’avoir égoïste, nul doute que la décennie à venir sera sombre pour l’humanité entière. Le troisième millénaire sera africain ou ne sera pas".

l -Le monde est devenu un fou à lier

Frères et sœurs,

Il me semble bien que nous sommes aux portes de l’histoire. Au lendemain de la chute du mur de Berlin, les sages de ce monde saluaient une nouvelle ère de félicité universelle. C’était sans compter avec le vice congénital du modernisme : en proclamant l’individu roi dans la société, en vouant un culte à l’argent, en érigeant en principe universel l’économie libérale, le modernisme instaure une société humaine de matérialisme effréné, d’égoïsme outrancier, de relations guerrières, transformant les moyens d’existence de l’homme en fins suprêmes.

Il conduit les peuples et les nations au vertige de l’auto-destruction. Il suffit à chacun d’ouvrir sa radio ou sa télé, de lire les journaux pour se demander où va le monde : à chaque jour ses guerres fratricides, ses guerres religieuses, ses rebellions, ses exodes massifs, ses génocides, ses attentats, ses massacres, ses tremblements de terre, ses accidents d’avions ou de bateaux, ses incendies ravageurs, ses inondations par-ci et ses sécheresses par-Ià, ses cyclones, tempêtes ou typhons, ses irruptions volcaniques.

Et pendant que le Sud se misérabilise, on dépense des milliards de francs par jour en armements ou pour envoyer des pompiers dans des zones en feu ; et le Nord qui ne compte qu’un cinquième de la population du globe, non content de s’accaparer des trois quarts des richesses de la planète, forme le criminel dessein de transformer le Sud en périphérie économique taillable et corvéable à merci. Notre monde est beaucoup plus corrompu que celui d’avant le déluge.

Oui. Il n’y a plus en ce bas monde que deux sortes de gens : les naïfs qui croient aux valeurs de la modernité, inconscients de la barbarie dans laquelle ils sont plongés jusqu’aux chevilles, la tête en bas ; et les habiles qui exploitent cet état d’esprit pour la satisfaction de leurs intérêts de violence et de cupidité.

Tous feignent d’ignorer que toute progression n’est pas progrès, selon le mot heureux de Schaeffer, et que la progression matérielle deshumanise l’homme, tue les valeurs morales, entraîne la négation de l’autorité, exaspère l’individualisme égoïste, supprime la solidarité et la cohésion sociale, transforme la société humaine en une masse amorphe, déstructurée jusqu’au niveau de la cellule familiale et laisse l’individu désorienté, perdu dans la masse et luttant pour l’argent comme on nage dans un océan sans rivage. Pitié pour le genre humain.

II -Le Burkina Faso est à la croisée des chemins

Frères et sœurs

Dans ce désordre généralisé qui caractérise ce débat de millénaire, le Burkina apparaît comme le prototype parfait du pays damné de l’avenir et de la planète. Pour nous être jetés dans les valeurs matérialistes et individualistes étrangères avec l’assouvissement de fauves libérés, pour avoir copié les institutions politiques, économiques, socioculturelles de l’étranger, nous voilà perdus dans notre savane, ignorant d’où nous venons et où nous allons, nous amputant ainsi de nos capacités créatrices intrinsèques.

Notre situation présente est mélancolique : près de la moitié d’entre nous vivant en-dessous du seuil de pauvreté, plus de la moitié de nos enfants exclus de l’école primaire toute l’économie du pays fondée sur le commerce et le tout dans un environnement de corruption généralisée, de dissolution des mœurs, de libertinage insensé, de mépris de la loi et de l’autorité, de chômage dans nos villes et campagnes.

Notre situation, demain, sera dramatique : une agriculture de plus en plus hypothéquée par les aléas pluviométriques ; une industrie en peau de chagrin en raison de la globalisation ; une croissance démographique presqu’égale à la croissance économique ; une administration « tuberculosée » par la corruption ; une classe politique fuyant les combats d’idées et à penser que 50% des Burkinabè n’ont pas quinze (15) ans révolus, nul doute que les portes de l’enfer s’ouvriront devant nous dans la décennie à venir : les morts d’aujourd’hui seront bien plus heureux que les vivants de demain !

III -Une porte de sortie : la voie originale

Frères et sœurs

C’est au milieu de cette crise de confiance en notre avenir que le PAREN est né, ses fondateurs mus moins par l’appétit des nourritures terrestres que par le souci de faire de chaque Burkinabè un citoyen conscient et responsable et de livrer à ce peuple désenchanté un message d’espérance.

Elevant sa voix au- dessus des hurlements de la meute des orpailleurs politiques, votre parti propose inlassablement une voie de développement tracée dans le domaine de nos valeurs authentiquement humanistes et conformes au principe de cohésion de notre société qui est la liberté individuelle portée dans les bras de la solidarité et sans le respect duquel notre édifice moderne en construction risque de s’écrouler. Ce n’est pas en copiant le modèle libéral, avec son capitalisme privé facteur d’atomisation de la société, ni le modèle socialiste, avec son capitalisme d’Etat facteur d’ossification, de pétrification et de dégénérescence sociale qu’il nous sera donné de rêver.

C’est en recevant les institutions de la modernité dans le moule de la tradition que nous nous forgerons un chemin vers le progrès qui est ouvert à
tout peuple, toute race, toute nation, toute culture. C’est en refusant ce choix que nous avançons à reculons.

Non. Le Burkina Faso n’est pas pauvre, Il est seulement appauvri par l’immobilisme intellectuel, la cupidité et l’ivrognerie morale de l’élite politico-bureaucratique. Il souffre moins du manque de ressources naturelles que du
manque d’imagination de ses fils, comme l’a si bien diagnostiqué le père des libertés au Burkina Faso, notre bon vieux Sangoulé Lamizana­.

Et le PAREN répond à l’appel à la créativité, à l’innovation, à l’imagination. Quelles critiques sérieuses peut-on faire à ses propositions de sortie du développement du sous-développement ? Son credo tient en sept (7) points :

1) restaurer, par voie législative, nos valeurs culturelles positives : vaut mieux la polygamie africaine que le mariage occidental des homosexuels !

2) adapter nos institutions publiques (droit, démocratie, économie, administration, justice, etc.) à notre contexte sociologique : à quoi bon obliger un gaucher à se servir de la main droite !

3) reformer les systèmes éducatif et sanitaire pour en faire des points d’appui au développement : quel mal il y a à intégrer la médecine traditionnelle à la médecine moderne, nos systèmes de valeurs et nos finalités propres au système éducatif !

4) faire de l’agriculture le levier de notre processus de développement : n’est-ce pas l’agriculture qui est le facteur entraînant et multiplicateur de l’industrie ? Mais quel gâchis ! En 1994, notre pays, qui produit tout, tant qu’il y a l’eau, était le troisième exportateur de fruits et légumes de la sous-région ; il est tombé en 7e rang en 1999 : il n’y a plus un seul haricot vert du Burkina dans les marchés de France et d’Italie !

Et pendant ce temps, nous importons du riz (20 milliards de F en 2001), notamment celui subventionné de Thaïlande, faisant perdre ainsi à la Coopérative de Banzon 20% de ses membres ! Et pendant ce temps, nous abandonnons les autres productions au bon vouloir des cartels des exportateurs (cas du sésame de Kiembara dont le prix de la tine est passé de 1 800 F en 1976 à 600 F en 1978, puis de 5 000 F à 3 500 F en 1998 !). Et pourtant, quel miracle économique ne réaliserons-nous pas si nous organisons la paysannerie, motorisons la campagne, maîtrisons l’eau (8000 villages, 8000 barrages ou retenues d’eau), fixons les jeunes autour des aménagements hydro-agricoles en communautés de production agro-pastorale, pré finançons leurs équipements, écoulons nos produits avec une flotte commerciale (2 à 3 bateaux cargos) et/ou les transformons par des entreprises communautaires !

5) faire des moyennes et grandes entreprises industrielles (critère de maitrisabilité individuelle ou familiale) les champs collectifs de la tradition en les créant par l’actionnariat populaire obligatoire (on n’était pas libre d’aller au champ collectif !). Ainsi, on aurait une économie populaire par un capitalisme populaire éradiquant les effets pervers du capitalisme privé ou d’Etat, nous amenant à compter d’abord sur nous-mêmes, à produire et consommer burkinabè sous le nez et la barbe de l’immonde globalisation, à créer des emplois par milliers, à résoudre, pour une fois dans l’histoire, le vieil antagonisme entre le capital et le travail ;

6) reconnaître au peuple la propriété des richesses et des ressources du pays (article 14 de la Constitution) en ne privatisant pas les grands services publics (transport ferroviaire, aérien, urbain) et les entreprises nationales (mines, eau, électricité) ;

7) entreprendre de grands travaux nationaux : faire passer le Mouhoun à Ouagadougou (seule capitale non bâtie sur un point d’eau !), achever le tronçon ferroviaire Ouaga- Dori, construire un chemin de fer du Sud (Ouaga -Accra -Lomé).

Voilà une voie réaliste (voir les sources de financement du programme de gouvernement de l’OBU), non traumatisante, non discriminatoire, hautement humaniste de développement ! Et c’est pourquoi le PAREN est âprement combattu par les puissances des ténèbres qui, à défaut de pouvoir s’attaquer à ses idées, s’en prennent quotidiennement à la personne de ses dirigeants.

IV- Comme le voyageur qui attend l’aurore

Frères et sœurs

Dans le Manifeste du PAREN, je disais que tout militant devra s’attendre à être combattu, non par des individus, mais par des puissances et des dominations. Vous ne pouvez pas opter pour la justice et la vérité sans être
encerclés par des Philistins et autres Goliaths. Vous avez observé que, par une téméraire audace, ils s’efforcent d’élever sur ma renommée, ma réputation et mon honneur d’incroyables immondices. Tenez bon. Opposez à leur haine la charité et une condescendante pitié sans jamais baisser les bras devant leur armada : le mal de ce siècle provient moins de l’action des méchants que du silence des justes. S’ils ne savent pas que le ridicule déshonore plus que le déshonneur, nous, nous savons que le triomphe n’est jamais là où la vertu n’est pas.

En ce cinquième anniversaire du PAREN, ce parti qui sait ce qu’être opposant veut dire dans un Etat démocratique, je vous exhorte à persévérer dans la fidélité à votre engagement, à consentir encore des sacrifices et à être vigilants : ne vous laissez pas intoxiquer ni infiltrer de l’extérieur. Comme le voyageur hardi qui attend l’aurore, votre détermination nous vaudra la victoire pour le meilleur des générations à venir. Oui. Le jour vient halager la nuit et la Terre Promise est au-delà du désert que vous aurez à traverser. Et rassurez-vous : tout a une fin, même les décadences.

Heureux anniversaire

Le Président du PAREN,
Laurent BADO

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