Actualités :: Burkina : Tais-toi ou tu vas au front, est-il un moyen sûr pour vaincre le (...)

La semaine dernière, le pays a évité le pire grâce à l’intervention du président de la délégation spéciale de Ouagadougou, qui a demandé aux organisateurs d’un meeting de commémoration de l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014 et d’interpellation des autorités du MPSR2 sur la vie de la nation de sursoir à leur manifestation. Le pire a été évité parce que des Burkinabè se sont filmés avec des machettes menaçant le collectif d’organisations syndicales et démocratiques et ceux qui iraient à cette rencontre le 31 octobre 2023 à la Bourse du travail de Ouagadougou.

Du côté des organisateurs, malgré les incohérences relevées dans la lettre de l’autorité administrative de la commune, ils ont accepté surseoir à l’organisation de leur meeting dont la légalité a été reconnue par l’autorité. Il faut dire que les opposants aux meeting se sont annoncés dès l’annonce du meeting et jusqu’à la lettre du PDS, le gouvernement était muet comme une carpe et le pays semblait être en pilotage automatique, avec les partisans de la haine et de la violence aux avants postes.

Avec cette suspension du meeting, on pensait qu’une paix des braves allait être observée. Mais depuis la matinée du 05 novembre 2023, on apprend que des responsables des organisations appelant au meeting, des membres d’organisations de la société civile, des journalistes et hommes politiques ont reçu des réquisitions pour trois mois pour aller défendre la patrie. Certaines sources parlent de douze personnes. Le point commun de ces personnes réquisitionnées est qu’elles osent exprimer des opinions qui ne rencontrent pas l’assentiment des autorités sur la vie de notre pays. Qu’est-ce que le pouvoir recherche à travers ces réquisitions ciblées de ceux qui veulent aider le pays en indiquant ce qui n’est pas bon pour lui et sa population ? Ces réquisitions vont-elles vraiment dans le sens de la mobilisation générale et de la mise en garde ? Pourquoi n’avoir pas réquisitionné aussi ceux qui ont sorti des machettes, ou même ceux qui ont organisé un meeting qui s’est achevé le 06 novembre 2O23 et qui appellent la transition à rester au pouvoir pour 10 ans, 30 ans ?

Il faut commencer par le dire, c’est un devoir humain, moral, et patriotique, quand on sait que quelqu’un se trompe, de lui indiquer le bon chemin, quitte à lui de faire à sa guise. Ne pas le faire est condamnable. C’est un refus d’assister une personne en danger, un Etat en danger. Ceux qui se sont exprimés sur la conduite de la nation par le MPSR2 et son gouvernement ont exprimé leur opinion, ce que leur conscience leur a dicté. Ce droit-là est inaliénable, en temps de guerre comme de paix. S’ils ont fait un délit ou un crime, qu’on les convoque en justice et les juges diront le droit. C’est un progrès incommensurable de l’humanité, quand les hommes en sont arrivés à la compréhension que l’on ne peut pas être juge et partie.

Les questions se bousculent dans la tête

Depuis que l’on parle de réquisition de personnes, sait-on que la loi permet aussi la réquisition de biens ? A part l’or qui a été réquisitionné par le pouvoir sauf si l’on se trompe, le pouvoir n’a pas réquisitionné d’autres biens. Est-ce à dire que sur le plan des biens et services l’armée ne manque de rien pour la guerre ? Ces personnes réquisitionnées vont aller faire quoi au front, alors qu’elles ignorent tout de l’art militaire ? Il faudra les former pour une utilisation de trois mois, est-ce bien raisonnable ? Sont-elles aptes à la vie militaire au plan de la santé ? Si ce n’est pas pour faire la guerre que vont-elles faire ? L’armée ne va-t-elle pas devoir affecter des hommes pour assurer la sécurité de ces civils en excursion au front, et ce faisant se passer de soldats qui auraient pu faire des tâches plus importantes pour gagner la guerre ? Les questions se bousculent dans la tête.

On ne comprend pas cette décision, l’objectif militaire qu’elle vise. Au moment où l’on dit que c’est la guerre qui importe le plus, certains font de la politique, choisissent leur préféré à la tête de l’Etat pour les années à venir, et d’autres demandent que l’on se parle et qu’il y a des choses à améliorer. Les uns font des meetings, des marches de soutien, les autres non et certains d’entre eux sont réquisitionnés. Si la politique a commencé et que le pouvoir autorise certains, qu’il laisse les autres aussi la faire. Du reste les personnes réquisitionnées pour la majorité d’entre elles ne cherchent pas le pouvoir. Elles ne sont candidates à aucun poste. Elles expriment des inquiétudes pour le pays.

La paix des cœurs

Il faut arrêter le cours actuel des choses qui ne fait que creuser le fossé de la fracture sociale et nuit au succès de la lutte contre le terrorisme. On aurait applaudi si le MPSR2 réquisitionnait des personnalités pour réfléchir sur des questions économiques et financières pour bâtir la souveraineté et un outil industriel pour le pays. Mais rechercher ceux qui expriment des points de vue contraires pour les envoyer faire des missions pour lesquelles elles n’ont pas de compétence est étrange. Comparaison n’est pas raison, le général Charles De Gaule a travaillé avec des communistes pendant la guerre et après. C’est pendant la guerre que la France, en réquisitionnant les usines, a bâti son industrie. Quand on a un esprit scientifique, on sait bien que c’est meilleur de travailler avec ceux qui ne pensent pas comme soi, parce qu’ils te font voir le revers de la médaille.

Arrêtons de donner des opportunités à nos ennemis en nous divisant et en transformant en ennemis nos frères. Si nous sommes dans cette situation de terrorisme, c’est aussi parce que certains lanceurs d’alerte n’ont pas été écoutés. Si le pouvoir se concentrait sur la guerre et ne pensait pas à l’après-guerre, les gens qui s’expriment n’auraient pas du grain à moudre. Ne gâchons pas l’opportunité qui nous est donnée en n’ayant pas la paix dans nos cœurs. Sans celle-ci comment allons-nous pouvoir l’obtenir de nos ennemis ?

Sana Guy
Lefaso.net

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