Actualités :: El Hadj Issaka Kafando : "En aucun moment, nous n’avons demandé à un (...)

Cinq jours après l’assemblée générale qui a tourné au drame, El Hadj Issaka Kafando, le président des commerçants de Rood Woko sort de sa réserve. Dans cette interview, le président parle de leur rencontre avec les autorités, des manifestations de rue et lance un message de tolérance et de pardon aux autorités.

Sidwaya (S) : Suite aux événements survenus jeudi 12 février 2004 à Rood Woko et les manifestations de rue qui s’en sont suivies, vous avez eu une rencontre avec les autorités. Sur quoi ont concrètement porté les échanges ?

El Hadj Issaka Kafando (EHIK) : Nous, responsables de commerçants, avons effectivement eu un entretien le dimanche 16 février 2004 avec des autorités communales et politiques. Au cours de cette rencontre, elles nous ont demandé ce qu’on voulait au juste. Nous leur avons alors fait part des préoccupations des commerçants sur le devenir de Rood Woko.

Une rumeur laissait aussi croire que c’est le site provisoire de l’hippodrome qui remplacerait effectivement le grand marché. Beaucoup de personnes en ville soutenaient que Rood Woko a été vendu. Avec toutes ces informations, les commerçants ne savaient plus à quoi s’en tenir. C’est pourquoi, l’assemblée générale a été convoquée pour donner des explications et lever les doutes.

Les responsables de commerçants voulaient seulement faire part à leurs camarades de ce qui avait été dit à l’hippodrome. Sinon, ce n’était pas pour autre chose.

Après toutes ces explications, les autorités ont assuré qu’elles n’ont jamais vendu le grand marché Rood Woko. Que ce marché est un patrimoine qu’elles-mêmes, autorités, sont venues trouver. Par conséquent, elles ne peuvent pas le vendre. Les autorités nous ont fait comprendre que c’est un héritage que nous devons ensemble préserver pour nos enfants et petits-enfants. Elles nous ont demandé d’arrêter les manifestations de rue.

Elles ont promis de tout mettre en œuvre pour reconstruire le marché et recaser tous les commerçants qui y avaient une place. Puisque les autorités ont dit que le marché se trouve toujours entre les mains des commerçants, nous avons dit à nos camarades d’arrêter le mouvement qui était lancé. Il n’y a pas lieu d’avoir peur, nous avons foi en nos autorités.

S. : Quel bilan faites-vous des manifestations de rue qui ont eu lieu les 13, 14, 15 février 2004 à Ouagadougou ?

EHIK : Je dois avouer que je ne suis pas sorti le lendemain de la répression de l’AG de Rood Woko. Pour ce faire, je ne peux pas relater les événements qui se sont déroulés dans la rue. Seulement, les responsables de commerçants que nous sommes, avons lancé un appel à nos camarades pour qu’ils ferment leur point de vente ou arrêtent d’exercer leurs activités commerciales. En aucun moment, nous n’avons demandé à un commerçant de descendre dans la rue. Je ne crois pas que ceux qui ont cassé, brûlé ou pillé les biens publics soient des commerçants. Un commerçant n’acceptera jamais détruire les marchandises de son camarade. Il est le premier à savoir que chercher l’argent n’est pas du tout facile. Et puis, c’est malhonnête pour un homme d’enfermer ses marchandises et aller gâter celles des autres. Aucun commerçant n’acceptera faire une chose pareille.

Voilà pourquoi je répète que ceux qui se sont adonnés à ces actes de vandalisme ne peuvent pas être des commerçants.

J’invite celui qui veut me contredire à procéder à des vérifications.

S. : D’aucuns affirment que votre lutte a été récupérée par des hommes politiques. Que leur répondez-vous ?

EHIK : Sur ce point, je ne peux pas être formel en répondant que c’est faux. Parce que les commerçants sont très nombreux et exercent dans divers secteurs. Il y a un proverbe qui dit : "Une poule peut refuser un œuf, mais à l’éclosion, il ne peut plus refuser le poussin". Mais personnellement, aucun homme politique ne m’a approché pour me donner des consignes pour que j’aille manifester dans la rue. Beaucoup d’hommes politiques connaissent mon opinion et n’osent se tourner vers moi pour un mouvement quelconque.

Jusqu’à présent, aucun commerçant n’est venu me dire qu’un homme politique l’a rencontré. Je n’ai pas également entendu quelqu’un dire qu’il a aperçu des commerçants avec des hommes politiques. Ceux qui affirment pareille chose ne n’osent pas souvent pas de preuve. Je pense qu’il ne sert à rien de vouloir cacher la vérité en prônant le mensonge. Les autorités savent les raisons qui ont conduit les commerçants à vouloir se rencontrer. Il n’y a donc pas lieu de chercher des échappatoires et des boucs émissaires. Il faut qu’elles s’assument.

S. : Quel appel avez-vous à lancer à nos camarades commerçants et aux autorités ?

EHIK : Je voudrais dire à mes camarades commerçants que dix mois après l’incendie de Rood Woko, nous sommes toujours confrontés à des malheurs. Dans l’incendie, beaucoup d’entre nous ont perdu marchandises et argent, aujourd’hui, c’est l’AG qui tourne au drame avec des blessés. Seulement, je leur demande de la retenue.

Qu’ils prennent courage et redoublent d’ardeur dans leurs activités commerciales. Aux malades, j’adresse mes vœux de prompt rétablissement. Nous sommes en pourparlers avec les autorités et j’espère que des solutions seront trouvées d’ici peu à nos problèmes.

Je profite aussi pour demander aux autorités d’arrêter les arrestations des commerçants. Lors de notre rencontre, nous les avons rassurés que nous laissons tomber tout mouvement.

Je ne sais pas pourquoi elles continuent de cultiver la peur au sein des commerçants en arrêtant certains. De tels agissements peuvent de nouveaux susciter des regains de violence.

Je demande alors la clémence de nos autorités. Les commerçants ont déjà dit que c’était fini. Que nos autorités aussi fassent pardon. Il ne faut pas que ce soit celui qui a la force qui ait toujours raison. Il faut en toute chose, cultiver la tolérance et le pardon.

Entretien réalisé par
Jolivet Emmaüs Sidibé PAG BELEGUEM
Sidwaya

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